Laurent Voulzy

Cette semaine, Laurent Voulzy sort Avril, son quatrième album depuis 1979. C'est peu et pourtant, son répertoire aux mille tubes a une place très spéciale dans nos souvenirs, tels des bonbons sucrés au goût éternellement revigorant. Aujourd'hui, cet Avril, qui symboliserait le quatrième mois de l'année Voulzy, confirme que le temps n'a toujours pas de prise sur ce garçon de 53 ans, obsédé par une seule question : pourquoi tant d'injustice ?

A questions existentielles, réponses musicales

Cette semaine, Laurent Voulzy sort Avril, son quatrième album depuis 1979. C'est peu et pourtant, son répertoire aux mille tubes a une place très spéciale dans nos souvenirs, tels des bonbons sucrés au goût éternellement revigorant. Aujourd'hui, cet Avril, qui symboliserait le quatrième mois de l'année Voulzy, confirme que le temps n'a toujours pas de prise sur ce garçon de 53 ans, obsédé par une seule question : pourquoi tant d'injustice ?

Sur la pochette de l'album, une petite fille tient affectueusement une guitare. L'enfant est la fille du photographe Jean-Baptiste Mondino. La guitare, que Laurent Voulzy tient de la même façon, mais en riant au verso, est celle que sa mère lui offrit en 1965. La première. Celle qui déclencha tout. Dans le livret, il pose avec d'autres guitares, les yeux fermés, comme s'il écoutait les sons qu'elles recèlent. Cet homme curieux des choses mystiques, mais bien accroché aux petits plaisirs terrestres, nous offre ici un air familier, mais c'est ça qui est bon. Le disque démarre (et finit) par un son de ressac, suivi de riffs de guitare et des premières phrases "On essayait sur la plage d'apprivoiser les filles sauvages". Tout est dit. La mer, le rock, les filles, le bonheur selon Voulzy.

Cependant, derrière cette apparente légèreté qui habille tout son travail, on perçoit les questions et les doutes, largement relayés par les textes d'Alain Souchon. Ce disque, plus on l'écoute, moins on se pose de questions. On le savoure et on se moque qu'il ressemble bien souvent au Voulzy du passé. Avril ne renferme peut-être pas de Belle Ile en mer, mais les mélodies sont souvent raffinées, les orchestrations dentelées (très belles cordes de Quatre nuages), la réalisation impeccable.

Le lendemain de la sortie d'Avril, dans un palace parisien à l'heure du thé, quelques supposés milliardaires croisent indifféremment une harpiste à l'emploi ingrat. Au fond d'un petit salon isolé, Laurent Voulzy reçoit, loin, très loin de ses espaces de prédilection : un studio ou un bord de mer. A un âge que l'on dit mature, le chanteur semble zen, dedans et dehors. Tout de noir vêtu, il accueille avec chaleur et se souvient avoir donné sa toute première entrevue à RFI au micro de Gilles Sala en 1977. Retrouvailles.

Après neuf ans de gestation, comment s'est passé l'accouchement d'Avril ?
L'accouchement a été un petit peu long. Entre un et deux ans pour écrire les chansons et quarante mois d'enregistrement. La dernière chanson, la Fille d'avril, a été écrite avec Alain Souchon en juillet dernier. Mais depuis neuf ans, j'ai été en tournée et j'ai construit un studio d'enregistrement. Disons que je travaille sur cet album depuis 1996.

Et comment vivez-vous tout ce débarquement médiatique après tant d'années en solitaire ?
Je trouve ça plutôt sympa. J'étais un petit peu cloîtré pendant trois ans et demi. C'est une vie totalement différente de sortir de cette vie monastique et de rencontrer des gens d'un seul coup.

Rassurez-moi, vous n'avez pas attendu de finir ce disque pour rencontrer des gens ?
Non, mais en général, de 10 heures à 22 ou 23 heures, je suis en studio. Et là, en dehors des gens avec lesquels je travaille, je n'en rencontre pas beaucoup d'autres. Mais je suis parti de temps en temps une journée ou deux, voire même une fois cinq jours… ! Là, ça fait beaucoup de gens d'un seul coup, mais c'est bien.

