MICHEL HERMON A NEW YORK

New York, le 27 septembre 2000 - Michel Hermon est un artiste hors pair. Avec lui, les légendes font des pieds de nez au temps. Il y a d'abord eu l'hommage à Piaf puis à Léo Ferré qui lui ont valu des standing ovation à chacun de ses passages... Aujourd'hui, c'est une époque sombre aux larges cicatrices qu'il rappelle à notre mémoire. En interprétant les textes que Frederich Hollander ou Cole Porter avaient écrits pour elle, il fait de Marlene LA Dietrich qui a su teinter de bleu les cœurs des soldats partis au front. Jusqu'au 16 octobre prochain, l'émotion promet d'être à son comble.

Une voix française fait revivre Marlène Dietrich

New York, le 27 septembre 2000 - Michel Hermon est un artiste hors pair. Avec lui, les légendes font des pieds de nez au temps. Il y a d'abord eu l'hommage à Piaf puis à Léo Ferré qui lui ont valu des standing ovation à chacun de ses passages... Aujourd'hui, c'est une époque sombre aux larges cicatrices qu'il rappelle à notre mémoire. En interprétant les textes que Frederich Hollander ou Cole Porter avaient écrits pour elle, il fait de Marlene LA Dietrich qui a su teinter de bleu les cœurs des soldats partis au front. Jusqu'au 16 octobre prochain, l'émotion promet d'être à son comble.

"Mesdames et Messieurs... Michel Hermon !" Si les applaudissements du début de soirée se font timides et réservés, c'est bien entendu parce que l'on n'imagine pas encore l'ampleur de la surprise qui nous attend. Dans cet endroit cossu de la 44ème rue, la Oak Room de l'Hôtel Algonquin (traduisez Salle de Chêne), en plein cœur de Manhattan, les clients dînent tranquillement. A travers les abat-jour, de petites lampes-bougies disposées sur les tables, les lueurs font place à d'étranges jeux d'ombres sur le piano noir qui trône au beau milieu. "Madame, would you like something to drink ?" Impressionnée par l'endroit, je note à peine la présence du vieux monsieur en costume noir qui m'interroge...

Je ne sais pas à quoi m'attendre mais je sais tout de même qu'il est question de Marlene Dietrich. Je ne l'ai jamais vue sur scène de son vivant mais soudain, comme par magie, je m'imagine au Café de Paris à Londres en 1954, un de ses derniers spectacles. Certainement l'un de ceux où quelques minutes avant le lever de rideau, une voix grave annonçait au public impatient : "Mme Dietrich ne se produira pas devant vous ce soir, elle a été retenue à dîner..." Lorsque les soupirs et la déception atteignaient leur apogée, on entendait alors dans le fond de la salle un inespéré : "Mais non, Darling, je suis-là, me voilà..." Marlene faisait son entrée, une valise à la main, sa tenue de scène à l'intérieur, elle se changeait sur un côté de la scène et réapparaissait plus belle que jamais, tel un ange !

C'est peut-être pour rappeler l'audace de "Madame", que Michel Hermon, à l'annonce de son nom fait son entrée dans la salle du côté où on ne l'attend pas... côté cuisine. Certes il n'est pas Marlène, mais l'élégance qui l'accompagne transperce l'assistance. Queue-de-Pie, chemise blanche et large ceinture noire, ce soir, Michel Hermon mérite d'être appelé «Monsieur». Il ne laisse pas de temps au temps et enchaîne avec un classique de Frederich Hollander, Black Market. Entre les morceaux et dans un anglais qui fleure bon la France, il raconte l'artiste qu'elle était, ressuscite la femme, la rappelle à notre souvenir. Celui d'un temps où les uniformes arboraient des étoiles, un temps où les trains de nuit affichaient tous complets, un temps encore où un démon nommé Hitler essayait de voler la vedette à l'Ange Bleu qu'elle était. Comme elle, il sait poser sur le bord de ses lèvres, un petit sourire qui révèle un caractère excessivement généreux. Comme elle, il sait aussi jouer de sa personnalité et charmer le public qui commence seulement à réaliser ce qui se passe. Comme elle, Michel Hermon est un véritable artiste.

Au piano, impassible, sans être relégué au rôle de "pianiste d'ambiance", Neil Kirkwood vit la scène tout comme nous. Il suggère, anticipe sur l'après et accompagne superbement le chanteur. En français, ce dernier nous chantera Je ne t'aime plus my love, de Maurice Magre, juste avant de nous dire : "Marlene a connu Piaf, elles ont d'ailleurs été très proches..." Ce qui devait arriver arriva, je surprends une larme descendre lentement le long de ma joue et ses yeux font alors baisser les miens lorsqu'il entame l'universelle Vie en Rose. A présent, j'ai l'impression qu'une deuxième légende vient de prendre place dans la salle. En hébreu, c'est Shir Hatan qu'il interprètera, non sans rappeler le jour où Marlene avait été invitée à chanter à Jérusalem et à qui, il avait été spécialement demandé de ne pas chanter dans sa langue maternelle, l'allemand. Au beau milieu du spectacle, le naturel revenant toujours au galop, elle s'était surprise à ne pas respecter l'engagement préalable, à la plus grande joie du public qui lui offrit ce jour-là, une standing ovation...

A la larme de ma joue, s'ajoute maintenant un frisson dans le dos, je crois entendre le bruit des bottes sur les pavés, Michel est grave, la salle aussi. "Wie eins Lili Marlene"! Magnifique, merveilleux, extraordinaire, wonderful, excellent... les compliments pleuvent, l'artiste quitte la salle tel un gigolo, charmant gigolo qui ce soir a fait tourner les têtes. Bravo Michel, Merci Madame !

Myriem WONG

Michel Hermon dans «Awake in a Dream» accompagné au piano de Neil Kirkwood, les 1er, 9, et 16 octobre à The Famous Oak Room de l'hôtel l'Algonquin, 59 West 44th St., NYC. Réservations au (212) 840-6800.