BILLY ZE KICK

Paris, le 24 mai 2001 - Douze titres pour clouer le bec aux détracteurs. La chanteuse française et ses positions libertaires reviennent en force avec un nouvel opus, son groupe les Gamins en Folie toujours accrochés à ses basques, alors qu'on les croyait définitivement en guerre à l'époque de Paniac en 96. Verdure et libido reprend le combat, là où le succès leur avait fait perdre les pédales. Finies les tirades en solo, le club reprends du service.

La lutte continue en musique

Paris, le 24 mai 2001 - Douze titres pour clouer le bec aux détracteurs. La chanteuse française et ses positions libertaires reviennent en force avec un nouvel opus, son groupe les Gamins en Folie toujours accrochés à ses basques, alors qu'on les croyait définitivement en guerre à l'époque de Paniac en 96. Verdure et libido reprend le combat, là où le succès leur avait fait perdre les pédales. Finies les tirades en solo, le club reprends du service.

La rumeur avait fait son foin de cette histoire. Nathalie alias Billy Ze Kick, femme de tête et voix du groupe rennais, avait choisi de prendre le large, en s'inventant une possible carrière solo (avec l'album Paniac). Une tentative certes compréhensible de la part d'une artiste qui apprécie avant tout sa propre liberté mais qui n'a entretenu que très peu de rapports avec l'aventure du tube hallucinogène francophone de l'été 94 (Mangez-moi, Mangez-moi… C'est le chant du psylo qui supplie") Le besoin de refléter un univers plus personnel présidait à ce changement de cap et laissait penser qu'elle ne reviendrait plus jamais à la dynamique collective entamée sur le premier album en compagnie des Gamins en Folie (section qui a vite été rebaptisée "Raggamins" le temps de sortir deux albums et d'aligner quelques tournées intéressantes).

Une vraie séparation dans les règles, pour ne pas dire le contraire, et ce, malgré les ventes du premier disque (plus de 300.000 exemplaires) et la grande tournée qui les a hissés sur le podium en beauté. Mais ne voilà t-il pas que sort un nouvel album, (Pudding Production/ M10), réunissant à nouveaux cette bande de fous furieux, nourris aux jeux de rôles et aux ambiances BD, avec une pensée alternative encore plus construite que la dernière fois. Quel épisode a-t-on raté ? Les milliers de disques vendus les auraient-ils donc convaincu d'en remettre une louche ? Loin de nous l'idée de sombrer dans un quelconque débat sans fond, nous nous contenterons juste d'apprécier le résultat.

Que raconte l'album ? Verdure et libido est-il un hommage déguisé à la fumette et au sexe ? "Parfois, raconte Ma petite dépression le premier titre, on m'totchoke le godiwak/ Ça me fait du bien et ça m'change des électrochocs". En quelle langue faut-il traduire ces mots à peine voilés pour saisir la détresse d'une âme ("Ma libido m'titille et amplifie mes frustrations") qui en a marre de se faire remonter le moral par une méthode psy brevetée ? Chanson portée sur la chose ou simple malentendu ? Toujours est-il que BZK (le contracté de Billy Ze Kick) revient plus loin sur le sujet du désir avec un autre titre au langage évocateur : "Je me sentais fraîche et dispo/ Le cœur pur obsédé/ D'une seule idée/ Le posséder". La confusion n'est guère possible, lorsque les choses sont vues sous cet angle. De même, lorsqu'on entend à la huitième plage du disque, cette ode appuyée à la culture du cannabis ou d'autres assimilés, le doute n'est pas permis sur le discours provocateur de la chanteuse : "Elle est fière ma plante… / On la traque, on la croit démoniaque/ On l'accuse et ça l'amuse/ Mais ce n'est qu'une herbe folle en liberté dans la métropole/ Un remède pour les insomniaques, une cure pour les acariâtres".

On vous avait prévenus, vous en prendrez bien une louche… Sachant que le premier album saluait déjà la consommation intelligente du pétard et des champignons. Ce qui avait valu une procédure pour "incitation à l'usage des stupéfiants" restée sans suite depuis. Sur Verdure et libido, le discours ne s'arrête pas là. BZK joue la carte écolo à fond. Elle rend hommage à Dany le rouge, égérie de la révolte de Mai 68. Un Cohn Bendit sacralisé, qu'elle compare cependant à un "petit scarabée naïf", même s'il est vrai qu'il incarne pour elle un défi permanent contre "les lois de l'immobilisme". BZK apprécie probablement la lutte contre la "malbouffe" et les alternatives de lutte en construction du type José Bové, même si elle ne le cite pas. Car elle peste au nom du monde paysan contre la tendance "rendement et transgénique associés' ("Mes récoltes sont dev'nues gigantesques/ A cause des bronches encrassées")

Mieux, elle part en guerre une plage plus haut contre les patrons assermentés des multinationales qui polluent le monde à coups de substance toxiques ("Je suis l'humanoïde du 3ème millénaire/ Elevé à la dioxine et aux radiations nucléaires" chante-t-elle sur Serials pollueurs). Le propos est donc sans concessions sur cet album, clair dans sa radicalité affichée en tous cas. Notamment lorsqu'il taille un costard au machisme ambiant sur un des morceaux avec un ton presque hardo-féministe ("Quelques mots pour calmer les machos… Quelle est la différence entre un homme et le cancer?/ Le cancer é-vo-lue/ Un homme c'est comme une vidéo/ Avance. Recule. Avance. Recule. Stop. Eject"). Pas lourd pour autant, car toute cette contestation au verbe cru par moments sait s'accompagner d'humour et d'autodérision sur certains passages, aussi essentiels que le reste (cf. la très libertaire La Revanche du glandeur).

Aux côtés de BZK, l'éternel M. Bing, mentor musical de la première heure, qui est revenu avec elle en 1998 pour reconstituer le groupe dans la perspective de ce nouvel album. Bing, qui, lui aussi, s'était lancé dans une autre aventure, avec la création d'un label indépendant Les productions du Fer, l'ouverture d'un lieu pour les artistes rennais, Le Jardin Moderne, revient avec ses mixtures musicales décalées, qui empruntent à la fois au jazz, reggae, à l'électro, à la pop rock psychédélique ou encore à diverses tendances "encraoudées" (langage maison).Un délire sonore qui porte bien les angoisses de Nathalie Ze Kick, qui s'est autoproclamée à la longue chroniqueuse "d'une marginalité ordinaire".

Soeuf Elbadawi

Verdure et libido par Billy Ze Kick et les Gamins en Folie (Pudding Production/ M10).
Pour plus d'infos, faites un tour sur leur site www.pudding-prod.com