Il y a des sujets récurrents dans vos disques à commencer par les femmes que vous appelez plutôt des filles ?
Je trouve peut-être ce mot plus joli. Et je trouve que dans toutes les femmes, quel que soit leur âge, il y a des filles. Et comme j'ai une tendance à dire plutôt 'garçon' que 'homme'…

Même dans la chanson Jaguar, vous parlez de la voiture comme d'une fille ?
Oui, mais la finalité de la chanson c'est de dire que cette Jaguar m'aide à passer la soirée, mais pas la nuit. C'est un peu la transposition de Cendrillon : quel que soit le charme de la voiture, je vais me retrouver seul à minuit. Parler des filles, c'est peut-être pour parler d'autre chose, d'une autre quête, inaccessible.

Un autre sujet fréquent dans vos chansons, c'est votre jeunesse, la nostalgie d'une époque.
Oui, notamment cette fois dans Mary Quant, cette femme qui a inventé la mini jupe. Parce que la mini jupe, ce n'est quand même pas rien dans le monde ! Et en même temps, ce choc-là correspond pour moi à ma découverte de la musique américaine ou anglaise à travers la radio, à ma première guitare, à mes débuts de faiseur de musique. Et aussi à mes premières aventures amoureuses. Donc, cette époque a été déterminante dans ma vie. Le passé est un moteur pour moi, c'est un carburant. Ces musiques entendues autrefois sont une pile pour me faire avancer aujourd'hui.

Enfin chez vous, il y a toujours de l'eau quelque part, une mer, un océan, une rivière…
Oui, oui. Je n'y peux rien. Je suis attiré par l'eau et notamment les rivages et la mer. Ce sont probablement les endroits où je me sens le mieux. Sur l'eau ou près de l'eau (Son home studio s'appelle "Au bord de l'eau", ndlr).

Vous naviguez ?
Un petit peu. Mais côtier, pas téméraire… Pas la grande flibuste. France-Antilles en solitaire, non, non. Caboter le long des côtes jusqu'à une petite île, volontiers. Mais avec quelqu'un qui sait le faire.

Evoquons, des sujets plus intimes comme justement vos origines antillaises avec cette chanson en créole, Amélie Colbert. Vous y êtes accompagné d'une équipe de choc.
Ah oui, Mario Canonge, les frères Fanfant, Camille Sopran'n. C'était une envie très ancienne d'évoquer les Antilles à travers la biguine, cette musique de danse devenue traditionnelle depuis les années 20 ou 30 notamment en Guadeloupe d'où je suis originaire. En même temps, je voulais l'évoquer aussi par des mots. J'avais des souvenirs de ce que me racontait ma mère. Moi, j'ai découvert la Guadeloupe très tard, à 35 ans. C'est un mélange de tout ça que j'avais envie de conter à travers l'histoire d'une vieille dame imaginaire qui a atteint une espèce de sagesse grâce à l'âge et aux aléas de la vie. Son nom, Amélie Colbert, est l'archétype d'un nom qu'on peut trouver là-bas. C'est le genre de personne que vous rencontrez quand vous avez un petit bobo au cœur ou dans le travail et qui vous redonne le moral. J'en ai rencontré là-bas des Amélie Colbert mais il y en a partout. C'est aussi une évocation de ce que pouvaient être les Antilles autrefois, et encore maintenant je trouve. Je voulais retranscrire cette âme.

