Les Transmusicales de Rennes

Les vibrations positives en cette fin novembre viennent toujours de l’Ouest, c’est la tradition. Depuis plus de vingt ans, trois ou quatre jours durant, Rennes étend son hégémonie sur les rythmes, offrant avec ses Transmusicales le vivier le plus vivace des musiques du temps.

Révélateurs de tendances

Les vibrations positives en cette fin novembre viennent toujours de l’Ouest, c’est la tradition. Depuis plus de vingt ans, trois ou quatre jours durant, Rennes étend son hégémonie sur les rythmes, offrant avec ses Transmusicales le vivier le plus vivace des musiques du temps.

D’Etienne Daho à Daft Punk, de Stephan Eicher à la Mano Negra, de Rachid Taha aux regrettés Nirvana, les Transmusicales, comme un révélateur photographique, ont su prouver leur incroyable faculté à transformer de parfaits inconnus en idoles planétaires. Cette année, la 22 émes édition des Trans ne devrait pas échapper à cette règle philosophale du "plomb changé en or" et l’on peut d’ores et déjà parier sur le Français Benjamin Diamond, le Britannique LSK ou encore l’Irlandais de Belfast David Holmes en "Révélations" 2000.

Flash-back, Rennes juin 1979 à l’initiative de l’Association "loi de 1901" Terrapin (en hommage au Terrapin Station du Grateful Dead), les premières Transmusicales investissent la salle de la Cité. D’architecture années 50, en plein centre de Rennes, le lieu sert à la fois de ciné-club et de club syndical. Dix ans auparavant, l’assoce de Jean- Louis Brossard, Béatrice Macé et d’Hervé Bordier organisait déjà les concerts de Gong ou de Caravan. Cette fois, c’est différent car il s’agit d’exposer la scène rennaise montante et leur chef de file Marquis de Sade.
Entraînés par un ancien instituteur charismatique, Philippe Pascal, hantés par les images monochromées de la New Wave de Joy Division , Marquis de Sade sera l’alternative bretonne à la domination parisienne de Téléphone ou lyonnaise de Starshooter. Et les Trans sauront bouter le feu aux poudres d’un rock rennais explosif. Un an plus tard, en 80, pour leur seconde édition les "Rencontres Trans Musicales" prennent leurs quartiers d’hiver définitifs, la première semaine de Décembre. Cette année-là, la France va succomber au charme discret d’un jeune homme timide : Etienne Daho.

Épaulé par la rythmique et les cuivres de Marquis De Sade, Daho incarne cette face pop inspirée des Gainsbourg/Birkin et Hardy/Dutronc, sans doute le côté le plus solaire du rock Rennais. Deux nuits durant, les groupes défilent et la salle de la Cité vibre de ces rythmes aussi électriques qu’éclectiques.
Et là, malgré la prétendue "froideur" bretonne, sur les planches , dans la salle, dans les backstages sous la scène, donnent lieu à d’improbables rencontres, à d’incroyables échanges entre les groupes et les invités, au point que l’on décrira cet "état de grâce" comme l’"esprit des Trans". Car contrairement aux autres festivals qui se contentent de programmer les tournées disponibles ou les artistes déjà révélés à Paris ou ailleurs, les Trans se distinguent par leurs choix artistiques novateurs, explorant à chaque fois les horizons les plus extrêmes de la musique pour offrir sa première scène hexagonale à une étoile montante.
Ainsi depuis sa fondation et toujours en avant-garde, chaque cuvée apportera son lot de "révélations".

