Chroniques d'albums

REGGIANI : Retrouvailles différées

Du théâtre au cinéma, jusqu’à la chanson qui l’a pris sur le tard (en 1965), Serge Reggiani met depuis 60 ans son timbre grave au service des auteurs et compositeurs français. Pour son nouvel album studio, les Adieux différés, entouré des fidèles Alain Goraguer et Raymond Bernard, il retrouve Pierre Tisserand, Jean-Loup Dabadie, Sylvain Lebel, Pierre Delanoé, et accueille Charlotte Grenat, Sigrid Baffert, Françoise Clémot, Liliane Bouc, Dominique Pankratoff et François Bernheim.

Baptisant ainsi son dernier LP, celui qui a chanté Moustaki, Nougaro, Le Forestier, mais aussi Gainsbourg, fait un pied de nez au destin. Agé de 78 ans, de santé fragile, on pourrait croire ses nouvelles chansons traversées du frisson du vieil homme regardant s’approcher inexorablement l’ombre de la grande faucheuse. les Adieux différés sonnent plutôt comme un titre ironique, puisque, dans ce disque, il n’est question que de la vie et ce qui l’anime, les turpitudes de l’âme (Ivre), la nostalgie (Jeune), l’amour (La gare de Bayonne), les femmes en général (Le monde est femme) et celles d’aujourd’hui en particulier (C’est dans combien ?), jusqu’à sa passion pour la peinture qui l’occupe à plein temps depuis une dizaine d’années (Ballade pour une gardienne de musée). Ses toiles sont d’ailleurs actuellement exposées à la Galerie Vekava à Paris. Alors, on aimerait ces adieux différés pour un bon moment. Car aujourd’hui, les retrouvailles aussi sont différées. Hospitalisé récemment, Serge Reggiani ne remontera pas sur les planches du Casino de Paris comme il devait le faire mi-octobre. Sa tournée est également annulée.

Pour se rappeler quelques-unes de ses plus belles chansons, Polydor vient par ailleurs de sortir un double CD, reprenant d’un côté les succès populaires (Ma liberté, les Loups sont entrés dans Paris...), de l’autre une sélection de textes de Boris Vian (Valse dingue, Fugue, Je bois...) et de Jacques Prévert (Barbara, Il ne faut pas...).

Serge Reggiani Les adieux différés (Trema) 1999

Gilles Rio




DOLLY cartonne

Apprêtez-vous à en boire des hectolitres, à en consommer des kilos, à en écouter des quantités... Dolly est en train de gagner ses galons dans la relève des groupes rock hexagonaux.

Après le succès de Dolly en 97 Thierry (batterie), Micka (basse), Nico (guitare) et Manu (guitare & chant) ne se sont pas vraiment offert de pause. Tournée, studio, mixage et puis tournée à nouveau... Ces stakhanovistes du rock ont, dans le même flux tendu, produit deux beaux disques et de solides concerts.

Un jour de rêves est l’album de la prise en main. Le disque précédent avait vu la patte de Clive Martin omniprésente, celui-ci sera coproduit avec Al Clay (Pixies, Franck Black, Del Amitri). Les tempos sont plus apaisés même si le ton des guitares reste toujours aussi saturé. Quelques sucreries tout de même, un minimum de douceur avec Mes yeux se ferment (paroles Manue et Jean Fauque, la plume de Bashung) et Angel où un quatuor de violons donne le change aux guitares en toiles émeri.

La voix lancinante presque lascive de la blonde Manu pondère la puissance des guitares et de la batterie. Les thèmes évoqués par les textes vont d’un amour possessif et anxieux Parti pour une heure, à la perte d’un ami mort accidentellement le Temps qu’il nous reste. Ce n’est pas tant l’originalité des sujets chantés que l’incandescente urgence que Dolly met à les jouer sur scène comme en studio qui fait notre admiration pour ce combo. Avec Un jour de rêves et les fatales craintes que font naître une seconde tentative, on est désormais convaincu et rassuré : Dolly sait transformer un essai.

