Mass hysteria

Alors que la scène métal francophone reste relativement loin de la médiatisation parfois outrancière du monde musical, le groupe Mass Hysteria tourne depuis une demi-douzaine d'années déjà. Aujourd'hui, il sort un troisième album De cercle en cercle… beaucoup moins confidentiel que les précédents. Rencontre avec le groupe.

Métal en fusion

Alors que la scène métal francophone reste relativement loin de la médiatisation parfois outrancière du monde musical, le groupe Mass Hysteria tourne depuis une demi-douzaine d'années déjà. Aujourd'hui, il sort un troisième album De cercle en cercle… beaucoup moins confidentiel que les précédents. Rencontre avec le groupe.

Pour le public français qui se serait rendu aux concerts de Korn ou de Sepultura, Mass Hysteria est loin d'être un groupe inconnu. Encore moins depuis qu'il se produit dans des festivals aussi cotés pour leur scène rock que les Vieilles Charrues en Bretagne ou les Eurockéennes de Belfort. Car indéniablement Mass Hysteria sur scène fait de l'effet. Leur puissance live comme on dit, est assez remarquable pour être remarquée sans même que l'on soit fan de hardcore. Emmené par un chanteur survolté, Mouss, deux guitaristes très présents Yann et Olivier, supportés par Raphaël à la batterie et Stéphane à la basse, le combo breton n'est pas là pour endormir les foules mais pour les galvaniser.

Reproduire sur disque la même énergie relève souvent de la gageure. Les deux premiers albums du groupe, Le bien-être et la paix et Contraddiction n'avaient pas provoqué l'enthousiasme voulu. Avec De cercle en cercle… sorti fin août, le vent pourrait tourner. Et même permettre une rencontre avec un public beaucoup plus large, de ceux qu'on rencontre dans les festivals. Mais il faudrait que Mass Hysteria se défasse alors de son étiquette trop restrictive de groupe metal ou hardcore, ou dance hardcore ou…Yann nous explique très clairement ce qu'il en est : "Aujourd'hui, on fait du rock. Du Mass Hysteria. Point." Refus des étiquettes trop facilement données et Mouss d'ajouter : "A une époque, on a fait exprès de noyer le poisson quand on nous demandait ce qu'on faisait comme musique. On ne pouvait pas en deux mots expliquer ce qu'était Mass Hysteria. On a inventé pleins d'étiquettes différentes, du positive groove metal, … C'est vrai que nos guitares sont plus présentes que ce que propose un groupe comme Noir Désir".

En 98, Mass Hysteria fait appel à un grand producteur anglais spécialiste du genre, Colin Richardson. Yann explique : "Pour Contraddiction, on avait contacté plusieurs producteurs. De ceux qui savaient faire sonner les guitares. Des Américains, des Anglais. Colin nous a répondu positivement en deux jours. Il y a eu un super feeling avec lui." Mouss enchaîne : "Le premier album, on est allé l'enregistrer en Belgique. A l'époque, on n'avait ni rencontré ni entendu parler d'un producteur français capable de travailler sur ce son métal. Il y avait deux guitares à faire sonner, basse batterie, chant, machines." N'ayant pas trouvé mieux depuis, le groupe a de nouveau fait appel à lui pour De cercle en cercle… et est parti enregistrer en Angleterre.

