La Voix de Coco Mbassi

Arrivée en beauté sur le marché français du premier album de Coco Mbassi, Sepia. Découverte RFI en 1996, elle a longtemps accompagné comme choriste quelques pointures de la world avant de se consacrer à son propre répertoire. L'émotion ne tient parfois qu'à quelques chansons de grande facture. La preuve par le timbre inspiré de cette jeune Camerounaise. Rencontre.

Une certaine grâce

Arrivée en beauté sur le marché français du premier album de Coco Mbassi, Sepia. Découverte RFI en 1996, elle a longtemps accompagné comme choriste quelques pointures de la world avant de se consacrer à son propre répertoire. L'émotion ne tient parfois qu'à quelques chansons de grande facture. La preuve par le timbre inspiré de cette jeune Camerounaise. Rencontre.

RFI Musique :Sepia… Pourquoi ce titre ?
Coco Mbassi :
Sepia, parce que cela évoque les vieilles photos, les souvenirs. Ma personnalité s'est forgée grâce à tout ce que j'ai vécu dans le passé. Je suis le résultat de tout ce que j'ai vécu avant. D'où Sépia.

Une musique raffinée qui puise à plusieurs sources…
La source de cette musique, c'est d'abord la musique traditionnelle de Dibombari, le village de mon père qui se trouve sur le littoral, non loin de Douala (Cameroun). Ça s'appelle esewe (Prononcer esséwé). C'est un rythme qui sonne un peu comme le ragga mais avec des gammes penta-blues, pas exactement comme chez les Maliens, mais assez proche. Je l'ai mélangé à des rythmes latinos, jazz, soul, funk, R'n'B, gospel, etc. En proportion, il doit y avoir au moins 40% de racines africaines dans cette musique. Mais comme les instruments sont européens (le piano ou la contrebasse par exemple), ça tire effectivement plus vers l'Europe. Il y a aussi une forte influence du classique.

S'agit-il d'un simple amour des mélanges ou d'une obsession des métissages de sons ?
Disons que la tradition musicale de Dibombari et de la région est déjà mélangée depuis fort longtemps. Quand les Allemands sont arrivés en mille huit cent et des poussières, au Cameroun, ils sont arrivés là en premier. Donc, ça fait un bail qu'il y a des influences et des mélanges dans nos traditions.

Cela explique-t-il cette "facture" que l'on dira classique sur Sepia ?
Les Allemands qui étaient des protestants nous ont amenés le classique. Le peuple douala et des environs, donc de toute cette région de la côtière, est très influencé justement par la mentalité protestante allemande, même dans les chansons d'église. Il y a peut-être une racine profonde dans ce rapport au classique. J'ai écouté Haendel toute mon enfance.

Vous chantez l'amour, la famille ou encore la foi en Dieu. Des histoires somme toute policées, universelles et à la limite… sans surprises ?
Ce sont des choses simples effectivement. Mais, elles sont tellement importantes pour moi, surtout la famille. Dans le monde actuel, c'est devenu un peu difficile à définir. Je parle de valeurs de base qui font que la société va être plutôt comme ci ou plutôt comme ça.

Que dire du morceau Muto ?
"Muto" veut dire la femme. Pourquoi j'ai écrit ce morceau ? Je ne sais pas (rire). Peut-être parce que je trouve que la vie est un peu galère pour les femmes. Les régions où elles ont le choix de leur profession ou de leurs études, ne sont pas majoritaires dans ce monde. Et c'est un peu dommage. Sans être dans un mouvement de libération, parce que je ne me considère pas comme esclave, en tous cas par rapport aux hommes, j'estime que ça pourrait être un peu mieux. Quand on pense aux femmes chez les taliban ou même dans certains pays d'Afrique, on se dit qu'ils devraient prendre conscience de ce qu'ils font. Cette chanson parle en fait aux femmes. Elle leur dit : "Tu as de la valeur, tu as été créée pour faire des choses productives". J'ai appelé ça "enfanter" dans ma langue maternelle, parce qu'"enfanter" ça ne veut pas forcément dire "faire" un enfant, mais produire des choses sur le plan intellectuel ou autre. La femme doit pouvoir lever la tête. Savoir qu'elle n'est pas faite ni pour être violentée, ni rabaissée. Il ne s'agit pas non plus d'entrer dans une guerre mais d'être conscient de sa propre valeur. Je pense qu'une femme qui se respecte inspire le respect de toute façon. C'est ça le message de Muto

Votre parcours de choriste influe-t-il sur votre manière de chanter ou de composer?
C'est difficile à dire. Je ne sais pas quelle part de qui ou de quoi influe. J'ai des harmonies dans l'oreille depuis l'enfance grâce à ce que j'ai écouté avec mes parents et aux nombreux artistes qui m'ont influencée. Ceux avec qui j'ai travaillé comme Salif Keïta ou bien d'autres artistes avec qui je n'ai pas travaillé comme Myriam Makeba, ainsi que des camerounais moins connus comme Toto Guillaume. Mais, ma façon de chanter est certainement aussi marquée par mon parcours de choriste, par mon passage à la Chorale des Chérubins de Sarcelles (en région parisienne, ndlr). Il paraît que je ne compose pas comme les autres. C'est ce que tous les musiciens avec qui je travaille me disent. Honnêtement, je ne sais pas ce que ça signifie. En général, je commence par le chant quand je compose.

Peut-on dire que ce n'est pas un hasard ?
Oui. C'est souvent autour du chant que tout s'enclenche. J'ai d'abord un thème dans la tête, suite à un événement ou une rencontre, ensuite je trouve une ligne de basse autour. Mais d'abord le chant. Toujours…

Vous vivez en France depuis plus de dix-huit ans et votre premier album sort d'abord en Allemagne. C'est bizarre non ?
C'est parce que la France m'a un peu boudée. J'ai fait le tour des maisons de disques, avec des recommandations, mais ça n'a rien donné. On m'a dit que ma voix était bien mais que c'était une musique difficile à vendre. Une musique qui ne rapporterait pas d'argent tout de suite. Ils n'avaient donc pas d'argent à investir sur une débutante de 32 ans, qui plus est, fait un peu ce qu'elle veut et ne souhaite pas changer sa musique. En gros c'était ça. Au contraire, la boîte allemande qui a signé cet album en licence (parce qu'en fait c'est moi qui l'ai produit avec mon mari et un troisième larron), a tout pris : ma personnalité, ma musique et tout le reste. Ce sont les Français qui ont refusé, pas moi !

Et même ceux qui ont l'habitude de vous voir arriver, accompagnant d'autres artistes confirmés, n'ont pas été sensibles ?
Non. Ils m'ont dit "On est d'accord, tu sais chanter… mais pourquoi tu fais pas du R'n'B/ soul en français ou du rap ? Ça se vend plus facilement. Il y a un public pour ça. Ou alors, on fait des chansons de variété. On a de supers compositeurs". En général, c'est le type de réponses que j'ai eu.

Ceci explique qu'on ait tellement attendu pour votre premier opus? Ce malgré votre prix "Découverte RFI 96"…
Le refus des maisons de disques est une des raisons qui explique la sortie tardive d'un album. Mais je pense aussi que les choses ne se font pas par hasard et que j'ai eu besoin de tout ce temps pour atteindre une certaine maturité au niveau du chant. Puis, j'ai eu deux enfants entre-temps. En 95 le premier et 96 le deuxième. Il fallait quand même un peu s'en occuper!

Coco Mbassi Sepia (Tropical Music/ Night & Day) 2001