Dolly Un jour de rêves (East West)  1999

Frédéric Garat




MARC LAVOINE : 7ème ciel

Ça y est. Hourra ! Après Florent Pagny, Zazie, Patricia Kaas, Hallyday père et fils, et avant beaucoup d’autres, Marc Lavoine a lui aussi sa chanson signée Pascal Obispo. Fais semblant est son nom de code, et elle figure sur son tout nouvel album, 7ème ciel. Pas follement original, Obispo, fast food de la variété française actuelle, reformule une nouvelle fois ses éternels plans mid-tempo, idéals pour la bande FM, et pour relancer le succès grand public de Lavoine.

Loin de ses tubes d’antan, l’homme aux Yeux revolvers a su pourtant dignement évoluer, d’un statut de chanteur pour midinettes à celui d’auteur dont les textes s’affinent depuis quelques années, comme en attestent les 12 titres de 7ème ciel, qu’il a entièrement écrit. Pour les musiques, outre l’inévitable Obispo, Marc Lavoine qui a mis la main à la pâte sur six d’entre eux, a choisi de ne pas choisir et de les confier à différents compositeurs, dont Jean-Jacques Goldman (J’écris des chansons), Richard Mortier, Michel Cœuriot, Alain Lanty et Jean-Pierre Lousteau. Le résultat donne un concentré pop-rock-ballades rehaussé d’un soupçon de biguine (J’entends la musique), fort bien léché, ma foi, mais bien moins risqué qu’un Lavoine-matic électronique qui, il y a deux ans, avait déconcerté de nombreux fans. Sans atteindre le nirvana promis, 7ème ciel, œuvre sans vague d’un quadra heureux et optimiste, s’avère, au final, un honnête album de variété.

Marc Lavoine 7ème ciel (Avrep/BMG) 1999

Gilles Rio

Reggiani, Dolly et Marc Lavoine

REGGIANI : Retrouvailles différées

Du théâtre au cinéma, jusqu’à la chanson qui l’a pris sur le tard (en 1965), Serge Reggiani met depuis 60 ans son timbre grave au service des auteurs et compositeurs français. Pour son nouvel album studio, les Adieux différés, entouré des fidèles Alain Goraguer et Raymond Bernard, il retrouve Pierre Tisserand, Jean-Loup Dabadie, Sylvain Lebel, Pierre Delanoé, et accueille Charlotte Grenat, Sigrid Baffert, Françoise Clémot, Liliane Bouc, Dominique Pankratoff et François Bernheim.

Baptisant ainsi son dernier LP, celui qui a chanté Moustaki, Nougaro, Le Forestier, mais aussi Gainsbourg, fait un pied de nez au destin. Agé de 78 ans, de santé fragile, on pourrait croire ses nouvelles chansons traversées du frisson du vieil homme regardant s’approcher inexorablement l’ombre de la grande faucheuse. les Adieux différés sonnent plutôt comme un titre ironique, puisque, dans ce disque, il n’est question que de la vie et ce qui l’anime, les turpitudes de l’âme (Ivre), la nostalgie (Jeune), l’amour (La gare de Bayonne), les femmes en général (Le monde est femme) et celles d’aujourd’hui en particulier (C’est dans combien ?), jusqu’à sa passion pour la peinture qui l’occupe à plein temps depuis une dizaine d’années (Ballade pour une gardienne de musée). Ses toiles sont d’ailleurs actuellement exposées à la Galerie Vekava à Paris. Alors, on aimerait ces adieux différés pour un bon moment. Car aujourd’hui, les retrouvailles aussi sont différées. Hospitalisé récemment, Serge Reggiani ne remontera pas sur les planches du Casino de Paris comme il devait le faire mi-octobre. Sa tournée est également annulée.