Carte de Séjour en 81 et l’image inoubliable d’un Rachid Taha rebelle. "Rachid est un petit monstre de la scène et rien ne lui résiste" écrivait déjà à l’époque le défunt mensuel Best.
Inexorablement au fil des ans les Trans vont décliner ces nouveaux héros en fulgurant zapping artistique du rock aux beats électroniques en passant par le hip hop ou la world : le Belge Arno avec TC Matic (83), le Suisse Stephan Eicher à l’implacable rock and soul aussi solitaire que séquencé (84), Niagara et les britishs pop Woodentops (85), le combo guérillero de la Mano Negra (86), Björk et ses Sugarcubes sucrés/salés (88), le rock néo-pshyché peace and love de Lenny Kravitz (89), celui bien plus déjanté de Nirvana (91), la renaissance celte de Denez Prigent (92), le rock façon « Beaux Arts » des New yorkais de Soul Coughing (94), le trip hop pop rock de l’entêtant duo de Bristol Portishead (95), la touche française de Daft Punk (96), la jungle percutante du collectif Reprazent de Roni Size (97), les mixs frénétiques de l’ex-Housemartins/Beats International Norman Cooke métamorphosé en Fat Boy Slim à succès (98), jusqu’au rap cool de Me’One (99), les Transmusicales de Rennes n’ont jamais failli à leur mission de défricheurs des sons.
Et si en un peu plus de vingt ans, ces nuits allumées aux décibels et à la bière ont produit quelques flops (Zigue Zigue Sputnick ou la minable prestation de Massive Attack) et bien des curiosités (Pianosaurus, Mint Juleps et autres Dread Zeppelin) chaque édition aura au moins propulsé un artiste majeur.
Et si l’esprit du festival a évolué, sans doute victime de son succès, il n’en reste pas moins créatif dans sa programmation.

Cette année il faudra surveiller de très près les prestations scéniques du français Benjamin Diamond, que vous pourrez retrouver vendredi 1er décembre à 14h10 TU dans Eklektik l'émission de Willy Richert, dont le premier album de pop technoïde Strange Attitude donne une impulsion fraîche à la désormais fameuse french touch.
Comme son alter-ego LSK alias Leigh Stephen Kelly, blanc et basé dans le Kent, qui nous offre avec son album éponyme un festival de compositions aussi diverses que secouées, perles rares et éclectiques dans l’écrin satiné d’une production aussi cool que raffinée en reggae/latin/dub/pop/thriller.
Plus consécration que révélation, le fameux Gang Starr Guru déroulera le tapis rouge de son hip-hop swing avec sa revue Jazzmatazz où l’on retrouvera Herbie Hancock et Angie Stone. Comme un film sans image, une Bande imaginaire et pourtant si furieusement originale le techno-rock mutant de David Holmes, DJ allumé de la province d’Ulster, est une odyssée aussi cinématographique qu’acidée, un rock Terminator dont la mémoire vive subit l’attaque d’un hacker au beat futuriste : la musique électronique. Avec ses délires et sa créativité exacerbée, avec son énergie décalée et ses boucles entêtantes, David Holmes n’aura aucun mal à allumer ces Trans. Il faudra aussi surveiller les performances de DJ Morpheus, alias Samy Birnbach l’ex Minimal Compact, comme celle de l’anglo-brésilien Amon Tobin, les harangues électro-acoustiques de l’américain Mike Ladd, le jazz frénétique de Leila ou les expérimentations sonores du français Bertrand Burgalat.
Enfin le romancier de SF américain et exilé à Paris Norman Spinrad- dont le premier script Vercingetorix (Le roi Druide) avec Christophe Lambert et Max Von Sydow vient d’être réalisé par Jacques Dorfman- s’associera au Français Richard Pinhas (Heldon) pour quelques séquences aussi épiques que frénétiques.
Ainsi du rock aux séquences électroniques en passant par les rythmes ébènes, ces 22 éme Transmusicales sauront encore décliner au présent toutes les couleurs de la musique de demain.

Vous pourrez retrouver Alain Pilot et son émission La Bande Passante en direct de Rennes le mercredi 29 à 10h10 et 15h40 TU ou en Real audio sur notre site, rubrique "Musique en direct".
Et pour suivre les Trans comme si vous y étiez, faites donc un petit tour sur le site http://www.lestrans.com/