Isabelle Boulay se dédouble

La jeune interprète québécoise de Gaspésie vient de sortir au Québec et dans le reste du Canada un nouvel album intitulé Scènes d'amour (productions Sidéral au Québec / Encore un import en France). Sur scène, Isabelle Boulay y chante en duo avec ses idoles d'ici et de France, tous invités de la chanteuse aux Francofolies de Montréal en août 99. L'amour est bien entendu au cœur des 17 chansons de l'album tout comme il brille dans cette entrevue qu'elle nous accorde avant de rentrer en studio pour son prochain microsillon franco-québécois.

La chanteuse et ses invités

La jeune interprète québécoise de Gaspésie vient de sortir au Québec et dans le reste du Canada un nouvel album intitulé Scènes d'amour (productions Sidéral au Québec / Encore un import en France). Sur scène, Isabelle Boulay y chante en duo avec ses idoles d'ici et de France, tous invités de la chanteuse aux Francofolies de Montréal en août 99. L'amour est bien entendu au cœur des 17 chansons de l'album tout comme il brille dans cette entrevue qu'elle nous accorde avant de rentrer en studio pour son prochain microsillon franco-québécois.

Dernièrement un journaliste écrivait que Scène d'Amour était l'album d'une chanteuse qui aime tout le monde, que tout le monde aime.
J'aime aimer. Je ne me sens pas malhonnête quand je chante ce que je chante parce que je suis comme ça. Édith Piaf disait que l'amour donnait tous les courages et que l'on était dans une époque ou le cynisme était de rigueur par apport aux sentiments amoureux mais quand elle chantait devant un public, ce cynisme là n'existait pas ou plus. Les gens auront toujours besoin d'une chanson d'amour dans leur vie.

Il faut être très curieuse et généreuse pour visiter l'univers de Jim Corcoran, Zachary Richard, Francis Cabrel...
J'ai d'abord été le public de ces gens-là avant de pouvoir avoir ce plaisir de partager la scène et leur chanson. C'est vrai quelque part qu'il faut être curieux pour entrer dans la vulnérabilité de l'autre personne, d'entrer dans son univers et de lui ouvrir le nôtre aussi. C'est une question de confiance, d'abandon de dire à l'autre voilà je te donne les clefs de mon âme et tu peux aller voir ce qu'il y a dedans. Pour moi ça été une très grande satisfaction et c'est un trésor que je porte en moi. C'est comme si ces gens là m'avaient donné en plus du cadeau de chanter avec eux, la confiance de découvrir quelque chose d'eux, de plus profond.

Un disque de duos comme Scènes d'Amour c'est un album que l'on se réserve habituellement après des années de carrière. Tu te fais un sacré cadeau en chantant avec tes idoles à ce moment-ci de ton parcours.
Oh oui, je pense entre autre à Claude Léveillé, Francis Cabrel que j'écoute depuis mes 12 ans. Je voulais un peu leur rendre hommage pour ce qu'ils m'ont apporté. Avant d'avoir mon propre répertoire, je chantais ces chansons là.

Quelle importance a pour toi le duo ? Que t'apporte t'il ?
Ca me fait chanter différemment. C'est comme ci ce duo allait désormais t'habiter tout le temps. Ca te fait voir comment l'autre voit sa chanson, comment il l'imagine et la ressent et ça reste un souvenir en soi.

Il y a justement un souvenir qui va rester longtemps présent c'est ton duo avec France D'amour (la nouvelle Esméralda de NDDP version Québec). L'émotion est tellement forte que vous arrêtez même de chanter pour pleurer.
On a eu envie de pleurer toutes les deux en même temps et c'est très rare que cela m'arrive sur scène. On est arrivé à la même émotion au même moment. Je ne sais pas à quoi elle a pensé, mais j'imagine qu'on a un peu ressenti ce que c'était que tomber du cœur de quelqu'un. Je crois que France et moi étions retombées dans ce souvenir et cette dimension là.

Depuis ton précédent album, tes collaborations avec des auteurs français comme Cabrel, Lama, Zazie, Seff ont été nombreuses et on a eu l'impression qu'elles se sont faites très rapidement, naturellement. J'ai presque envie de parler d'évidence.
Je pense qu'à partir du moment ou on a envie, c'est qu'il y a déjà un lien avec l'auteur. On est quelque part de la même famille. Les chansons deviennent ces lieux de rencontres là. Les gens ont l'impression que tout est arrivé vite mais moi, ce sont des gens avec lesquels j'avais envie de travailler depuis longtemps.

Raconte-nous ta rencontre avec Zazie.
C'est une très belle histoire. Quand je suis arrivé en France en octobre 95 pour jouer le rôle de Marie-Jeanne dans Starmania, je regardais la chaîne musicale M6 et à chaque fois que je voyais un vidéo de Zazie j'avais le goût d'aller acheter son disque. En l'écoutant j'ai été comblée de voir une artiste avec un univers si riche, si personnel, dont le discours, le caractère me touchaient. Le jour de mon anniversaire, le 6 juillet, quelqu'un m'a proposée deux de ses chansons L'héroïne de cette histoire et L'amour dans l'âme. Dès que j'ai entendu les chansons, je suis tombé en amour et elle a eu la gentillesse de me permettre de les chanter.

Dans Scènes d'Amour, tu chantes en solo une pièce de Gainsbourg, chantée au départ par Vanessa Paradis, Tandem. Est-ce c'est une rencontre manquée avec cette chanteuse dont la voix est à l'opposée de la tienne ?
C'est quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'admiration. C'est une artiste brillante, une personne qui vit son métier d'une très belle manière et que j'ai très envie de rencontrer. Elle a quelque part ce que Piaf avait. Je pense que des artistes comme ceux-là sont des esclaves affranchis parce qu'ils sont condamnés à faire ce métier là mais en même temps ils le vivent d'une très belle manière.

Es-tu condamnée à faire ce métier là ?
Je ne le sais pas. Je me suis engagée à le faire en tout cas.

L'accueil des artistes français est très chaleureux. Où est-ce que cela va te mener ?
Je suis en train de travailler sur mon troisième album de chansons originales qui va sortir à l'automne prochain. Il y a encore beaucoup de collaboration avec des auteurs français comme ça été le cas pour États d'Amour. Depuis le début de ma carrière j'ai toujours eu un répertoire moitié européen et moitié québécois. Là, je vais collaborer avec Daniel Seff, Richard Cocciante, Louise Forestier, Serge Lama, Patrick Bruel, Diane Tell, Zachary Richard... Je me trouve vraiment choyée parce que ce sont des gens avec qui je rêvais de travailler. Ca dépasse mes rêves et mes espérances. J'ai très hâte.

As-tu l'impression d'avoir été acceptée par les Français?
Oui, je pense. Ca fait longtemps que je vis avec leur voix dans mes oreilles. Je vis presque la moitié de l'année en France, et j'ai été bercée dans ma jeunesse autant par les artistes de chez nous que par ceux de France. Donc j'ai quelque part l'impression de faire un peu partie de la famille.

L'album Scènes D'Amour est encore classé dans les trois meilleures ventes du Québec depuis sa sortie au début de l'année. Depuis avril, Isabelle partage son temps entre les studios et ses cours intensifs d'anglais pour un éventuel album anglophone, mais sur ce sujet je n'ai rien pu apprendre...

Pascal Evans