Sting invite Mami et Khadja Nin

Sting et Cheb Mami sur la scène de Paris-Bercy © H.Mata/AFP

Il y a trois jours, le concert de Sting, avec Cheb Mami et Khadja Nin en première partie, a rempli l'immense Palais Omnisport parisien de Bercy. L'événement restera un souvenir inoubliable pour les seize mille spectateurs de ce voyage musical entre pop, raï et mélopées swahili.

Lundi 10 octobre, 18h30. Il y a déjà du monde sur l'esplanade de Bercy. Un public issu en majorité du rock et de la pop, de toute évidence. Mais aussi, ça et là, des groupes de spectateurs originaires d'Afrique. Avec une bande de copines, Fatima est venue de la banlieue parisienne, pour son idole, Cheb Mami. "J'essaie de ne pas manquer ses concerts", précise-t-elle. "Je n'ai jamais vu Sting en live, je vais découvrir. Pour nous, c'est un honneur que Mami soit invité ce soir".

Ce fut au spectacle "1, 2, 3 Soleils", qui rassembla Khaled, Faudel et Rachid Taha dans ce même Bercy en 1998, que Sting eut envie de découvrir Mami. Ce dernier, paradoxalement, ne faisait pas partie de cette soirée que maints médias avaient annoncée comme "raï". Mais, dès son arrivée dans la tribune des VIP, il avait été acclamé par la foule. Environ un mois plus tard, Sting venait vérifier sur place, à la Cigale, qui était donc ce phénomène capable de déclencher, par sa seule présence, un tonnerre d'applaudissements. A la fin du show de Mami, il était subjugué par "cette voix belle comme celle d'un oiseau". Et proposait d'emblée au chanteur algérien d'enregistrer un duo pour son album Brand New Day (A&M Polydor/Universal).

Tout s'enchaîna très vite. La séance dans le studio italien de l'ex-Policeman, qui donna la chanson "Desert Rose". Puis la promotion, aux Etats-Unis notamment, de Brand New Day, à laquelle Sting associa Mami. Celui-ci explique : "Ça m'a donné l'occasion d'accéder à d'importantes émissions télévisées, où, semble-t-il, aucun artiste maghrébin n'avait encore jamais été convié". Puis ce fut le challenge des six concerts new-yorkais de la pop star, ouverts par le chantre oranais, lequel commente: "A la différence des deux premiers soirs, la salle a été, le troisième jour, pleine dès le début de la première partie. Le bouche à oreille avait très bien fonctionné".

A Paris, en cette froide soirée de janvier, la tâche est certes plus facile. Le Cheb relève le défi avec cette formidable aisance scénique acquise au fil des années. Sa voix virevolte comme un feu follet sur les pulsations bondissantes de la derbuka. Karim Ziad à la batterie et Linley Marthe à la basse plantent un groove imparable. Dès le troisième morceau (Baïda), le public manifeste son plaisir. Aux premières notes de Meli Meli, il claque des mains. En sept titres, le tour est joué. De ses vocalises souveraines, le petit Prince du raï a conquis le public de Sting.

Les conditions techniques ont été plus difficiles pour Khadja Nin, qui s'est produite, au tout début de la soirée (à 19h30), sans avoir pu effectuer la balance et les réglages sonores. La déesse burundaise s'en sort fort bien. Ses incantations, à la grâce princière, parlent directement à l'âme. En une poignée de chansons, elle installe la magie de son univers : Sambolera, le tube qui la révéla au grand public en 1996 ; Mama, dont le clip a été réalisé par l'actrice Jeanne Moreau; Free, de Stevie Wonder, adapté en swahili; Sesiliya, émouvante ode à sa grande sœur décédée; Kembo et sa guitare au parfum flamenco... Khadja Nin conclut avec Damu Ya Salaam : quatre tambourinaires du Burundi se joignent à l'orchestre dirigé par le guitariste Nicolas Fiszman. Le chant de la colombe noire s'envole au-dessus des rythmes enracinés dans la terre de ses ancêtres. Ce finale, Damu Ya Salaam, constitue, pour la chanteuse, le trait d'union emblématique avec son hôte anglais. Elle s'est en effet directement inspirée du titre de Sting, Russians (sur la Guerre froide), qu'elle a transposé à la Guerre du Golf et son cortège de tragédies. Ce soir-là, une fois le concert terminé, c'est son fils aîné qui viendra la féliciter, dans les coulisses.

Pour l'instant, Sting a succédé à Mami sur la gigantesque scène. L'ambiance chauffe terriblement. Une mer de bras levés ondule joyeusement et le public reprend en chœur les refrains de sa star. Sting appelle Cheb Mami pour Desert Rose. Le héros du raï, davantage mis en valeur ici, sur scène, que sur le disque, exécute de superbes contre-chants pendant les couplets de Sting ou double en harmonie les lignes mélodiques. La soirée a été tout du long placée sous le sceau de la fraternité artistique et humaine. Une belle entrée dans le millénaire.

Khadja Nin Ya... (BMG)
Cheb Mami Meli Meli (Virgin)
Sting Brand New Day (A & M Polydor/Universal).


KHADJA NIN REVIENT POUR RFI MUSIQUE SUR SA RENCONTRE AVEC STING

La veille du concert à Bercy (Paris), la chanteuse burundaise est revenue de son pays natal, où elle a tenu à passer la nouvelle année. Quelques semaines auparavant, elle avait reçu, à Bujumbura, quatre chirurgiens européens, apportant du matériel de chirurgie parascopique (technique ne nécessitant pas d'ouvrir le patient). Cette préoccupation humanitaire constitue un point commun avec Sting.

La rencontre avec ce dernier a eu lieu naturellement. En 1998, Khadja Nin avait envoyé au bureau du chanteur britannique une maquette de Damu Ya Salaam - son adaptation de la chanson de Sting, Russians -, afin de lui demander son accord. Elle souhaitait en effet inclure cette version dans le quatrième album qu'elle préparait, Ya.... Un jour, Sting l'a appelée. Il était enchanté de cette mouture en swahili. Mais elle ne l'a rencontré de visu qu'en novembre 1999 lorsqu'elle est allée assister à un concert à New York où Cheb Mami jouait en première partie.

Toutefois, le manager de la vedette pop, Mike Copeland (frère de Stewart, ancien batteur de Police), n'avait pas attendu ce jour pour convier Khadja Nin dans son Château de Marouatte, au cœur du Périgord (France). "Deux fois par an, Mike organise des séances, où se retrouvent des chanteurs, des compositeurs, des arrangeurs, des gens du milieu musical, mais surtout des créateurs, explique Khadja. Il y a trois studios. Tous les matins, on forme des équipes de trois. Chaque groupe conçoit un morceau et l'enregistre en trois heures. Quand j'ai été invitée, huit trios ont été ainsi constitués. C'est comme ça que j'ai écrit la chanson Kembo avec le guitariste de Sting, Dominique Miller, et que je l'ai intégrée à mon dernier album. Une expérience artistique infiniment riche".