Brassens par son guitariste

L’ancien second guitariste de Georges Brassens vient de sortir un album de reprises de ses chansons. Un duo avec l’accordéoniste Jean-Jacques Franchin, avec pour principe de faire revivre le répertoire de l'artiste et de le partager avec le public.

Joël Favreau retourne aux sources

L’ancien second guitariste de Georges Brassens vient de sortir un album de reprises de ses chansons. Un duo avec l’accordéoniste Jean-Jacques Franchin, avec pour principe de faire revivre le répertoire de l'artiste et de le partager avec le public.

Georges Brassens est né le 22 octobre 1921 et mort le 29 octobre 1981. Rien d’étonnant à ce que ce mois d’octobre 2001 voit le déferlement des "effets du fétichisme arithmétique décimal", comme dit Joël Favreau, le dernier des musiciens vivants de Georges Brassens. Lui-même a participé à l’avalanche, en publiant un des plus réussis disques d’hommage consacrés au « bon maître », Salut Brassens (chez Harmonia Mundi). "J’ai pensé qu’il était intéressant d’éclairer sa musique, explique-t-il, pas tellement en inventant des choses, mais en développant ce qui est implicite dans ses chansons." En compagnie de l’accordéoniste Jean-Jacques Franchin, il a abordé une douzaine de chansons de Brassens comme s’il s’agissait de ces chansons de jazz sur lesquelles les musiciens aiment "choruser". "On peut changer les rythmes de ses chansons : quand Brassens chantait dans l’intimité, il le faisait bien lui-même ! Il disait : "J’ai mis des arpèges parce qu’il faut bien varier un peu". Aujourd’hui, il faut être libre, ne pas se sentir tenu de respecter la forme. Pour ma part, je ne me crois pas obligé de me laisser pousser la moustache et de fumer la pipe. En fait, il n’y a qu’une chose à éviter : essayer de faire comme lui, deux guitares et une basse, et chanter en roulant les R."

Le dernier dinosaure

"Je suis un des derniers dinosaures, c’est vrai", dit Favreau avec un soupir pour rire. Il est vrai qu’on se souvient de lui d’abord pour son visage juvénile couronné de cheveux bouclés, lors des passages télévisés de Georges Brassens et sur les photos de ses enregistrements en studio pendant ses dernières années de carrière. Il avait connu le chanteur quelques lustres plus tôt, quand il accompagnait la chanteuse Colette Chevreau, lors d’une tournée dont Brassens était la tête d’affiche et, à laquelle participait aussi Boby Lapointe. "Dès que j’avais fini de jouer avec Colette Chevreau, j’allais dans sa loge avec ma guitare et je commençais à grattouiller un peu avec lui. Mais il n’était pas question, encore, que je travaille pour lui, puisqu’il avait Barthélémy Rosso à la deuxième guitare pour les enregistrements. C’est après la mort de celui-ci, des années plus tard, que Brassens m’a appelé - de toute façon, il n’aurait jamais viré quiconque. C’est alors que j’ai appris qu’il avait prévenu, à l’époque, Colette Chevreau : "Je vais te piquer ton guitariste". Je chantais dans les cabarets et, dès que j’ai commencé à jouer avec lui, j’ai complètement arrêté d’interpréter ses chansons. J’étais inhibé mais, sans m’en rendre compte, j’étais vraiment content de me rendre utile avec ma guitare. Quand il était prêt à enregistrer, il m’envoyait une bande de ses nouvelles chansons pour que je prépare ce que jouerais à la seconde guitare, puis je lui apportais mes devoirs. Jamais je n’ai osé lui demander de me montrer une chanson inachevée."

L'après Brassens du guitariste

Outre sa propre carrière et ses propres disques, Joël Favreau va devenir, après Brassens, un de ses plus grands interprètes posthumes. Il a joué en trio avec Pierre Nicolas, le légendaire contrebassiste de Brassens, arrangé et dirigé l’album Ils chantent Brassens (avec Cabrel, Gotainer, Pierre Richard ou Balasko), puis s’est décidé, sur le conseil de Maxime Le Forestier, à chanter Brassens. Il le fait en connaisseur intime de ce répertoire. "Il y a une telle densité qu’un comique ne peut pas faire le comique sur une chanson de Brassens : elles fonctionnent sous une forme relativement simple et, si on exagère les effets, on se plante. La différence de position, aujourd’hui, est que contrairement à l’époque de leur création, ces chansons sont devenues des classiques, qui sont assez bien assimilés pour qu’on puisse se dire : "tiens, il y a ça aussi". S’il y avait un rythme de batucada dans Brave Margot dès le départ, cela aurait apporté une distraction. Mais c’est parce qu’elle a été connue sous une autre forme que l’on peut maintenant lui apporter quelque chose de nouveau."

Retour aux sources...

En duo avec Jean-Jacques Franchin, son accordéonniste surdoué, Favreau a été de toute manière obligé de sortir des shémas originaux des chansons de Brassens, sans souci de fidélité dans la reproduction : "La transmission littérale, ça fait des églises, dans lesquelles on se transmet la lettre, la parole, le rite - une coquille vide." Changeant les rythmes ou les tempos des chansons de Brassens, y glissant de superbes chorus de guitare ou d’accordéon, il a même osé une coupe dans Le Bulletin de santé, en retirant le couplet qui dit : "Vénus parfois vous donne/De méchants coups de pied qu'un bon chrétien pardonne,/Car, s'ils causent du tort aux attributs virils,/Ils mettent rarement l'existence en péril" La chanson a été écrite quelques dizaines d’années avant l’apparition du sida et, comme le dit Joël Favreau, "même si ça énerve les puristes de l’admettre, ce n’est pas quelque chose que Brassens aurait chanté aujourd’hui". Mais, de toute façon, l’essentiel lui semble être que l’œuvre de Brassens soit chantée, ce dont le public ne se prive pas lors de ses concerts. Et, si les spectateurs sont timides, Favreau les encourage à chanter avec lui.

Salut Brassens, CD Harmonia Mundi

En concert : le 31 octobre à Montpellier, le 7 novembre à la mairie du XIVe arrondissement à Paris, le 9 à Montmorillon, du 22 novembre au 1er décembre aux Seychelles et à l’Ile Maurice, le 4 décembre à Belfort.