Chroniques d'album

Natacha Tertone : Le grand Déballage

N'est-elle pas mignonne cette petite fille ? Sur la pochette de son album, Natacha Tertone nous donne à voir cette naïveté enfantine, ce charme de l'innocence. Mais c'est "Le Grand Déballage", un cri intérieur, qui grâce au jeune label lillois B Pourquoi B ? , sourd au cœur de nos entrailles.

Au début à cinq, Natacha Tertone est désormais un trio. Les frères Mathieu (Philippe à la guitare et Bruno à la batterie et percussions) accompagnent les solos de flûte, d'accordéon, les mélodies que composent en majorité Natacha. Cette petite voix souriante nous prend par la main. Venez voir "tous ces moments", où "tout s'emmêle… tourne" ; chacun(e) trouvera le loisir de tomber sous ses mots et de tournoyer avec cette musique alanguie. D'incidents en incidences de parcours, Natacha n'hésite pas à déclarer que cet album "est bel et bien un album en forme de rupture, le compte-rendu d'une histoire douloureuse et heureusement terminée". Cependant en bout de course, sur le fil du rasoir (compilation sortie en 1998 où elle faisait son premier pas), après un premier mini-album autoproduit "Ravie", Natacha se dévoile sans pour autant se mettre à feu et à sang. Ambiances intimistes, minimalisme non-feint pour suivre le courant, il faudra la défendre des comparaisons avec Dominique A et d'autres. C'est une personnalité qui se donne à voir, sous le visage d'une innocence contrariée mais si enviée. Fraîcheur et simplicité des tourments comme "Les cartes postales" que l'on ne sait jamais ni choisir ni comment envoyer.

C'est un univers d'une sensibilité déconcertante, d'une tendresse bien émouvante, qui fera tressaillir chacun de nos sens. A l'instar du jeune label, Natacha pourquoi pas?

Emmanuel Dumesnil

Natacha Tertone Le grand Déballage (B Pourquoi B?, 3 rue Jules de Vicq, 59800 Lille) 2000bpourquoib@hotmail.com

Pills : le petit soldat aux pieds de plombEn clôture des Transmusicales de Rennes 91, une rave mettait à jour un groupe, Pills, dans la cour des grands de l’international de la techno. Depuis de nombreux festivals à thème se sont développés et Pills sort son troisième album. Disque de la maturité, disque d’un tournant : la techno n’est plus ce qu’elle était, mais que va-t-elle devenir ?

Le buste en bronze d’un chef indien est le symbole omniprésent de « MusicSoldia », troisième album de Pills. Rappel d’une culture massacrée qui dans l’inconscient américain comme européen, marque une reconnaissance d’une minorité, ignorée à l’époque avec superbe. Fort de cet adage, Pills, soit Anthony Sandor, nous offre un panorama des genres techno électro à la limite de l’indigeste tant les bonnes intentions sont omniprésentes. Si on fait exception de la première partie techno de l’album qui reste du Pills pur et dur, la seconde se veut plus démonstrative et moins convaincante. Elle montre tous les talents du bonhomme : dub avec la participation de Lee Scratch Perry, reprise d’un morceau phare des KLF, façon Stone Roses et une descente calibrée jungle qui nous ferait oublier l’intégrité et l’engagement d’un tel artiste ; un morceau down tempo manque tout de même à l’affaire.

Pills fut pourtant un des premiers à fonder un label techno 100% français : Rave Age Records. En 1995, le premier album "Foundation" posait une pierre nouvelle dans le domaine techno et affirmait un groupe libre de toutes références artistiques outre atlantique trop pesantes. Deux ans plus tard, "Electrocaïne" confirmait le genre. Mais en ce début d’année, la méthode manque d’envergure. Certes, Alex Gopher est passé par-là et son P-funk revitalisé a tout dévasté. De même, la scène s’est montrée plus éclectique et le rap est devenu la passerelle incontournable pour n’importe lequel des aficionados qui n’oublierait pas le démon des origines.

La scène techno semble être arrivée à un tournant. Après la pause, la mise au point, ne serait-il pas temps de parti ailleurs ? Rock’n Roll is dead, une certaine techno aussi.

