LA BARONNE

Paris, le lundi 7 février 2000 - Entre jazz, rock et chanson française, le trio La Baronne s'impose grâce à Sylvie Cobo, vocaliste éclectique dont la Cité de la Musique a présenté la dernière création musicale du 2 au 6 février.

Flamboyante femme orchestre

Paris, le lundi 7 février 2000 - Entre jazz, rock et chanson française, le trio La Baronne s'impose grâce à Sylvie Cobo, vocaliste éclectique dont la Cité de la Musique a présenté la dernière création musicale du 2 au 6 février.

On aurait pu penser que l'atmosphère un rien empesée de l'amphithéâtre de la Cité de Musique eut pu nuire aux délires vocaux de la dite Baronne. Que nenni... Car la Baronne n'en a cure. Ainsi, revendique t-elle bien peu son pseudonyme aristocratique, tout bêtement choisi au cours d'une soirée bien arrosée. Silhouette noire, l'épaisse chevelure rousse (allez osons, crinière de lionne) de Sylvie Cobo, alias La Baronne, s'agite au dessus de sa batterie.

Gonflée, l'aristo de s'attaquer à un tel instrument, version pourtant minimaliste composée d'une caisse claire, d'une (petite) grosse caisse et de deux cymbales. Accompagnée d'un claviériste Hugo Renard et du guitariste de jazz Claude Barthélémy (ancien directeur de l'Orchestre National de Jazz), La Baronne donne le ton d'un "Rien n'est à toi, tu n'as pas un seul centime, tout est à la société anonyme"... qui déclenche les applaudissements. Et enchaîne très vite sur "la Pause", sujet inépuisable dans les ateliers et les usines, accompagné d'un long soupir de Sylvie Cobo qui en dit long sur sa propre expérience, elle qui fut tour à tour, serveuse, menuisière, ouvrière en bâtiment et même ferrailleuse ! Avant de tâter du rock au sein de Rimmel en 1987, son premier vrai groupe, puis Maïna, versant dans le funk-raï en 1993. Et de décider une bonne fois pour toutes qu'elle serait chanteuse.

La Baronne naît ainsi en 1995, de la rencontre avec le batteur et le pianiste Emmanuel de Bonneville et un premier album éponyme enregistré en trois jours à Istambul. Avant que le Festival de Jazz de Rive de Gier ne les prenne en production. Les résultats ne se font pas attendre : révélation du Printemps de Bourges en 97, lauréat du Tremplin Chorus des Hauts-de-Seine, elle rafle quatre distinctions. Car La Baronne chante l'amour, de ces histoires d'amour qui n'auraient jamais existé sans "baratinage".

Pas figée derrière ses percussions, la Baronne s'avance sur le devant de la scène, les mains sur les hanches, annonce une chanson de 1932 : "J'me pique à l'eau de Javel, pour oublier çui qu' jaime" ("le Tango stupéfiant", créé et interprété par Marie Dubas). Puis ce sont ces quelques notes de guitare aisément reconnaissables. Sylvie Cobo s'attaque à un monument "les Marquises" de Jacques Brel, une version qui s'écoute et que l'on écoute. Entre une chanson sado-masochiste et un texte de Jean Genet, Sylvie Cobo, plus détendue que la veille, soirée officielle, à propos d'une chanson non autobiographique, mais qui pourrait l'être : "L'Amour", ce qui donne à peu près ceci: "Souviens-toi de mes nichons, sous les draps, il faisait bon" écrite pour elle par Pascal Mathieu, auteur sulfureux, et dont elle interprète ce soir trois de ses textes.

J'ai un fantasme, celui de chanter "Souviens toi de mes nichons" devant 20.000 personnes à Bercy avec les briquets et tout le tintouin". Amusé, le public de la Cité de la musique la prend au mot. Briquets allumés, la salle reprend le doux refrain, "plus rockn'roll qu'hier le public" ! Fin des réjouissances avec ce sentiment d'avoir passé une soirée différente qui se clôt par un standard dans les maternelles "A la Clairefontaine", sur des sonorités japonisantes.

Pascale Hamon

Du vent dans les bronches de Freydier-Paulhac (Adami)