KANJAR'OC

Paris, le 16 décembre 1999 - Marseille et ses abords ne produisent pas seulement du rap. Groupe de scène, les huit de Kanjar'Oc (en tournée, les effectifs grimpent à 12 !) ont longtemps labouré les terres méditerranéennes, jusqu'à l'Italie et l'Espagne, pour propager leur musique festive faite de ska, de rock ou de reggae. Jusqu'alors auto produits, leurs précédents disques n'ont pas bénéficié du support suffisant pour les propulser hors du bassin méditerranéen. Leur nouvel album, "Kamino Real", distribué par Globe Music, devrait les révéler un peu plus. Entretien.

Du soleil en hiver

Paris, le 16 décembre 1999 - Marseille et ses abords ne produisent pas seulement du rap. Groupe de scène, les huit de Kanjar'Oc (en tournée, les effectifs grimpent à 12 !) ont longtemps labouré les terres méditerranéennes, jusqu'à l'Italie et l'Espagne, pour propager leur musique festive faite de ska, de rock ou de reggae. Jusqu'alors auto produits, leurs précédents disques n'ont pas bénéficié du support suffisant pour les propulser hors du bassin méditerranéen. Leur nouvel album, "Kamino Real", distribué par Globe Music, devrait les révéler un peu plus. Entretien.

Votre premier disque remonte à 1996, pourtant vous tournez depuis de nombreuses années. A quand remontent vos débuts ?
Le groupe a 10 ans. La première pierre a été posée à Port-de-Bouc, près de Marseille. De la formation originelle, il reste le chanteur et le batteur. Puis, la formation s'est étoffée et nous nous sommes structuré en montant notre association. Le déclic s'est produit en 1996 : on venait de sortir "Furia Kanja", un EP 7 titres auto produit, quand, en décembre, on est allé jouer aux Transmusicales de Rennes. Ce fut un marchepied formidable. On a récupéré 40 dates suite à ce passage-là. Depuis décembre 1996, nous en avons fait 350. L'année qui a suivi les "Bars en Trans", nous avons fait l'ouverture de ces mêmes Transmusicales avec Rachid Taha, Sergent Garcia, Pierpoljack, Faudel…

Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour vous lancer ?
Nous étions plus ou moins tous étudiants. Le fait de se lâcher dans l'univers musical n'est pas venu au même moment pour tous. C'est le problème de tous les groupes, à la différence des chanteurs qui ramènent des musiciens. Les Transmusicales ont été notre première occasion de sortir de notre région. Là, on s'est dit que, concrètement, on pourrait vivre de notre musique. En 1996, le groupe commençait à être plus professionnel. Il fallait franchir un cap. Et puis, avant, les paroles, c'était la fête pour la fête. Il y avait aussi un palier à franchir au niveau de l'écriture. Le but du jeu n'est pas de se dire que nous sommes les nouveaux philosophes mais d'apporter un peu plus de conscience dans les mots. Dans cet album, il y a des textes à dimension poétique, d'autres plus politiques alors qu'aujourd'hui, au contraire, trop de gens versent dans les slogans et les formules rapides. Sur une chanson, nous parlons d'une association d'universitaires allemands qui œuvraient pendant la Seconde Guerre mondiale contre Hitler et le nazisme. C'est autrement plus courageux que le rapport que peuvent avoir certains intellectuels actuels sur les dictatures sud-américaines.

Dans le dossier de presse, vous dites que 1999 est une année de transition. Vers quoi ?
C'est une transition par rapport à la scène car nous nous sommes enfermés de novembre 98 à avril 99 pour cet album. Avant, tout était axé sur la scène. Là, il fallait concevoir de la musique qui puisse être audible dans un confort d'écoute CD, qui ne se fane pas au bout de la troisième écoute.

Festive, votre musique brasse aussi bien du rock que du reggae. De quel univers vous sentez-vous le plus proche ?
Notre délire, c'est d'être l'enfer des puristes !

Vous avez fait la première partie d'artistes dont les publics sont très éloignés, comme Rachid Taha et Lofofora. L'accueil qui vous est réservé est-il toujours le même ?
Les programmateurs viennent souvent nous chercher pour contrebalancer une soirée trop ciblée. Quand tu te donnes sur scène, quand tu es sincère, même si tu ne produis pas la musique que les gens sont venus écouter au départ, ils écoutent, regardent et apprécient. Les autres s'en foutent, ils vont au bar. Et puis, comme tous sont là pour la tête d'affiche, c'est à nous de les surprendre. Sur scène, on débarque torse nu, ça saute de tous les côtés, et nous avons des bidons, comme des instruments décalés.

Dans toutes ces premières parties, quelles ont été les rencontres qui vous ont le plus marqué ?
Les Wailers, Toots and the Maytals, LKJ, Maceo Parker, Rachid Taha.

Aujourd'hui, si vous fonctionnez toujours en indépendants, vous êtes désormais sous contrat avec un label national. Outre le fait de vous faire dicter vos compositions, quelles concessions craignez-vous que l'on vous demande un jour ?
Faire une reprise sur un disque, par exemple. A l'époque où nous avons signé, nous avons réfléchi à ce que pouvait nous apporter une plus large diffusion. Mais elle ne se fera pas à n'importe quel prix et à n'importe quelle condition. Quelque part, nous sommes encore assez utopistes sur la manière dont ça fonctionne.

Propos recueillis par Gilles Rio