Les Innocents

Forts du succès de leurs deux derniers CD, Fous à lier (500.000 exemplaires depuis 1992) et Post Partum (200.000 depuis 1995), les Innocents ont osé, pour un album sobrement intitulé Les Innocents, partir à l'aventure. Ils ont filé à l'anglaise près de Bath enregistrer, dans les studios de Peter Gabriel, ce qui est à ce jour leur album le plus expérimental. Deux permanences : la beauté des voix, la force des mélodies.

Le meilleur groupe de pop à la française

Forts du succès de leurs deux derniers CD, Fous à lier (500.000 exemplaires depuis 1992) et Post Partum (200.000 depuis 1995), les Innocents ont osé, pour un album sobrement intitulé Les Innocents, partir à l'aventure. Ils ont filé à l'anglaise près de Bath enregistrer, dans les studios de Peter Gabriel, ce qui est à ce jour leur album le plus expérimental. Deux permanences : la beauté des voix, la force des mélodies.

L'aventure... Les Innocents en ont toujours rêvé. Pour leur quatrième album en dix ans, ils l'ont vécue. Ils ont recruté, courant 1996, deux nouveaux talents : Bernard Viguié (pour remplacer Rico, bassiste historique) et Christopher Board, aux claviers. Puis sont partis, sans morceau vraiment terminé, retrouver une ingénieure du son encore inconnue aux studios Real World... Le résultat, "D'Hendaye à Collioure" en "Vie moins ordinaire", est une belle réussite de groupe : de la pop haut de gamme, juste assez décalée pour intriguer sans agacer. Entretien avec les cinq garçons, Jipé, Jean-Chri, Michael, Bernard et Christopher.

Pourquoi avez-vous choisi, pour enregistrer ce nouvel album, les studios Real World ? Votre inspiration n'a jamais été très proche de celle de Peter Gabriel...
Jipé : Ça s'est trouvé comme ça. Nous voulions ce genre de studio où l'on puisse enregistrer "live". Nous pensions aux studios ICP de Bruxelles. Mais ils n'étaient pas libres à la fin de notre mini-tournée de l'automne 98, quand nous nous sommes dit "Allez, on y va !" Nous voulions réaliser des maquettes élaborées, à la façon d'un atelier de création... Pour enregistrer, il suffisait que l'un de nous dise : "Tiens, je ferais bien ça, demain". Comme dans une excursion de vacances...

Pourquoi ce parti pris du "live" ?
Jean-Chri : Parce que c'est notre réalité ! Nous sommes tombés là-dedans... A nos débuts, nous étions trop humbles pour l'oser. Résultat : notre premier album était moins bon que nos maquettes...
Jipé: Mais même pour ce nouvel album, nous n'étions pas sûrs que ça marche... On amenait des chansons pas tout à fait finies, on les répétait, sans savoir tout à fait le résultat final.

Vous restez fidèles à la filiation des Beatles : un côté "Obladi Oblada" sur "Maubert", une tendance "Sergent Pepper's" sur "Une vie moins ordinaire"...
Michael : C'est un métier de voleurs, de toute façon...
Jean-Chri : On ne peut pas éviter des choses qui nous ont marqués toute notre enfance... Inconsciemment, ça reste. "Maubert" est venue au piano, tout comme "Une vie moins ordinaire", d'ailleurs. Elle a eu tout de suite ce son-là.
Jipé : "Une vie moins ordinaire", je l'ai terminée en studio. C'est une chanson qui doit son existence au bonheur d'être à Real World...

Votre album est un peu déroutant : il faut attendre la seconde écoute pour être touché, même par des titres accrocheurs comme "le Cygne"...
Jipé : Un film aussi peut dérouter par un grain, une façon de tenir la caméra. Nous avions un parti pris : ne jamais être raisonnables. Et notre ingénieure du son, Jacquie Turner, a une immense qualité : elle ne vous ramène jamais vers le raisonnable.
Jean-Chri : C'est le son qui ajoute un peu d'étrangeté : il n'a pas beaucoup d'aigus, il est assez sourd... Mais nous n'avons pas voulu graver quelque chose de bizarre.

C'est vrai que "D'Hendaye à Collioure" est un bien beau morceau...
Jipé (hilare) : Il a été proche de la poubelle pendant tout l'enregistrement !
Michael : C'est le premier que nous avons enregistré, le premier jour... Nous en étions contents sur le coup et après, on voulait tout le temps le refaire... Mais moi, je l'aime bien.

Hendaye, Maubert... Vous aimez les localisations géographiques...
Jipé : Ce sont souvent de jolis noms et le français n'est pas toujours une langue très chantante.
Jean-Chri : Les noms de villes nous permettent de placer des syllabes qui restent de la musique...

(à Jean-Chri) Ne nous avez-vous pas caché une tendresse particulière pour Joe Dassin : "Les cailloux", "Maubert" ?
Jean-Chri : Je ne suis pas le seul dans le groupe : nous avons repris sur scène "Siffler sur la colline"...

Votre album évite le morceau numéro 13 et saute au 14...
Jipé : ... comme dans les hôtels américains. Et puis, le 14 est mon chiffre porte-bonheur...