Pour se rappeler quelques-unes de ses plus belles chansons, Polydor vient par ailleurs de sortir un double CD, reprenant d’un côté les succès populaires (Ma liberté, les Loups sont entrés dans Paris...), de l’autre une sélection de textes de Boris Vian (Valse dingue, Fugue, Je bois...) et de Jacques Prévert (Barbara, Il ne faut pas...).

Serge Reggiani Les adieux différés (Trema) 1999

Gilles Rio


DOLLY cartonne

Apprêtez-vous à en boire des hectolitres, à en consommer des kilos, à en écouter des quantités... Dolly est en train de gagner ses galons dans la relève des groupes rock hexagonaux.

Après le succès de Dolly en 97 Thierry (batterie), Micka (basse), Nico (guitare) et Manu (guitare & chant) ne se sont pas vraiment offert de pause. Tournée, studio, mixage et puis tournée à nouveau... Ces stakhanovistes du rock ont, dans le même flux tendu, produit deux beaux disques et de solides concerts.

Un jour de rêves est l’album de la prise en main. Le disque précédent avait vu la patte de Clive Martin omniprésente, celui-ci sera coproduit avec Al Clay (Pixies, Franck Black, Del Amitri). Les tempos sont plus apaisés même si le ton des guitares reste toujours aussi saturé. Quelques sucreries tout de même, un minimum de douceur avec Mes yeux se ferment (paroles Manue et Jean Fauque, la plume de Bashung) et Angel où un quatuor de violons donne le change aux guitares en toiles émeri.

La voix lancinante presque lascive de la blonde Manu pondère la puissance des guitares et de la batterie. Les thèmes évoqués par les textes vont d’un amour possessif et anxieux Parti pour une heure, à la perte d’un ami mort accidentellement le Temps qu’il nous reste. Ce n’est pas tant l’originalité des sujets chantés que l’incandescente urgence que Dolly met à les jouer sur scène comme en studio qui fait notre admiration pour ce combo. Avec Un jour de rêves et les fatales craintes que font naître une seconde tentative, on est désormais convaincu et rassuré : Dolly sait transformer un essai.

Dolly Un jour de rêves (East West)  1999

Frédéric Garat


MARC LAVOINE : 7ème ciel

Ça y est. Hourra ! Après Florent Pagny, Zazie, Patricia Kaas, Hallyday père et fils, et avant beaucoup d’autres, Marc Lavoine a lui aussi sa chanson signée Pascal Obispo. Fais semblant est son nom de code, et elle figure sur son tout nouvel album, 7ème ciel. Pas follement original, Obispo, fast food de la variété française actuelle, reformule une nouvelle fois ses éternels plans mid-tempo, idéals pour la bande FM, et pour relancer le succès grand public de Lavoine.

Loin de ses tubes d’antan, l’homme aux Yeux revolvers a su pourtant dignement évoluer, d’un statut de chanteur pour midinettes à celui d’auteur dont les textes s’affinent depuis quelques années, comme en attestent les 12 titres de 7ème ciel, qu’il a entièrement écrit. Pour les musiques, outre l’inévitable Obispo, Marc Lavoine qui a mis la main à la pâte sur six d’entre eux, a choisi de ne pas choisir et de les confier à différents compositeurs, dont Jean-Jacques Goldman (J’écris des chansons), Richard Mortier, Michel Cœuriot, Alain Lanty et Jean-Pierre Lousteau. Le résultat donne un concentré pop-rock-ballades rehaussé d’un soupçon de biguine (J’entends la musique), fort bien léché, ma foi, mais bien moins risqué qu’un Lavoine-matic électronique qui, il y a deux ans, avait déconcerté de nombreux fans. Sans atteindre le nirvana promis, 7ème ciel, œuvre sans vague d’un quadra heureux et optimiste, s’avère, au final, un honnête album de variété.

Marc Lavoine 7ème ciel (Avrep/BMG) 1999

Gilles Rio