Anna Karina

L’égérie de Godard rencontre une jeune pousse de la nouvelle vague musicale Katerine. A eux deux, ils s’offrent une cure de jouvence et de nostalgie. Chacun se nourrissant des talents de l’autre. D’où cette histoire d’amour où Katerine duettise de temps à autre avec Anna. Elle avoue être sous le charme…

Anna et Katerine, une histoire d’amour

L’égérie de Godard rencontre une jeune pousse de la nouvelle vague musicale Katerine. A eux deux, ils s’offrent une cure de jouvence et de nostalgie. Chacun se nourrissant des talents de l’autre. D’où cette histoire d’amour où Katerine duettise de temps à autre avec Anna. Elle avoue être sous le charme…


RFI:Votre rencontre avec Philippe Katerine a été provoquée. Vous pourriez nous raconter dans quelles circonstances ?
J’étais en tournée avec une pièce de théâtre d’Ingmar Bergman « Après la répétition » avec Bruno Cremer. On est arrivé à Chalon-sur-Saône et après le spectacle il y a le directeur du théâtre Jean-Marc Grangier qui m’a dit: "mais Anna moi j’aimerais tellement vous voir monter sur scène et chanter". Je lui ai répondu "vous êtes sûr je crois que cela n’intéresse personne il est trop tard" et lui me répond : « Non ! Non ! Je m’occupe de tout ». Il a pensé à Katerine et m’a envoyé ses CD. Je le connaissais déjà un peu pour l’avoir entendu à la radio et j’adorais ce qu’il faisait. J’ai donc dit d’accord et Jean-Marc a appelé Barclay la maison de disques. Au départ, ils ont cru à une blague, que je voulais que Katerine m’accompagne à la guitare dans les boîtes de nuit à Paris pour chanter « Sous le soleil exactement ». Mais au bout d’un mois on a quand même réussi à dîner ensemble et il m’a tout de suite dit: « Avec plaisir, je vais écrire pour vous ! ». J’ai appris par la suite qu’il était cinéphile et que j’étais son actrice fétiche. Le lendemain j’avais une chanson, le jour d’après j’en avais deux…

RFI: Et lui, fait-il maintenant partie de vos compositeurs fétiches ?
Oui, il a fait un vrai portrait de moi. Un vrai petit film. C’est un vrai mélodiste et un vrai poète. Je le classe parmi tout ceux que j’aime, c’est à dire Gainsbourg, Léo Ferré, Trenet, Aznavour je trouve qu’il fait partie des grands…


RFI: L’admiration de Katerine pour vous on la retrouve chez beaucoup de gens de sa génération et même chez de plus jeunes. Sans doute parce que vous êtes l’un des mythes de la « nouvelle vague » avec Godard, Truffaut et d’autres… Cette admiration que vous inspire-t-elle ?
Ca me fait très, très plaisir. Bien sûr cela me surprend mais c’est très flatteur. Je pense qu’un film comme « Pierrot le Fou » par exemple reste ancré dans les mémoires de ceux qui l’on vu à l’époque. C’était très à la mode lorsqu’on l’a fait et puis c’est toujours dans le vent. Les jeunes que je croise aujourd’hui ne me disent pas : « J’ai vu un vieux machin avec toi », ils disent « J’ai vu un film formidable ! Ca parle de tout ce qu’on a envie de vivre, de nos rêves ». C’est très moderne pour eux je crois. Parce que l’esprit, les sentiments véhiculés dans ce film ne se démodent pas. C’est quelque chose que tout le monde peut vivre un jour ou l’autre.

RFI: A propos de sentiments, « Aimons l’amour » (J’aurais pu être ta maman/ J’aurais pu être ton enfant ) en duo avec Katerine est une chanson ironico-incestueuse…
C’est flatteur au départ… Je crois qu’il a eu un peu peur de me présenter cette chanson. Je lui ai demandé lorsqu’il me l’a chantée pour la première fois : « Mais ça ne te pose pas de problème d’avoir écrit cela » Il m’a répondu : « Pas du tout ». « Ok » ai-je dit. « Alors je n’aurais pas de problème à la chanter ». (rires)

RFI: Après « Au pied du moulin » il y a une sorte d’interlude où l’on vous entend déclamer des prénoms et des noms de femmes… De qui s’agit il ?
Ce sont les noms des personnages que j’ai interprétés dans mes films. C’est une idée de Katerine qui m’a demandé si je me souvenais de mes personnages. C’est le pianiste Philipe Eveno qui a composé la mélodie et on a ouvert les magnétos… Mélissa, Suzanne Simonin, Odile, Natacha, Eléonore Rouméovitch, Mona…

RFI: Et vous vous souvenez de toutes ?
Oh vous savez, j’ai fait à peu près soixante-dix films alors forcément il y en a qui m’échappe.(rires)

RFI: Est-ce qu’on incarne une chanson comme on incarne un rôle au théâtre ou au cinéma ?
Non, il y a une grande différence quand on fait du théâtre car on est devant un public. En studio, j’aime un peu moins… A chaque fois que j’ai chanté en public, il s’est dégagé une telle chaleur que le studio me paraissait un peu triste à côté. Et puis, quand on enregistre il y a cette notion de perfection qu’on recherche et qu’on ne trouve évidemment jamais. Ce que j’aime bien au théâtre ou en concert, c’est qu’il y a toujours quelque chose de différent. Ce n’est jamais deux soirs la même chose parce qu’on est pas des machines et ça c’est excitant, émouvant.

RFI: En dehors de Katerine, y a t-il un autre musicien avec lequel vous auriez aimé collaborer ?
J’aime bien Thomas Fersen mais en même temps ce n’est pas tout à fait pour moi. Ce qui est bien chez Katerine c’est qu’il a fait quelques chose qui me correspond et je crois qu’il a vraiment trouvé la juste mesure.
Vous savez, ce qu’a fait Katerine c’est un cadeau pour moi. C’est un rêve d’enfance qui se réalise enfin.

Propos recueillis par Frédéric Garat

Anna Karina « Une Histoire d’Amour » Barclay / Universal