Arno fait son strip tease

50 ans de vie, 30 ans de carrière, des dizaines d'albums et un nouvel opus où Arno donne une fois de plus toute la mesure de son charisme et de sa bonhomie enchanteresse.

Cow Boy Européen

50 ans de vie, 30 ans de carrière, des dizaines d'albums et un nouvel opus où Arno donne une fois de plus toute la mesure de son charisme et de sa bonhomie enchanteresse.

Si Arno n'existait pas, Wim Wenders ou David Lynch l'auraient inventé. Ce brailleur d'Ostende allie comme aucun autre déglingue et élégance. Il conjugue avec verve pathos et joie de vivre. Profitant de chaque instant de vie et de beuverie... Jamais déstabilisé face aux modes qui vont et viennent. Toujours en déséquilibre sur scène, planqué derrière son micro, Arno tient ferme la barre de son navire de rocker face aux déferlantes rap et technoïdes du moment.

Déjà en 1985, en pleine vague new wave, en première partie de Simple Minds à Paris-Bercy, Arno et ses T.C. Matic se faisaient huer alors qu'ils chantaient : "Putain ! Putain ! C'est vachement bien, on est quand même tous des Européens ! ".
"C'était nous contre le monde entier. Personne ne jouait de la musique comme nous. On était au plafond avec notre bazar !" se souvient le leader de ce groupe défunt. De nos jours, qui se souvient des Simple Minds ?!? Alors que tout le monde chante en rappel des concerts d'Arno cet hymne ironique et pro-communautaire...
Sur la pochette de son nouvel album "A Poil Commercial" il apparaît élégant comme un communiant rockabilly ou un animateur de foire. Arpentant le bitume belge aux côtés d'un chimpanzé juché sur un vélo d'enfant. Vision fellinienne ? Mise en scène d'un road-movie à l'européenne ? Ça ne résume pas le personnage, mais cela instaure un climat troublant qui correspond finalement assez bien à son univers. Un gars qui donne de la voix, de la dérision et des tripes là où la poésie d'un Allain Leprest se noie dans les vapeurs d'alcool, où Eric Lareine manque singulièrement de muscle...

Son rock fin de siècle, sa dégaine d'un autre temps, sa vraie-fausse négligence des conventions font d'Arno le chouchou d'un public de plus en plus nombreux. Le dandy viril se dandine sur les routes où personne dans le show-biz ne chemine de peur d'y égarer son pauvre petit début de "carrière". Arno n'a que faire des plans de carrière. Il vit et chante sa vie. D'un rien : l'infidélité, son anniversaire... il réussit à sublimer blues et mal-être, quitte à reprendre au pied de la lettre l'hymne alcoolisé de Claude Nougaro : "Sous ton Balcon". L'album oscille entre solid-rock, airs des Balkans et ballades piano-violons du plus bel effet. Des violons qui tranchent dans le lard de son propre spleen comme une lame de boucher. Des cordes qui enrobent les interrogations profondes de notre héros belge "Dans Mon Lit", invite pathético-burlesque à partager sa couche ou "Je suis un Homme" interrogation sur le choix de la compagne idéale que l'on croit enlacer dans ses bras à chaque nouvelle rencontre...

On ne sait pas très bien quel est le sens de son titre d'album "A Poil Commercial", mais il est certain que sans sacrifier aux sirènes du commerce et de la facilité artistique, Arno se met à nu une fois de plus. Pour notre plus grand plaisir de voyeurs patentés.

Arno A Poil Commercial ( Delabel) 1999