Piaf renaît

"Il n’y aura jamais une autre Piaf. Mais de ses cendres sortiront de nouvelles voix qui serviront la chanson. Car quand elle va droit au cœur, elle devient aussi éternelle que la vie" (Raquel Bitton). "Droit au cœur", c’est justement là qu’un petit bout de femme a touché le public du Carnegie Hall à New York en ce samedi 15 janvier...

Raquel Bitton redonne vie et corps à la légende

"Il n’y aura jamais une autre Piaf. Mais de ses cendres sortiront de nouvelles voix qui serviront la chanson. Car quand elle va droit au cœur, elle devient aussi éternelle que la vie" (Raquel Bitton). "Droit au cœur", c’est justement là qu’un petit bout de femme a touché le public du Carnegie Hall à New York en ce samedi 15 janvier...

Il est 19h30 ! Tickets à la main, (75 dollars) la foule trépigne devant les portes encore fermées. Non pas de froid, mais d’impatience. Ce soir, dans ce temple mythique de la scène new-yorkaise, une petite dame rend hommage à la Grande Piaf : Raquel Bitton. Lorsque l’on sait le tendre lien qui unit le public américain à l’artiste disparue, on comprend très vite qu’il est inutile de chercher à se procurer le billet de la chance. Elle a sourit à 3000 gagnants avant vous ! Trop tard, c’est complet M’sieurs-dames !

Je suis environ au dixième rang dans la rangée centrale. Le parfait endroit pour avoir un aperçu, en attendant l’extinction des feux, sur ce qu’il se passe autour de moi. (J’apprendrai seulement à la fin du spectacle lorsqu’il saluera la salle, que le monsieur assis juste devant moi n’est autre que Bob Holloway orchestrateur, arrangeur et collaborateur de Raquel depuis plusieurs années). Rapidement, je scrute l’horizon, y compris à la verticale car les balcons n’en finissent de se superposer. Ô surprise, même tout là-haut, à l’extrême extrémité, j’aperçois les gens. Etonnant de voir qu’un petit nom de rien du tout, de quatre lettres seulement, P.I.A.F. déclenche un tel phénomène ! Tiens le très vieux monsieur derrière moi... dort déjà !

Mais ce soir, derrière ce nom s’en cache un autre, celui de Raquel Bitton. Une battante qui a de la gouaille et qui n’est pas prête de lâcher prise à la première rafale de "encore une qui s’prend pour Piaf" ! Témoin d’un soir, j’ai vu et entendu, alors je peux le dire, "la" Bitton, elle n’imite pas, elle interprète. Elle interprète avec cette même passion brûlante et dévorante qui il y a quelques années, sur cette même scène du Carnegie Hall, avait fait d'une Piaf usée et épuisée, Madame PIAF !

Il est 20h, si Piaf n’avait qu’un piano et un accordéon, en revanche, Bitton s’acoquine elle, de quatre violons, deux violoncelles, une guitare une mandoline, une clarinette... bref 20 musiciens lui donnent la note. Alors, vous voyez bien qu’elle n’imite pas ! Elle est venue avec ses arrangements à elle et quel beau résultat !

Après que l’orchestre ait rendu brièvement hommage aux différents airs que notre mémoire n’a jamais effacés, Raquel entre en scène. "la Goualante du pauvre Jean" en perd alors ses rides, "l’Accordéoniste" est assis là prêt à jouer la java tandis que les "Flons-Flons du bal" nous invitent à danser. Une chanson, une histoire. C’est pas pour rien que le spectacle s’appelle "Edith Piaf, son histoire, ses chansons". Car elle en a plus d’une dans son sac la p'tite Raquel des histoires, elle est même allée les chercher directement à la source. Henri Contet ("le Vieux Piano", "Bravo pour le clown", "Padam Padam"), lui les a toutes racontées lorsqu’elle lui a dit qu’elle voulait faire revivre la mémoire d’Edith. Ces histoires-là, jamais personne avant elle ne les avait entendues. Forcément chez nous en France, tout ça c’est le passé et les Henri Contet, Charles Dumont ("Non je ne regrette rien") et autres Michel Rivgauche, pour ne citer qu’eux, sont hélas devenus de simples noms. Des noms qui ont gravité autour de Piaf certes, mais que l’on ne prend plus la peine de dépoussiérer !

Ainsi, au cours de la soirée, on reparlera de sa sœur de cœur Momone, de celui qui ne concevait pas la vie sans son amitié et qui mourra le même jour qu’elle, Jean Cocteau. Le souvenir de Cerdan, dont l’avion s’écrasera au-dessus des Açores et auquel elle dédiera le soir même le spectacle qu’elle avait refusé d’annuler au club Le Versailles...

Bref, autant de souvenirs que le cœur de cette artiste pouvait en contenir. Des roses, des bleus mais beaucoup de gris aussi. Un peu comme ce ciel de Paris où "Milord" aimait à la retrouver devant son Vieux piano. C’était l’époque où les Cris du cœur se noyaient dans "la Foule" et où "Mon Dieu", "L’Hymne à L’amour" ne regrettait pas de verser à la face des "Amants d’un jour", son trop plein de "Padam". Pour cette soirée inoubliable, merci Madame Piaf de nous avoir permis de reprendre l’espace d’un instant "le Chemin des forains". Et à vous Raquel, de nous avoir offert une occasion si rare celle d’avoir pu encore un peu... rêver d’une "Vie en Rose".

Il est 22h30, la salle se vide, les larmes se sèchent et le silence est intense. Une fois dehors, je lève les yeux, une étoile brille beaucoup plus que toutes les autres... Mais "of course", ce soir, une autre "star is born".

Myriem WONG

Pour en savoir plus sur Raquel Bitton son site Web