DI MAGGIO : LE DUO ELECTRO

Paris, le 2 Août 2001 - Un remarquable sens de la mélodie pour Cyril Ximenes, des textes à l’onirisme rare et une voix hypnotisante pour Franck Mallauran… ce duo originaire d’Aix-en-Provence, « émigré » vers Marseille, constitue la révélation électro-pop de l’année : Di Maggio. Citant volontiers Gustav Malher, les Last Poets ou Curtis Mayfield dans leurs influences et dans leurs samples, Franck et Cyril se livrent au petit jeu des questions-réponses.

Champions de l'électro-pop

Paris, le 2 Août 2001 - Un remarquable sens de la mélodie pour Cyril Ximenes, des textes à l’onirisme rare et une voix hypnotisante pour Franck Mallauran… ce duo originaire d’Aix-en-Provence, « émigré » vers Marseille, constitue la révélation électro-pop de l’année : Di Maggio. Citant volontiers Gustav Malher, les Last Poets ou Curtis Mayfield dans leurs influences et dans leurs samples, Franck et Cyril se livrent au petit jeu des questions-réponses.

Première révélation, avec vous on s’aperçoit que la scène marseillaise n’est pas entièrement dévolue au rap…
Cyril : Depuis quelques années, il y a une bonne scène électronique. En effet, des groupes comme le notre ou les Trouble Makers font parler d’eux. Il y a également Dupain. Bref, il n’y a pas que du rap. Franck : On est content que vous ayez cette image qui évolue à propos de Marseille. C’est vrai qu’on souffre depuis pas mal d’années, de cette image d’une scène marseillaise qui ne donne que du hip-hop à écouter. Et en même temps, l’émergence d’IAM ou des Massilia Sound System, a été une excellente chose parce que cela a montré qu’il se passait des choses à Marseille.

Avant ce premier album vous aviez déjà un lourd passé rock.
Franck : On a monté un groupe qui s’appelait Tex Willer. Un combo au rock très agressif, mi-chanté, mi-yaourt. On jouait en Allemagne, en Italie et dans la région marseillaise. Un jour, je suis parti, Cyril aussi et l’on s’est retrouvé avec une envie d’écrire et de jouer de la musique en français. Au départ, on ne savait pas où on allait. On a commencé à travailler avec un rack d’effet, un mixer et ca a donné le premier morceau, Le Séchoir. Mais on ne se disait pas, au début, qu’on allait faire un album. Ce disque finalement, c’est le résultat de quatre ans et demi de recherches et de boulot improbable.

Les critiques ont immédiatement établi une filiation avec Nougaro, sur une forme de prononciation et Bashung pour les ambiances. Cela vous convient-il ?
Franck : C’est marrant parce que Nougaro revient régulièrement. Ce doit être le côté « sudiste » de l’affaire qu’on ne peut pas nier avec mon accent… Bashung nous paraissait plus évident parce que c’est quelqu’un dont on admire beaucoup le travail. Mais il ne revient pas systématiquement dans nos compositions. On a fait un morceau qui s’est retrouvé complètement affilié, par hasard, à Bashung : Mes objectifs… Concernant cette comparaison, on a une réponse qui est assez nette : comme tout un chacun, quand on apprécie quelqu’un et son travail, on le suit et il nourrit votre inspiration depuis longtemps. Cela étant, ce n’est pas une référence clef, on a un morceau qui peut être effectivement une connexion avec le travail de Bashung, mais ce n’est pas l’essentiel de nos compositions. Si tu écoutes sa discographie sur trente-cinq ans, il n’y a pas un morceau qui sonne comme cela. On fuit cette étiquette, même si on adore ce musicien. On la fuit, car elle est réductrice. Ce n’est qu’une référence sur onze morceaux de notre album.

Qu’est ce qui nourrit votre inspiration alors ?
Franck : On aime le côté narratif d’un texte sans trop savoir où il va aboutir. Dans une chanson, parfois on fait trois mètres, parfois on fait trois mille bornes. Je bouffe beaucoup de télévision. Ce qui est merdique à la télé, j’adore, j’ai une culture populaire et variété française qui est des plus trash. Si demain tu as besoin de savoir quel est le dernier texte de chanson que Corinne Charby a écrit, tu peux m’appeler, je le connais ! (rires) J’ai une culture des nanars musicaux et cinéma. J’adore ça ! Il y n’a rien de mieux qu’un Max Pecas à la téloche pour te détendre quand tu es crevé.
En ce qui concerne les textes, ce peut être un mélange entre London, Ellroy, Faulkner et Pagnol. Tous les bouquins que tu as lus dans ta jeunesse, tu seras marqué au sang. Et, chaque fois que tu croises une scène dans ta vie qui ressemble à ce que tu as lu, ta lecture te saute à la gueule, à la mémoire en un instant... Barjavel m’a marqué quand j’étais petit, Fante m’a marqué ado. Je n’arrive pas à me débarrasser d’Ellroy en ce moment, sa lecture me manque terriblement. Il y une littérature que je n’aime pas paradoxalement c’est une littérature trop imagée. L’image pour l’image, la couleur pour l’effet. Il faut casser tout ça, s’en débarrasser…. Un morceau ce n’est pas qu’une atmosphère au niveau textuel ou musical. C’est comme une photographie, il y a lerévélateur, le fixateur, le bain d’arrêt . Une personne qui écoute notre disque aura, j’espère, envie d’y retourner pour s’en imprégner à nouveau, mieux comprendre les textes, mieux saisir les nuances des musiques… Le pouvoir d’un mot, je n’ai jamais trouvé quelque chose de plus fort. On a forcément tous marqué la vie des autres avec des mots qui pouvaient nous paraître anodins, mais qui, perçus par une personne, ont été essentiels pour sa vie à lui et c’est pareil dans le sens inverse.

Comment est née la chanson Nana Toshiko ?
Franck : Nana Toshiko est partie d’une blague. On a appris tous les deux l’art de rouler les sushis, il y a un an. Et Cyril s’en sort bien mieux que moi. Moi, on dirait des trucs à la Rocco Siffredi, c’est imbouffable ! (rigolade générale) Cyril les roule beaucoup plus fins. En fait c’est une blague qui part d’un délire sur un français qui a envie de faire du business à l’étranger. Une fois arrivé là-bas, il se fait tordre et bouffer comme n’importe quel business man ambitieux et un peu prétentieux qui débarque à Tokyo. Ça part juste de là. Il y a un clin d’œil au Japon, car ce pays nous attire énormément. Nana Toshiko est la fille qu’il croise là-bas.

Le braquage, là aussi, on ne peut s’empêcher de penser au A bout de souffle de Nougaro….
Franck : Le braquage c’est un peu un condensé d’Un après-midi de chien de Sidney Lumet avec Al Pacino. L’idée, c’est que rien n’est jamais gagné dans la vie. Que ce qui peut prendre un bon profil un jour, peut très vite mal tourner le lendemain…

Pour conclure, comment définiriez-vous votre musique ?
Franck : On est assez fumiste, on préfère qu’on nous colle une étiquette et après on vous dira si elle nous convient ou pas. Au début, on disait qu’on faisait de la variété française, électronique intelligente. On a retiré le «intelligente» parce qu’on trouvait que ca faisait prétentieux, pompeux. On a enlevé «variété» parce que c’était connoté… Alors, qu’est ce qui reste ? On espère tout de même être plus viable qu’une simple étiquette…

Frédéric Garat

Di Maggio (WEA)