Brigitte Fontaine

Avec Kékéland, son nouvel album, Brigitte Fontaine affirme une fois de plus son implacable goût pour l’audace, le trouble, les voies de traverse et l’aventure. Un disque remarquable, semé de surprises et d’inventions, sous le signe du kéké, mot de Fontaine qui désigne le kitsch, le fou, le délire attendrissant.

Heureuses rencontres

Avec Kékéland, son nouvel album, Brigitte Fontaine affirme une fois de plus son implacable goût pour l’audace, le trouble, les voies de traverse et l’aventure. Un disque remarquable, semé de surprises et d’inventions, sous le signe du kéké, mot de Fontaine qui désigne le kitsch, le fou, le délire attendrissant.

Quatre ans après Les Palaces, Kékéland la montre dans une série de rencontres surprenantes, avec M (entre autres un duo sur Y’a des zazous, grand tube de l’Occupation qui passe beaucoup en radio en ce moment), Sonic Youth, Noir Désir, les Valentins ou divers jeunes producteurs. rock, reggae, chanson de forme classique : Brigitte Fontaine jette partout les sortilèges de sa voix sardonique, de son écriture surréaliste et de ses manières de sorcière heureuse de la musique en France. Rencontre.

C’est surprenant de vous voir avec Noir Désir, non ?
Je ne les connaissais pas du tout. Travailler avec eux est une idée de mon directeur artistique, Philippe Gandilhon. Le jour où il leur a téléphoné dans le Midi pour leur demander s'ils étaient d'accord pour travailler sur mon album, ils m'ont téléphoné pour me demander de travailler sur le leur. Avec eux, j’ai fait L’Europe, une chanson d’une demi-heure dont j’ai écrit la moitié du texte et que je chante avec Bertrand Cantat.

Et, sur votre disque, Noir Désir reprend avec vous Baby Boum Boum.
Je l'avais très mal enregistré, il y a très longtemps sur un album raté. On avait choisi le groupe à la dernière minute et ça n'allait pas.

C’est plaisant de vous entendre avec ce son de rock très dur.
J'aime ça. Et les vieilles chansons françaises dont j'ai une compilation magnifique en dix CD, que l’on m’a offerte. J'aime aussi Mozart, j'aime aussi Björk - je suis très éclectique.

Justement, ce choix de reprendre Y’a des zazous...
Virgin m’a proposé de faire une reprise. J'ai dit aussitôt : Les Zazous. Ça fait quatre ans que j'ai ce disque d’Andrex, que j’écoute tout le temps. Il est si "kéké" !

Areski est encore au cœur de l’écriture et de la réalisation de cet album.
Il est responsable de tout, il était à toutes les séances. Là, il y a quatre chansons qu’il n’a pas composées : Y’a des zazous, la magnifique chanson d’Andrex, NRV qu’a écrit son fils Ali Belkacem, Je t’aime encore sur une musique de Georges Moustaki, God’s Nightmare, écrite par mon bassiste. Mais, de manière générale, il n’est pas question que je travaille avec un autre compositeur. Areski fait une musique très personnelle, très profonde. Pour moi c’est le meilleur et c’est tout.

Outre Areski, la personnalité la plus présente sur cet album est M.
Je ne le connaissais pas. Au début, j’avais entendu un ou deux trucs qui ne me plaisaient pas trop, j’étais plutôt contre. Et puis on s’est rencontré. Il est hyper sympa, adorable et, quand je l’ai entendu parler de compréhension et de délicatesse sur la musique, j’ai été conquise. Et puis je l’ai entendu jouer merveilleusement de la guitare. Il ne devait avoir qu’un titre à faire, mais je lui en ai finalement donné trois. Ça a été une parfaite osmose de travail et de rigolade.

Est-ce facile de travailler avec vous ?
Je suis très gentille.

Ce n’est pas une réponse !
Je crois que c’est facile. Mon ingénieur du son, et des musiciens, qui travaillent aussi avec Higelin, disent que c’est beaucoup plus simple de travailler avec moi. En fait, nous avons beaucoup travaillé l’album en home studio avant de le réaliser. Les choses ont parfois beaucoup changé entre les maquettes et l’enregistrement, mais je savais ce que je voulais. M, par exemple, a été à peu près totalement libre sur Rififi.

Il a fait aussi de beaux arrangements sur Pipeau.
Curieusement, Virgin me l’a refusé deux fois. M avait fait quelque chose de très rigolo en tango acoustique live. Puis il a fait ensuite cette version en rock schleu. Je ne comprends pas pourquoi Virgin n’a pas voulu de la version tango. Elle est masterisée, elle est prête à faire une face B.

La surprise de ce disque est aussi de vous voir avec Sonic Youth.
Je ne les connaissais pas beaucoup quand ils m’ont appelée. Ils m’ont dit qu’ils étaient fans, qu’ils achetaient tous mes disques depuis des années. Quand je les ai vu jouer, à l’Elysée Montmartre l’an dernier, j’étais verte. Puis en studio, ça s’est très bien passé. Comme ils ne parlent pas le français et que je parle à peine l’anglais, Areski faisait le lien.

Les textes vous viennent-ils vite ?
Oui. Mais je ne sais pas ce que je veux écrire quand je me mets à écrire. Je découvre à mesure ce que je fais.

C’est assez aventureux.
Je suis une aventurière.

Quand porterez-vous cet album à la scène ?
Je ne sais pas encore, sans doute fin novembre. Ce sera peut-être à l’Opéra comique, peut-être ailleurs.

Plus de trente ans après vos débuts, avez-vous toujours le même plaisir sur scène ?
Toujours le même. Je n’ai pas le trac. Avant, je suis excitée, un peu anxieuse et, dès que c’est commencé, tout me plait dans cette espèce de cérémonie - mes shows sont des cérémonies.

Vous ne jouez toujours pas d’un instrument ?
Quand je faisais des concerts seulement avec Areski, j’ai joué du tambour, un grand tambour en métal, une sorte de derbouka géante que je portais en bandoulière. J’accompagnais presque tout le concert. Et puis je suis feignante, je n’ai pas travaillé.

Ça ne vous manque pas ?
Ce que j’aurais aimé, beaucoup, beaucoup, beaucoup, c’est de danser. Quand je joue, je danse une espèce de truc improvisé, curieux. Par exemple, dans Caravane - un texte de moi sur le tube de Duke Ellington, excusez du peu -, je me surprends à danser à moitié oriental, à moitié breton. Mais j’aurais aimé étudier la danse et - c’est bizarre - la danse classique. J’étais très douée pour ça, mais on ne peut pas tout faire.

Brigitte Fontaine, Kékéland (Virgin) 2001