Michel Jonasz

Toujours amoureux de jazz, de soul et de chanson, toujours amoureux de l'amour, Michel Jonasz vient de sortir Pôle Ouest, un nouvel album qui use plus volontiers des couleurs pastel que son devancier, Soul Music Airlines. Pour la première fois, Jonasz a déserté les studios pour s'intaller pendant plus d'un an dans son appartement avec Allioum Ba, sorcier des machines à musique, et concevoir un disque dans lequel l'électronique occupe un rôle de tout premier plan. Voix sculptée dans de doux sentiments, rythmiques enlevées, climats qui mêlent le synthétique et la chaleur des choeurs, Pôle Ouest a entamé sa carrière en s'installant parmi les disques les plus vendus en France dès sa sortie le 25 avril.

Comme à la maison

Toujours amoureux de jazz, de soul et de chanson, toujours amoureux de l'amour, Michel Jonasz vient de sortir Pôle Ouest, un nouvel album qui use plus volontiers des couleurs pastel que son devancier, Soul Music Airlines. Pour la première fois, Jonasz a déserté les studios pour s'intaller pendant plus d'un an dans son appartement avec Allioum Ba, sorcier des machines à musique, et concevoir un disque dans lequel l'électronique occupe un rôle de tout premier plan. Voix sculptée dans de doux sentiments, rythmiques enlevées, climats qui mêlent le synthétique et la chaleur des choeurs, Pôle Ouest a entamé sa carrière en s'installant parmi les disques les plus vendus en France dès sa sortie le 25 avril.

RFI Musique : Vous avez pris votre temps depuis votre dernier disque...
Michel Jonasz : Oh, pas si longtemps. Soul Music Airlines est sorti il y a quatre ans, puis j'ai fait le Casino de Paris et un an de tournée. Un an de travail sur Pôle Ouest et voilà. Et encore, j'avais commencé à écrire un peu en tournée. D'habitude, je ne mélange pas les choses - ce sont des énergies complètement différentes - mais pour la première fois j'avais travaillé alors que j'étais sur la route.

Et vous avez préparé et enregistré ce disque à la maison.
Pour l'essentiel, oui. Je n'aurais pas pu le faire pour Soul Music Airlines, dont les couleurs et les chansons demandaient de travailler en studio avec les musiciens. Là, les claviers et les machines convenaient parfaitement pour exprimer ce que j'ai écrit. Trio de jazz, deux musiciens ou dix musiciens, ce n'est pas des buts, mais simplement des moyens.

Vous est-il difficile d'écrire des chansons?
Ce n'est pas difficile, mais ça peut être long. Je peux écrire une chanson en deux nuits, comme je peux y mettre cinq ans. J'aime cette forme très particulière de la musique qu'on appelle chanson, et dans laquelle, en deux minutes et demi ou trois minutes, on raconte quelque chose.

- C'est une vieille passion ?
Mon premier souvenir d'un artiste sur scène, c'est Edith Piaf. Je devais avoir douze ans et mon père m'avait emmené à l'Olympia en me disant: «Il faut absolument que tu la vois». Et, avant de découvrir ce qu'est être artiste, il y a l'émotion provoquée par tous ces gens assis ensemble, qui écoutent sans rien dire - c'est bizarre pour un enfant, une personne sur une scène et deux mille autres, assises, en face. Un enfant ne se dit rien, il ressent dans son corps cette émotion, cette intensité. Et ce que j'ai ressenti devant cette petite bonne femme qui chantait, c'était bouleversant.

Vous travaillez votre voix?
Il y a quatre ans, une amie m'a parlé d'un professeur américain d'improvisation de jazz. Je suis parti travailler avec lui une dizaine de jours et ça m'a été utile: il ne m'a rien appris. Ce qu'il m'a montré, je le savais déjà, puisque je l'avais déjà utilisé: chanter tantôt de pleine voix, sur la gorge, ou en voix de tête en faisant fonctionner tous les résonnateurs naturels qu'on a dans le corps et dans la tête. Je connaissais ces techniques mais le fait de les avoir travaillées intensivement avec lui m'a donné envie de pousser dans cette direction, ce que j'ai commencé à mettre en pratique dans Soul Music Airlines, et encore plus dans Pôle Ouest. Dans cet album, il n'y a presque rien en pleine voix, j'y mets moins en avant la puissance, mais plus une intériorité, une chaleur, un souffle. Alors que c'est moins impressionnant, que ça a l'air plus facile, ça m'est beaucoup plus difficile. La démonstration vocale ne m'intéresse pas. Je n'ai pas envie que les gens disent «qu'est-ce qu'il chante bien», mais qu'ils soient touchés.

C'est une évolution récente?
Ma façon de chanter aujourd'hui est certainement différente de ce qu'elle était au début, mais c'est peut-être lié à une certaine tranquillité en moi. Au début d'une carrière, on en veut, on est dans un ego très fort, on est beaucoup plus démonstratif. Il n'y a pas de place pour tous les êtres humains qui veulent être artistes. Et, dans ces premières années, il y a une espèce de force, de hargne, qui vous porte. Cette chose-là s'est calmée dans ma vie. Maintenant, je peux faire des spectacles quand je veux, même s'il y a que cinq cents spectateurs au lieu de cinq mille dans la salle. Je peux faire des disques, même si 50.000 personnes l'achètent au lieu de 300.000. Alors, je ferais juste des albums moins chers, mais je continuerai à écrire des chansons. Maintenant, je n'ai plus à me battre pour que mon nom existe.