CD DE LA SEMAINE : TAXI 2

Paris, le 28 avril 2000 - Près de 7 millions de spectateurs en salle, 400.000 albums de la bande originale vendus : en 1998, le film Taxi s’est imposé à la vitesse d’un bolide. Toujours produit par Luc Besson, réalisé par Gérard Krawczyk, le second volet de cette histoire à l'accent de Marseille, encore plus speed et américanisé, a envahi à nouveau les écrans français, avant de tenter une carrière internationale. Premiers résultats : après 3 semaines d’exploitation, plus de 7 millions de Français l’ont déjà vu, plus de 100.000 ont acheté la B.O.

Bande originale d'un carton cinématographique

Paris, le 28 avril 2000 - Près de 7 millions de spectateurs en salle, 400.000 albums de la bande originale vendus : en 1998, le film Taxi s’est imposé à la vitesse d’un bolide. Toujours produit par Luc Besson, réalisé par Gérard Krawczyk, le second volet de cette histoire à l'accent de Marseille, encore plus speed et américanisé, a envahi à nouveau les écrans français, avant de tenter une carrière internationale. Premiers résultats : après 3 semaines d’exploitation, plus de 7 millions de Français l’ont déjà vu, plus de 100.000 ont acheté la B.O.

Comme le film, dont l’action navigue entre Paris et Marseille, la musique a mobilisé des artistes marseillais et parisiens : Faf Larage, Jalane, Taïro, Daddy Nuttea, Disiz la Peste et Vasquez Lusi, encadrés par Shurik’n à la direction artistique et Fifi, l’ingénieur du son. Pendant un mois, l’équipe a produit une véritable œuvre de groupe, de haute volée, alors que d’ordinaire les bandes originales de film se contentent d’additionner vieux morceaux ou inédits. Cette réussite artistique est signée One Shot, un combo aussi éphémère que talentueux. Trois de ses membres, Faf Larage, Daddy Nuttea et Vasquez Lusi (du groupe Less Du Neuf), racontent leur expérience.

Pour une bande originale de film (un projet par définition sans lendemain), pourquoi avoir fondé un groupe, One Shot? Daddy Nuttea : On a pris le risque d’envisager le projet autrement. En effet, c’est plus un album qu’une compilation. On a été contacté par Akhenaton et Aïcha Fragionne de la Cosca (la société d’éditions d’Akhenaton – ndlr). Pour ma part, j’ai été prévenu un mois avant le projet. On a écrit pendant une semaine, puis on a enregistré pendant trois semaines. Faf Larage : Luc Besson a remis le projet de la B.O. à La Cosca. Je suppose qu’après le succès de Taxi 1, il s’est dit qu’il était normal que ceux qui s’en étaient occupé s’occupent aussi de Taxi 2. Sur Taxi 1, il y avait beaucoup d’artistes. C’était difficile à gérer. Là, il y avait des délais assez courts car le film était déjà terminé, la date de sortie était prévue…

Est-ce pour cela que la publicité pour le disque précise : "Musique inspirée du film" ? Faf Larage : Oui. Des tris ont été faits en cours : sur les 150 instrumentaux, Luc Besson en avait présélectionné une trentaine dans lesquels on a tapé. On a fait nos choix, Besson les siens. Au final, dans le film, six ou sept titres se retrouvent aussi dans le disque, surtout des instrumentaux.

Shurik’n et Akhenaton, d’IAM, s’étaient particulièrement impliqués sur la première bande originale. Pour Taxi 2, leurs rôles respectifs ont été redéfinis ? Daddy Nuttea : Akhenaton était très présent sur le score, avec les producteurs qui s’occupaient des musiques dans le film. Shurik’n était avec nous.

L'ction du film se situant entre Marseille et Paris, One Shot, votre collectif éphémère, consacre par conséquent la rencontre d’une poignée de rappeurs de ces deux villes et, par là même, un mélange de styles réussi. L’exercice a-t-il été instructif ? Faf Larage : Bien sûr. Quand ton propre album est fait, tu le réécoutes et tu te dis : « Si j’avais pu faire ça comme ça, dans de telles conditions… ». Par exemple, en tant que rappeur, si je m’étais simplement un peu plus approché du micro, la voix aurait été plus présente. Ce sont des trucs comme ça qui restent de cette expérience. Après, quand je me retrouve en studio avec One Shot, j’essaie de ne pas reproduire ces défauts, de m’améliorer au niveau de la technique. Chacun amène son expérience.

Mais avec six artistes différents sous la houlette d’un même producteur, ne fut-il pas difficile de trouver une symbiose ? Faf Larage : Ce qui a mis un peu le bordel, c’est l’enchaînement. Quelquefois, on faisait deux morceaux par jour. On finissait celui de la veille puis on en attaquait un autre. Donc, c’est vrai que l’ingénieur du son avait pas mal de travail. Cet ingénieur, c’était Fifi et, franchement, big dédicace à lui car il a trimé. Vasquez : Il a l’oreille. Il a écouté ce qu’on faisait. Il a vraiment ressenti ce que chacun était capable de faire et, selon chacun, régler les choses, proposer des buts, des structures… Faf Larage : C’est le huitième membre du groupe. Il s’est impliqué dans chaque morceau. On l’a senti concerné.

La coordination entre vous est-elle devenue naturelle ? En plus de la direction artistique, Shurik’n veillait-il à votre rendement ? Daddy Nuttea : Non. Des fois, on le voyait une demi-heure en début de journée et après, on ne le revoyait pas jusqu’au soir. Entre-temps, on travaillait. Quand il revenait, il écoutait et donnait son avis. C’était de l’autodiscipline. Vasquez : On a assez d’amour pour la musique pour faire les choses bien. On rappe tous depuis des années. Taxi 2 est venu ces derniers mois. Ce n’est ni une fin en soi ni quelque chose de prémédité dans nos carrières. C’était important de faire quelque chose qu’on puisse assumer à long terme.

Daddy Nuttea, en ce qui te concerne, ce n’est pas la première fois que tu collabores avec des rappeurs marseillais. On se souvient de la B.O. de La Haine avec Akhenaton, en 1995. Cette fois-ci, es-tu entré plus facilement dans le moule marseillais ? Daddy Nuttea : La musique est le seul langage universel que je connaisse. Franchement, même au début où j’ai enregistré avec IAM, à aucun moment je n’ai senti une barrière. On est tous branché sur le même langage : la musique.

Propos recueillis par Gilles Rio

Pour les oreilles, la B.O. Taxi 2 (Sony) et pour la route, le site de Taxi 2 Lundi 1er mai, ce sera le groupe Superfunk qui prendra le relais de cette semaine marseillaise sur RFI Musique.