Emmanuel Dumesnil

Pills MusiSoldia (Island, Universal)  2000 Ce jeune con de Saez

Dans le bouquet de jeunes artistes rock qui fleurissent en France, le premier album de Saez “Jours étranges” ne dépareille pas.

Le disque commence rageur et rugueux : “Violence, puissance, inconscience/Entrer dans le monde de l’intolérance/Et ça fait de l’audience pour le peuple de France” ou “Sauver cette étoile” ou “Puisqu’on est jeune et con, puisqu’ils sont vieux et fous, puisque des hommes crèvent sous les ponts, mais ce monde s’en fout". Tout cela agrémenté de guitares lourdes et d’une voix de chat écorché. Damien Saez prend un mauvais départ dans la vie avec sa gueule de jeune premier et des slogans à trois francs six sous. Encore un jeune innocent dont la maison de disques ne fera qu’une petite bouchée de pain après avoir multiplié la vente des siens…

Et puis, et puis… la “valeur” artistique du jeune Dijonnais apparaît au fur et à mesure des chansons qui suivent. Le rock grumeleux cher à Dolly ou à Dyonisos ses collègues de scène, laisse place à des mélodies plus soyeuses. “Montée là-haut”, homélie en arpège à une femme disparue. “Rock’n Roll Star” farandole ironico-rock sur les lieux communs du star-system dans lequel Saez prend garde de ne pas se vautrer. Et enfin une reprise aussi surprenante que réussie du standard de jazz “My Funny Valentine” "Parce que mes parents écoutaient beaucoup de jazz à la maison et que j’adore la version de Chet Baker ” explique t-il.

Avec l’illustre chanteur-trompettiste, Saez partage au moins une frimousse d’ange et une inexplicable fragilité. Peut-être un peu trop tendre, peut-être un peu trop franc pour ce monde de Tartuffe. Mais il est heureux que dans la cacophonie ambiante un tel talent ait la “voix” au chapitre.

Frédéric Garat

Saez Des jours étranges (Island/Universal) 2000

Natacha et les garçons…

Natacha Tertone : Le grand Déballage

N'est-elle pas mignonne cette petite fille ? Sur la pochette de son album, Natacha Tertone nous donne à voir cette naïveté enfantine, ce charme de l'innocence. Mais c'est "Le Grand Déballage", un cri intérieur, qui grâce au jeune label lillois B Pourquoi B ? , sourd au cœur de nos entrailles.

Au début à cinq, Natacha Tertone est désormais un trio. Les frères Mathieu (Philippe à la guitare et Bruno à la batterie et percussions) accompagnent les solos de flûte, d'accordéon, les mélodies que composent en majorité Natacha. Cette petite voix souriante nous prend par la main. Venez voir "tous ces moments", où "tout s'emmêle… tourne" ; chacun(e) trouvera le loisir de tomber sous ses mots et de tournoyer avec cette musique alanguie. D'incidents en incidences de parcours, Natacha n'hésite pas à déclarer que cet album "est bel et bien un album en forme de rupture, le compte-rendu d'une histoire douloureuse et heureusement terminée". Cependant en bout de course, sur le fil du rasoir (compilation sortie en 1998 où elle faisait son premier pas), après un premier mini-album autoproduit "Ravie", Natacha se dévoile sans pour autant se mettre à feu et à sang. Ambiances intimistes, minimalisme non-feint pour suivre le courant, il faudra la défendre des comparaisons avec Dominique A et d'autres. C'est une personnalité qui se donne à voir, sous le visage d'une innocence contrariée mais si enviée. Fraîcheur et simplicité des tourments comme "Les cartes postales" que l'on ne sait jamais ni choisir ni comment envoyer.

C'est un univers d'une sensibilité déconcertante, d'une tendresse bien émouvante, qui fera tressaillir chacun de nos sens. A l'instar du jeune label, Natacha pourquoi pas?

