Aznavour au Québec

De l'accident d'auto dont il a été victime le 13 octobre dernier, il ne reste que quelques contusions pour lui et la crainte pour son public québécois de ne pas le voir au Grand Théâtre de Québec les 4 et 6 novembre derniers chanter "La Bohème". Mais Charles Aznavour en a vu d'autres et ni son accident, ni son âge ne semblent pouvoir le freiner. A 75 ans, le chanteur franco-arménien vient de donner sa dernière tournée canadienne devant des salles combles et comblées.

Dernière tournée canadienne

De l'accident d'auto dont il a été victime le 13 octobre dernier, il ne reste que quelques contusions pour lui et la crainte pour son public québécois de ne pas le voir au Grand Théâtre de Québec les 4 et 6 novembre derniers chanter "La Bohème". Mais Charles Aznavour en a vu d'autres et ni son accident, ni son âge ne semblent pouvoir le freiner. A 75 ans, le chanteur franco-arménien vient de donner sa dernière tournée canadienne devant des salles combles et comblées.

Dès octobre 2000, il sera pour deux mois au Palais des Congrès de Paris pour débuter une tournée mondiale qui s'annonce être la dernière mais qui ne signifie pas pour autant que la seule star internationale française prenne sa retraite. Bien au contraire. Avec une dernière tournée mondiale en 2000, une comédie musicale sur Toulouse-Lautrec présentée à Plymouth (Grande-Bretagne) en février prochain, des séries pour la télévision, une pièce de théâtre, le grand Charles à un agenda rempli jusqu'en 2002 et aucun regret de quitter la scène à l'exception de dates ponctuelles.

Une scène qu'il continue de faire vibrer au cours de cette ultime tournée canadienne. Cette fois, c'est avec des chansons en grande partie en français qu'il tourne, les Montréalais l'ayant chahuté en 1986 parce qu'il voulait leur offrir un show bilingue, ce qu'ils n'ont pas apprécié. Charles Aznavour s'en souvient mais ne comprend toujours pas pourquoi Céline Dion peut chanter en anglais et pas lui. Nous n'avons donc pas pu entendre "She", un cover (reprise, ndlr), un succès planétaire, qu'il ne chantera qu'à Ottawa et Toronto mais qu'il a retiré de ses spectacles québécois. Dommage que la susceptibilité de quelques-uns privent la grande majorité d'un répertoire tout aussi important que celui en français.

Malgré tout, la soirée au Grand Théâtre a été à la hauteur des attentes, et les fans ont pu retrouver un Charles Aznavour dont la manière d'interpréter ses textes reste immuable car comme il le dit lui même: "Je me renouvelle dans le texte, dans le choix des chansons mais l'interprétation reste identique parce que les fans seraient déçus si j'agissais différemment sur scène".

C'est vrai que l'on vient autant écouter que voir. "La Bohême" sans la gestuelle qui l'accompagne ce n'est pas tout à fait "La Bohême". Mais si le public ne se lasse pas de l'entendre chanter "Je me voyais déjà en haut de l'affiche", comment expliquer qu'il ne soit pas lui las de la chanter? Après tout quoi de plus légitime après tant de représentations, de tournées dans plus de 90 pays ? Pour éviter la lassitude qui finirait par tuer l'émotion, il a un truc qu'il a développé il y a quelques années après une série de spectacles en Russie. A l'époque dans ce pays là, il n'y avait pas de disques en circulations, pas de juke box, un spectacle était l'occasion pour les Moscovites d'écouter, puis de réécouter la même chanson plusieurs fois à l'intérieur d'une même soirée. Dès qu'une chanson avait la faveur de la salle, Charles Aznavour pouvait la chanter trois ou quatre fois. Un tour de chant de 16 chansons se transformait alors en un marathon ou il pouvait interpréter jusqu'à 70 pièces en une soirée dont certaines jusqu'à cinq fois. De cette expérience il a développé une technique d'interprétation extraordinaire, qui contribue à garder la flamme et le plaisir de vivre ces chansons mille fois données.

C'est ce qui s'est passé pendant ces deux belles soirées à Québec où le passage de la star, au parfum de "der des der", laissera une trace inoubliable. Les nombreux jeunes présents ce soir là (1/3 de la salle) prouvent qu'Aznavour est un plaisir indémodable.