Jacky & Ben-J

Le Bilan lancé sur le marché depuis le printemps par Jacky et Ben-J, est devenu disque d'or en cinq semaines. Dans ce deuxième album, les toasters inspirés des Neg'Marrons ont concocté un bel équilibre entre des textes rentre-dedans, sans concession, et une ambiance festive qui fait du bien à la tête et aux pieds. Selon les plages, ils font mitonner le groove raggamuffin avec une bonne sauce salsa ou sur le feu d'un rythme congolais. Mais l'esprit du reggae garde sa sève. La preuve : les légendaires Wailers ont invité les Nèg'Marrons à jouer en première partie de leur tournée française. Les deux membres du Secteur Ä fêtent leurs vingt-cinq ans cet été (en juillet pour Ben-J, en août pour Jacky). Bilan sur leur ascension depuis le premier album, Rue Case Nègre paru en 1997.

Les Neg'Marrons ont repris la clé des chants

Le Bilan lancé sur le marché depuis le printemps par Jacky et Ben-J, est devenu disque d'or en cinq semaines. Dans ce deuxième album, les toasters inspirés des Neg'Marrons ont concocté un bel équilibre entre des textes rentre-dedans, sans concession, et une ambiance festive qui fait du bien à la tête et aux pieds. Selon les plages, ils font mitonner le groove raggamuffin avec une bonne sauce salsa ou sur le feu d'un rythme congolais. Mais l'esprit du reggae garde sa sève. La preuve : les légendaires Wailers ont invité les Nèg'Marrons à jouer en première partie de leur tournée française. Les deux membres du Secteur Ä fêtent leurs vingt-cinq ans cet été (en juillet pour Ben-J, en août pour Jacky). Bilan sur leur ascension depuis le premier album, Rue Case Nègre paru en 1997.

Comment écrivez-vous ? Avez-vous travaillé ensemble avant les séances d'enregistrement pour mettre au point vos chansons ?
Jacky
: Pas vraiment. Avec Ben-J, on avait seulement discuté des thèmes. Nous avons tout écrit sur le vif, en studio, à raison d'un morceau par jour. Je n'ai plus le temps d'écrire chez moi, parce que je passe la majeure partie de mon temps en studio, soit pour produire le disque d'autres artistes soit comme guest (invité, NDLR) de projets. Quand j'arrive à une séance et que je prends mon stylo, il y a la pression, les mots viennent vite. C'est comme quand j'étais à l'école, j'attendais toujours le dernier moment pour faire mes devoirs.

En avril, on vous a vus pianoter sur les consoles pour le prochain opus du rappeur Pit Baccardi, que produit le Secteur Ä. Comment avez-vous appris ?
Ben-J
: Rien de mieux que de se former sur le terrain. Avec l'expérience et le temps, notre oreille s'est aiguisée. Nous prenons en considération le côté technique, mais aussi l'émotion, la chaleur, l'intention. Je m'intéresse beaucoup à la composition, aussi. Il y a trois ans, je me suis offert un clavier, pour concrétiser les idées qui couraient dans ma tête. Avant, je n'avais jamais touché à un instrument de musique. Quand on avait douze ou treize ans, Jacky et moi, on voulait jouer d'un instrument, mais nos parents n'avaient pas les moyens de nous en acheter. Nous avons donc pris un stylo, un papier, et nous avons utilisé notre voix.

Pensez-vous que l'artiste a une responsabilité morale à l'égard du public, à travers les idées qu'il véhicule ?
J
: Précisons d'abord que nous observons la vie quotidienne. La réalité est plus souvent dure que douce. Nous la retranscrivons à notre manière, sans passer pas trente-six chemins. La rue nous a enseignés ça : aller droit au but. En même temps, nous sommes conscients que des gens, des jeunes en particulier, nous écoutent. Sans tomber dans l'autocensure, on fait attention à ce qu'on dit. Il n'y a pas besoin de truffer les phrases de vulgarités pour que le public vous pige.
B: Notre message c'est, comme on le chante, Lève-toi, bats-toi. On interpelle la jeunesse : trouve-toi un objectif et essaie de l'atteindre, quels que soient les obstacles, vas-y, bouscule la vie !

Quel lien entretenez-vous avec l'Afrique ?
B
: Je n'ai pu aller qu'une fois au Congo (à Brazzaville), en 1983. Nous sommes une famille nombreuse. Ma mère ne pouvait pas payer un billet d'avion à chacun d'entre nous. Puis la guerre a éclaté. Le seul contact que j'ai pu maintenir avec le pays a été par le courrier et par la musique. La guerre, ça fait mal, on s'inquiète. Au-delà de l'aspect purement artistique, le projet Bisso Na Bisso m'a apporté du baume au cœur. Auparavant, j'étais parti au Sénégal, tout seul, sans savoir où j'allais dormir. Cela faisait quinze ans que je n'étais pas retourné en Afrique. J'ai eu besoin de me replonger en elle comme dans une maman.
J : Mes parents m'ont toujours parlé du Cap-Vert. J'y vais presque tous les ans. Un retour aux sources dont je ne peux pas me passer. Mes potes me proposent souvent de partir en vacances avec eux ailleurs. Je préfère retrouver mes îles. Là-bas, on s'allonge sur la plage avec les amis et la famille, on communie avec la nature... J'ai l'impression que rien ne peut m'arriver, je me sens libre.

Dans le rap et le reggae, se pose toujours la question : Perd-on sa légitimité militante en quittant l'underground pour le grand public ? Quelle est votre position ?
B
: Tout dépend comment cela se passe. A partir du moment où l'on ne fait pas de compromis au niveau du contenu des textes et de la qualité musicale, on ne peut pas refuser que son audience s'élargisse. C'est quelque chose qu'on ne calcule pas et qui arrive presque malgré soi. Nous sommes clairs. Nous tenons à préserver notre liberté artistique. Mais nous ne voulons pas nous adresser à une seule catégorie de personnes.
J : Notre message est universel. Et si notre musique s'exporte, tant mieux !

Propos recueillis par Fara C.

Jacky et Ben-J Le Bilan Secteur Ä/SMALL/Sony 2000

Jacky et Ben-J, tournée en première partie des Wailers :
Le 28 juillet à Biscarosse, le 30 à Anglet, le 2 août à Saint-Cyprien, le 6 à Port Barcares, le 7 à Gruissan, le 9 à Montpellier, le 11 à Sainte-Maxime, le 13 à Fréjus, le 15 à Marseille, le18 août à Ajaccio.