Tayfa

Taÿfa, en kabyle, ce sont "les sales gosses", ceux qui dérangent ou l'histoire d'une fusion réussie entre la musique celtique et le chant kabyle. Deux cultures chargées d'histoire dont les rythmiques et les harmonies musicales sont assez proches. Avec leur troisième album "Assif" (Griffe/Sony Music), Taÿfa a décidé de n'en faire qu'une seule.

Fest-Noz berbère

Taÿfa, en kabyle, ce sont "les sales gosses", ceux qui dérangent ou l'histoire d'une fusion réussie entre la musique celtique et le chant kabyle. Deux cultures chargées d'histoire dont les rythmiques et les harmonies musicales sont assez proches. Avec leur troisième album "Assif" (Griffe/Sony Music), Taÿfa a décidé de n'en faire qu'une seule.

Sur fond bleu azur, "Assif" (la rivière) est l'album de la maturité. Dix chansons chantées en berbère, écrites par Farid Aït Siameur et composées, pour une partie, par Jacques Moreau, le percussionniste. Ces deux-là se sont rencontrés en 1986 dans une première formation Tassili, qui n'était alors que les prémices de Taÿfa, formé en 1992. Les deux musiciens n'auront de cesse alors de jouer la musique qu'ils ressentent, loin de toute conformité : "On ne fait pas de la musique traditionnelle, nous ne sommes pas de ceux qui veulent la porter sur leur dos comme une coquille, on n'est pas des escargots, on serait plutôt limaces", souligne Farid Aït Siameur. Le chanteur ne se voyait pas reformer sa Kabylie natale autour de lui, “ou faire du rock pour faire plus moderne”.

Depuis huit ans, l'alchimie fonctionne car les sept musiciens de Taÿfa, tous fortement ancrés dans leur région, à Quimper, forment cette fusion : le chanteur est kabyle, le percussionniste breton, le guitariste est asturien, le bassiste antillais et le flûtiste breton est d'origine italienne. La star de la bombarde, David Pasquet, présent sur le disque mais très demandé en cette période de la Saint- Patrick est remplacé sur scène par Ronan Le Gourierec. Autres grosses pointures de cet album, Ronan Le Bars dont la cornemuse accompagne Stephan Eicher sur scène et sur l'Héritage des Celtes dirigé par Dan Ar Braz, le violoniste algérien Farhat Bouallagui qui a participé au dernier album de Sting ou encore Hakim Hamadouche aux mandoles.

Un disque plus abouti dans lequel les rythmes sont suggérés, et non appuyés, pour que la fusion soit parfaite, ou mieux, qu'elle ne soit qu'une seule et même musique. Même s'il est évident que la cornemuse donne le ton tout de suite de la celtitude, le contrepoids de ces instruments bretons (biniou et bombarde) est apporté par le chant kabyle de Farid Aït Siameur, qui dans "Melk lahdid" (l'ange métallique) évoque ces enfants africains pensant trouver la liberté sous les ailes d'un avion ou dans "Mangeuse d'âmes", chanson dédiée à Napoko, femme du Burkina Fasso, victime de la tradition villageoise.

Après un auto-produit en 1993 sur un petit label nantais, et le second "Awal" (le mot), belle mise en bouche avant ce troisième album "Assif" dont le single "C'est pas la peine" évoque ce rêve du retour, cette envie d'humer l'air de son enfance. “J'ai la possibilité de vivre ici et en même temps de ne pas être interdit de retourner chez moi “, explique Farid Aït Siameur qui vit en Bretagne, depuis son arrivée en France en 82. Mêmes si ses racines sont ici, la nostalgie prévaut. Si les membres de Taÿfa lui ont laissé carte blanche pour les paroles, pas de parité kabyle/français - avec neuf titres chantés en kabyle et deux refrains en français dont le single et "Gare à Gaïa", un thème écologiste - le français est suggéré, chuchoté presque. "On utilise cette langue tous les jours mais ce n'est pas la langue dans laquelle j'ai appris à chanter", explique le chanteur. "Mais Farid milite pour la reconnaissance de la langue kabyle en Algérie et moi pour la reconnaissance des langues minoritaires en Europe" souligne Jacques Moreau. “Ne serait-ce que pour rendre hommage à nos grands-parents à qui l'école de Jules Ferry interdisait de parler breton", rappelle Jacques Moreau, qui se défend d'être nationaliste.

Intarissable sur les questions d'identité, le Breton de service, comme il se présente lui-même, a accompagné durant dix ans une danseuse togolaise Flora Théfaine en jouant des percussions africaines, des congas aux bongos, tous les instruments à peaux sauf le derbourka. La boucle est bouclée.

Taÿfa en tournée : Ils seront à Gennevilliers le 17 au Chorus des Haut de Seine, le 18 à Maurepas, le 24 à Dunkerque, le 25 au Havre, le 31 à Poitiers, le 7 avril à Laval, le 8 à Bourneuf, le 15 à Tremblay, le 21 à Saint-Nazaire, le 23 à Chateaulin, le 27 à Nilvange, le 28 à Soissons et le 29 à Bouffemont. Ils seront également en Finlande au mois de juillet.