Les Valentins

De leurs tous premiers accords à Aix-en-Provence en 85, aux harmonies mélancoliques de leur nouvel et quatrième album, Juke Box , ces seize années écoulées attestent de l'incroyable ténacité des Valentins, duo bicéphale, à la fois artistes, compositeurs et producteurs surdoués solides comme le rock .

Les jeux de l'amour et du hasard

De leurs tous premiers accords à Aix-en-Provence en 85, aux harmonies mélancoliques de leur nouvel et quatrième album, Juke Box , ces seize années écoulées attestent de l'incroyable ténacité des Valentins, duo bicéphale, à la fois artistes, compositeurs et producteurs surdoués solides comme le rock .

Exit Kas Product, Niagara ou les Tokow Boys. Edith Fambuena et Jean-Louis Pierot sont des survivants, sans doute avec les Rita le seul duo post-années 80 encore capable de nous entraîner dans sa farandole. Car Edith et Jean-Louis projètent à leur manière une authentique pop musique à la française, comme Le Nôtre savait si bien tracer les jardins du Rois Soleil. Paradoxalement originale et pourtant inexorablement inspirée du style anglais des Beatles à Oasis, en passant par Bowie ou Pink Floyd, mais aussi Berger, Barouh, Gainsbourg ou Polnareff, la musique de Juke Box à cette couleur de l'innocence préservée.
D'ailleurs, comme tous les groupes mythiques, c'est au lycée que tout va démarrer. Nous sommes en 85: Edith et Jean-Louis se rencontrent sur les bancs du lycée Paul Cézanne avec aussi un certain Gérald Gardrinier, connu aujourd'hui sous son alias de (Gérald) De Palmas. Parce qu'ils partagent les mêmes passions, ils vont former ce trio au nom délicatement surrané : les Max Valentins. Gérald tient la basse et assure le chant, Jean Louis les synthés et Edith, petit bout de femme de tête entêtée assure guitares et harmonies.

En 86, leur route va croiser le " Satori Tour " d'Etienne Daho. Et coup de foudre artistique immédiat, le dandy rennais subjugué par leurs premiers pas leur offre un contrat sur le label Satori Songs qu'il vient de créer.
Leur premier 45 tours Les Maux dits sort un an plus tard, suivi en 88 par un second simple " Printemps parapluie ", mais malgré les critiques élogieuses qui saluent le style pop du trio, les Max Valentins vont se désintégrer faute de passages radio. Gérald se réincarne en De Palmas, Edith et Jean Louis se raprochent d'Etienne, composant pour lui le fameux ensoleillé " Carribean Sea " comme le solo de " Bleu comme toi " pour l' album " Pour nos nuits martiennes ". Et c'est seulement après la tournée Daho 89 que se reforme le duo sacrifiant au passage le " Max " des Valentins. Leur premier 33 tours "Café Des Deux Mondes" sera publié dans la foulée, collection d'instantanés aux harmonies diaphanes et graves. Parallèlement, chacun d'eux va multiplier les collaborations extérieures. Avec les belges les Tricheurs, l'Anglais Bill Pritchard, le Français Jacno pour Jean-Louis et toujours la même fidelité artistique au Rennais pour Edith. Le duo va même fonctionner en binome, collaborant à la production de divers projets de Brigitte Fontaine au " Fantaisie Militaire " de Bashung (98) en passant par les derniers albums de Doriand et de Jacno.
Seize années Valentins et seulement QUATRE albums, le score peut paraître dérisoire, mais ne dit on pas que les esthètes savent laisser du temps au temps ? Et puis toutes ces expériences, ces échecs aussi n'ont ils pas su nourrir le style des Valentins ? " On aime bien la tristesse, on n'est pas là pour rigoler " expliquent souvent Edith et Jean Louis, comme si chez eux " harmonie " devait forcément rimer avec " mélancolie ".

Au rythme d'un album tous les quatre ans, le duo taille chacune de ses créations comme un diamant dans sa gangue. Leur secret c'est qu'à force de travail en préprod comme en studio, ces chansons là finissent par étinceller en pur joyaux. Ecrit en deux mois studieux dans une maison à la lisière de la forêt de Fontainebleau et capturé en seulement quinze jours de studio entre Paris (Gang, Plus XXX) et Londres (Olympic), les onze nouvelles chansons de " Juke Box " baignent dans cette inspiration du son classique des années 7O tout en ayant parallèlement bénéficié de toutes les facilités technologiques offertes aujourd'hui par l'informatique aux musiciens . Piano aérien en douces volutes, violons lumineux et cristallines guitares acoustiques sont pourtant au rendez-vous romantique de ce 4éme épisode des aventureux Valentins. Et si l'on s'arrache à l'attraction terrestre pour plonger dans l'ivresse des violons émotionels de leur " Le marchand de fleurs " , on se dit que cette super mélodie entre Costello et Barry constituerait sans doute un théme idéal pour un prochain James Bond. De même, la perle de cet album est incontestablement " C'est bien chez vous ", poperie gorgée de soleil qui surfe sur une harmonie de pure facture aux couleurs de l'Union Jack.
Plus dépouillée et aussi intimiste qu'une chanson de Françoise (Hardy) , la voix en avant d'Edith trace ses mots en volutes de fumée comme un avion dans le ciel pour l'intimiste " Je t'écris ". Enfin il y a ce titre aux violons swingants comme un tube de " the Verve " , une compo dédiée à la liberté d'aimer, qui ouvre cet album et où Edith ose décliner son amour au féminin.

" Entre elle et moi ", bien au-delà du phénoméne " coming out " se révèle comme une bouleversante chanson qui décline toutes les couleurs de la sexualité. Tolérance, tendresse, respect de l'autre des autres et passion illimitée pour ces jeux de l'amour et du hasard qui font tourner le monde, constituent l'authentique programmation de ce brillant "Juke Box".

Les Valentins Juke Box (Barclay/ Universal Music) 2001