Manu le Malin

DJ globe-trotter réputé et noctambule notoire, Manu Le Malin ne bénéficie pas des honneurs médiatiques réservés à la frange house et funky de la french touch. L'homme, qui vit en région parisienne, expurge toute sa violence dans le hardcore, une musique brutale et tribale, sans concessions.

Le son de l'underground

DJ globe-trotter réputé et noctambule notoire, Manu Le Malin ne bénéficie pas des honneurs médiatiques réservés à la frange house et funky de la french touch. L'homme, qui vit en région parisienne, expurge toute sa violence dans le hardcore, une musique brutale et tribale, sans concessions.


Son nouveau disque, "Biomechanik 2" (F.Communications), n'est pas tendre, mais il sait décliner sur différents tons, toujours durs, son malaise sous-jacent. Si le premier CD de ce double album est un long mix, le second compte 9 titres inédits composés en collaboration avec sa famille du Bloc 46, son label, plombés de basses qui cognent, comme des coups de bélier sur une porte blindée trop résistante, et de scratches crades. L'extrême densité du son et la recherche de multiples effets additionnels (parfois... planants !) devraient toutefois permettre à tout étranger au sérail hardcore attiré par ces ambiances bien particulières d'entrer dans la musique oppressante et saccadée de ce Malin de Manu, sans avoir forcément recours au tube d'aspirines. Revenu du Japon, Manu participera samedi à la Techno Parade, sur le char de Bloc 46, escorté par une tripotée d'invités (Lenny Dee, DJ Tongull, Nikollaps, Aphasia, The Genie, Tonio, DJ Producer).

Tu vas mixer à la Techno Parade où tu étais déjà présent l'an passé. Quel souvenir en gardes-tu ?
Fatiguant, car nous n'avons pas d'équipe de montage, on fait tout nous-même, sur le pied de guerre pendant trois jours. A l'arrivée, j'ai mixé sur la grande scène. C'était superbe.

Sur un espace en plein air aussi vaste, cohabite-t-on facilement avec tant de musiques différentes ?
C'est un gros bordel, mais un plaisir aussi. Les gens de toutes les scènes se retrouvent.

Par rapport aux petits clubs, les grands rassemblements comme la Techno Parade ou Métropole Techno à Bercy, c'est plus du travail ou du plaisir ?
Je suis plus un DJ de rave. Ma musique ne correspond pas trop aux petits clubs. En même temps, j'ai eu de très bonnes soirées dans des petits endroits. Sinon, je passe autant de bons moments dans une cave qu'à Bercy. Mais à Bercy, j'ai quand même plus de stress que dans une cave, car il y a des milliers de personnes, c'est techno-house toute la nuit, puis, d'un coup, on balance Le Malin avec une musique carrément différente. C'est un challenge à chaque fois, mais tout me plaît. Je peux aussi bien faire un Technival le jour d'après. Je viens de là.

Tu mixes depuis combien de temps ?
Ça fait sept ans. C'est allé assez vite. J'ai eu aussi la chance de rencontrer des gens qui m'ont aidé. J'ai toujours aimé la musique et voulu en faire. Seulement, je suis un gros fainéant pour participer à un groupe où tu n'es pas toujours d'accord avec les types... Même si, aujourd'hui, je travaille avec mes frères et les gens de mon label, le travail du DJ, à la base, est solitaire. Tu es avec tes machines ou tes platines, et tu fais ce que tu veux. J'étais un fainéant aussi dans le sens où je ne voulais pas apprendre la musique. J'ai fait un peu de batterie en autodidacte. J'écoutais du ska, du rock steady, du punk, du trash… Toujours des musiques marginales, mais rien qui m'avait frappé suffisamment pour que je m'y investisse comme je l'ai fait dans la techno.

Comment s'est produit le déclic ?
En 1991, on m'a amené dans une fête. J'ai flashé. Je me suis aussitôt acheté une platine et des disques, au départ pour faire des cassettes pour mes potes. Un jour, un ami m'a dit : "On fait une soirée, il faut que tu joues". Et ainsi de suite. Je ne pensais pas en vivre. J'étais coursier, garçon de restaurant... Mais, la techno, il faut s'y investir à 100%. A un moment, j'ai tout lâché. J'ai bouffé de la vache enragée pendant deux trois ans. J'avais 21 ans, et si, à cet âge-là, tu ne peux pas te lancer dans un truc et prendre des risques, tu ne le feras jamais. Le risque a payé.

Tu revendiques souvent le côté hardcore de ta musique. Iras-tu un jour jusqu'à enregistrer un disque qui ne soit pas hardcore ?
Si j'en ai envie, j'essaierais. Maintenant, de là à ce que ça aboutisse à un projet concret, je ne sais pas. Je suis étiqueté hardcore, bien que je ne revendique pas une étiquette mais une musique et un état d'esprit, speed et urbain. Le côté un peu noir se ressent dans ma musique. C'est celle que j'aime. Pour moi, c'est la plus énergique. Le hardcore est une question d'ambiance. Si c'est noir, si ça racle le sol, c'est hardcore, tu vois ? L'habillage peut être complètement différent, break beat ou même expérimental. Sinon, je n'aime ni être étiqueté ni rester confiné.

Dans la scène électronique française, où te situes-tu ?
Je me sens loin des démarches de grosses machines à fric comme des gens qui cassent trop facilement les autres. Je suis plus proche du mec dans sa piaule qui essaie de faire quelque chose. S'il le fait avec son cœur et ses tripes, je respecte ça à fond. Autrement, je pense faire partie de cette scène hard, qui est assez grosse et positive en France, avec des gens comme Laurent Hô, Micropoint, La Peste... Mais je respecte aussi bien Daft Punk ou Laurent Garnier. Et bien sûr, toute ma famille du Bloc 46.

Comment définirais-tu "Biomechanik 2", ton nouvel et double album ?
Rien à voir avec le précédent. C'était un premier jet. "Biomechanik 2" est beaucoup plus mûr, travaillé, pensé. Le mix du 1er CD marque la fin d'un chapitre dans ma musique. J'ai envie de changer, de présenter autre chose sur disque. Si je ressors des CD de mixes, ça tournera plus dans des univers comme ceux du 2ème CD de Biomechanik 2 qui compte des morceaux plus posés. Par exemple, Kaos, c'est de l'ambiant expérimental, extrême sur le plan sonore.

Il y a quelques mois, une rumeur courait selon laquelle tu verserais dans la techno facho.
Charlie Hebdo a publié une lettre de lecteurs que je connais, qui ne m'aiment pas, et qui ont dit que le nom de mon label, Bloc 46, était celui d'une chambre à gaz. En fait, ils n'ont pas vérifié l'info. Je peux me regarder dans une glace : je suis contre le racisme, je le dis haut et fort.

Plus généralement, que penses-tu de l'amalgame qui est régulièrement fait entre scène hardcore et sympathisants fascistes ?
L'amalgame entre le hardcore, le côté para militaire et le racisme est fait dans pas mal de pays. Un technival ou une rave, ce n'est pas une soirée skinhead, même si beaucoup sont rasés, piercés ou en treillis. Au contraire, c'est un mélange de races, de toutes les franges de la société, de différents âges... Nous sommes tous anti-racistes, mais nous faisons une musique rentre-dedans et tribale. Ca reflète aussi ce qui se passe dehors.