Plus mélodique que les deux autres, ce troisième album semble aussi plus diversifié dans les influences musicales, les textes moins perdus dans les riffs de guitare et le tout plus abouti. Album de la maturité ? "Je crois qu'on a digéré toutes nos influences. On ne cherche plus à être dans un style très précis" dit Olivier alors que Stéphane explique : "Dans les deux autres albums, on avait besoin de mettre toute notre énergie. Là, on y a mis nos sentiments, des trucs qu'on n'avait pas encore faits." L'effet le plus caractérisé de cette nouvelle attitude consiste alors dans une mise en avant de la voix. Mouss le chanteur avoue effectivement : "Avant, en fait, je ne chantais que dans les refrains. Les couplets étaient scandés, presque rappés. Maintenant, il y a des morceaux qui imposent le chant, les guitares étant plus mélodiques." Et les conséquences de tout cela sont facilement perceptibles : "On a donc plus travaillé les lyrics. J'ai eu la pression !" Sans se démonter, Mouss a donc peaufiné les textes sous l'œil attentif de ses camarades, extrêmement vigilants quant à l'adéquation des mots avec la musique. Pas question de faire les choses de façon légère. "Il y a eu un travail plus profond. A chaque fois que l'on répétait, on enregistrait systématiquement. On se réécoutait. Le lendemain, on faisait de petites réunions avant chaque répet' pour dire ce sur quoi on devait revenir ou au contraire si on pouvait avancer. En plus, moi, j'allais travailler mes textes, poser ma voix chez Olivier, sur son ordinateur à la maison. On a pu travailler exclusivement la voix. Il y avait donc un double travail, ce qui ne s'était pas fait pour les deux autres albums. Du coup, certains morceaux ont pu évoluer en cours de route."

A ce stade de l'interview, une petite explication quant au titre de l'album s'impose : "C'est une métaphore sur les différents univers que l'on peut traverser. Du cercle intime au cercle professionnel. C'est la rencontre de ces différents univers. Pour ce qui est de l'album, on a mis des couleurs tellement différentes sur chaque morceau. On voulait que les gens voyagent de cercle en cercle, de chanson en chanson et qu'ils réagissent différemment par rapport à ce qu'on avait pu faire auparavant. Dans Contraddiction, c'était du rock puissant, "power", ça avait un côté assez brut et linéaire. On a mis plus de contrastes, de nuances dans De cercle en cercle…, sans rien trahir de nos influences premières. Cet album tranche avec ce qu'on avait pu faire avant. En fait, c'est ce qu'on a traversé, nous Mass Hysteria, depuis 95. Mais c'est aussi l'idée d'ouvrir le cercle, son cercle, ne pas rester dans son propre cercle intime amical, etc."

Aussitôt dit, aussitôt fait, car Mass Hysteria qui avait pris contact avec l'écrivain Michel Houellebecq rencontré sur un festival au Québec, devait enregistrer un titre de lui, voire avec lui. Malheureusement, pour des raisons de planning, cela ne put se faire. Dans un autre registre, les membres du combo ont souhaité travailler avec des rappeurs. Assassin avait été pressenti. C'est à La Brigade qu'est revenu cet honneur avec le titre Immixtion. Yann explique : "On savait ce qu'ils faisaient. On les a rencontrés sur scène. Ils nous ont dit "Les gars, on a le même message, il faut faire quelque chose ensemble !". Pour les deux groupes, si le style diffère, la démarche artistique semble effectivement plus ou moins la même comme le suggère Mouss : "Dans le milieu du rap, La Brigade a un discours anti, plus basé sur la réflexion, sur l'éducation." Les thèmes abordés sont effectivement du même ordre. Sur Immixtion, les deux groupes se retrouvent sur un refrain fédérateur : "On s'dresse contre l'oppression/L'union, notre mission, ambition/On s'dresse contre l'oppression".

Reste donc à voir ce que donnera la reprise des morceaux de cet album un peu différent sur scène car c'est là que la dimension réelle de cette musique peut être appréciée. Mouss : "Sur scène aussi, ça va changer le comportement car sur les passages vraiment chantés, il va falloir que j'arrête de bouger un moment ! Ça va être dur. Entre le Québec cet été et deux trois dates en France, on a déjà travaillé cet aspect. On a testé avec deux trois morceaux." La performance de Mass Hysteria fut d'ailleurs un des plus gros cartons des Eurockéennes de Belfort en juillet.

Mass Hysteria De cercle en cercle… (Yelen/Sony) 2001