Emmanuel Dumesnil

Natacha Tertone Le grand Déballage (B Pourquoi B?, 3 rue Jules de Vicq, 59800 Lille) 2000bpourquoib@hotmail.com

Pills : le petit soldat aux pieds de plombEn clôture des Transmusicales de Rennes 91, une rave mettait à jour un groupe, Pills, dans la cour des grands de l’international de la techno. Depuis de nombreux festivals à thème se sont développés et Pills sort son troisième album. Disque de la maturité, disque d’un tournant : la techno n’est plus ce qu’elle était, mais que va-t-elle devenir ?

Le buste en bronze d’un chef indien est le symbole omniprésent de « MusicSoldia », troisième album de Pills. Rappel d’une culture massacrée qui dans l’inconscient américain comme européen, marque une reconnaissance d’une minorité, ignorée à l’époque avec superbe. Fort de cet adage, Pills, soit Anthony Sandor, nous offre un panorama des genres techno électro à la limite de l’indigeste tant les bonnes intentions sont omniprésentes. Si on fait exception de la première partie techno de l’album qui reste du Pills pur et dur, la seconde se veut plus démonstrative et moins convaincante. Elle montre tous les talents du bonhomme : dub avec la participation de Lee Scratch Perry, reprise d’un morceau phare des KLF, façon Stone Roses et une descente calibrée jungle qui nous ferait oublier l’intégrité et l’engagement d’un tel artiste ; un morceau down tempo manque tout de même à l’affaire.

Pills fut pourtant un des premiers à fonder un label techno 100% français : Rave Age Records. En 1995, le premier album "Foundation" posait une pierre nouvelle dans le domaine techno et affirmait un groupe libre de toutes références artistiques outre atlantique trop pesantes. Deux ans plus tard, "Electrocaïne" confirmait le genre. Mais en ce début d’année, la méthode manque d’envergure. Certes, Alex Gopher est passé par-là et son P-funk revitalisé a tout dévasté. De même, la scène s’est montrée plus éclectique et le rap est devenu la passerelle incontournable pour n’importe lequel des aficionados qui n’oublierait pas le démon des origines.

La scène techno semble être arrivée à un tournant. Après la pause, la mise au point, ne serait-il pas temps de parti ailleurs ? Rock’n Roll is dead, une certaine techno aussi.

Emmanuel Dumesnil

Pills MusiSoldia (Island, Universal)  2000

Ce jeune con de Saez

Dans le bouquet de jeunes artistes rock qui fleurissent en France, le premier album de Saez “Jours étranges” ne dépareille pas.

Le disque commence rageur et rugueux : “Violence, puissance, inconscience/Entrer dans le monde de l’intolérance/Et ça fait de l’audience pour le peuple de France” ou “Sauver cette étoile” ou “Puisqu’on est jeune et con, puisqu’ils sont vieux et fous, puisque des hommes crèvent sous les ponts, mais ce monde s’en fout". Tout cela agrémenté de guitares lourdes et d’une voix de chat écorché. Damien Saez prend un mauvais départ dans la vie avec sa gueule de jeune premier et des slogans à trois francs six sous. Encore un jeune innocent dont la maison de disques ne fera qu’une petite bouchée de pain après avoir multiplié la vente des siens…

Et puis, et puis… la “valeur” artistique du jeune Dijonnais apparaît au fur et à mesure des chansons qui suivent. Le rock grumeleux cher à Dolly ou à Dyonisos ses collègues de scène, laisse place à des mélodies plus soyeuses. “Montée là-haut”, homélie en arpège à une femme disparue. “Rock’n Roll Star” farandole ironico-rock sur les lieux communs du star-system dans lequel Saez prend garde de ne pas se vautrer. Et enfin une reprise aussi surprenante que réussie du standard de jazz “My Funny Valentine” "Parce que mes parents écoutaient beaucoup de jazz à la maison et que j’adore la version de Chet Baker ” explique t-il.

Avec l’illustre chanteur-trompettiste, Saez partage au moins une frimousse d’ange et une inexplicable fragilité. Peut-être un peu trop tendre, peut-être un peu trop franc pour ce monde de Tartuffe. Mais il est heureux que dans la cacophonie ambiante un tel talent ait la “voix” au chapitre.

Frédéric Garat

Saez Des jours étranges (Island/Universal) 2000