Dans la chanson Jésus, vous exprimez plus vos interrogations existentielles ?
Ce sont des questions que je me pose tout le temps. Pourquoi autant de différences entre les gens ? On ne comprend pas bien. Alors on interroge un Dieu…

… Auquel vous croyez ?
Je crois sûrement à quelque chose. En tout cas, j'essaie. Je pense de plus en plus qu'il y a autre chose que ce que l'on voit. C'est vrai que j'aimerais avoir des certitudes. C'est une quête continuelle pour moi. S'il y a un Dieu, pourquoi une telle différence entre les gens ? Là, je m'adresse à Jésus en l'interpellant. Bien sûr, il y a d'autres façons d'aborder le problème. Mais, je crois que beaucoup de gens se posent la question.

Cette chanson aborde aussi le sujet de la lutte contre la misère ?
En fait, c'est la livraison d'une commande qui m'a été faite par le fondateur du mouvement ATD Quart Monde, le père Joseph Wresinski. Il m'avait demandé un jour une chanson pour les gens dans la misère. J'avais dit que je ne pouvais pas faire une chanson comme ça, qu'il fallait demander à quelqu'un d'autre. Je ne voulais pas être porte-drapeau. Il m'a réécrit trois semaines plus tard en insistant. Je n'ai jamais répondu et puis, il est mort en 88. Petit à petit, j'ai pris contact avec ATD Quart Monde, je suis devenu sympathisant en allant aux réunions. Et une bonne dizaine d'années après, la première chanson de l'album qu'on a écrite, c'est Jésus.

Finalement, cet album ne semble pas marqué dans le temps.
Tant mieux ! Vous me faites plaisir en disant ça. C'est très bien. Je suis obligatoirement marqué par ce que j'entends, je suis perméable bien sûr, aux musiques, etc. Et en même, j'ai mon propre creuset dans lequel je fais ma cuisine. Ce disque-là est sûrement une photo de moi ces dernières années, mais ce n'est pas non plus un journal. Et s'il n'est pas daté dans le temps, il ne le sera pas non plus dans cinq ans…

Pourquoi n'avez vous jamais écrit avec un autre auteur qu'Alain Souchon ?
Je ne me pose pas la question. Ce gars-là, écrit d'une façon fantastique. On s'entend bien. On arrive à aménager des périodes dans nos vies où on quitte Paris, on part assez loin, on passe des journées à discuter. Après on se met au travail. Après on dort. Pourquoi se priver de ça, de cette façon dont il écrit ? Voilà pourquoi cette fois, il a encore fait huit textes sur onze chansons.

N'entendez-vous pas d'autres textes, d'autres auteurs qui vous intéressent ?
Si, bien sûr, ce serait une grande vanité de ma part de ne pas remarquer les autres. Mais eux, ils font leurs chansons qui sont très bien. Et nous les nôtres. Ça ne nous empêchera pas un jour peut-être de tenter l'expérience. Ça fait 27 ans que ça dure ! Mais oui, j'entends d'autres trucs bien.

Par exemple ?
(Il réfléchit longuement). Ce qui me marque surtout, ce sont les grands moments de création musicale comme la techno, la musique électronique, le hip hop. J'écoute tout ça, il y a des trucs bien, d'autres moins. Ce sont des coups par coup. Mais des disques entiers… Björk, je trouve ça formidable par exemple. Les musiques du monde aussi deviennent très présentes. Ça c'est formidable, c'est une ouverture. Ces dernières années, il y a un choix énorme. Maintenant, il n'y a pas eu de révolution comme l'arrivée du rock en 1955, ça c'est sûr ! Mais il y a des choses qui me donnent de l'émotion. Y compris dans la musique classique que j'écoute beaucoup. Moi, je suis à 360°.

Vous qui êtes si heureux en studio, vous n'avez pas vraiment succombé à la vague des machines dans la musique.
Je trouve que la nouvelle technologie au service de la musique a apporté des choses formidables. Je m'en sers. Mais, je l'utilise quand je trouve ça nécessaire seulement. C'est tout. J'aime toujours autant jouer d'une guitare acoustique ou électrique. Mais quand il faut une boite à rythmes, je l'utilise. Il y a des gens qui n'utilisent que l'électronique, que des samples, c'est leur truc. Moi, le mien, c'est de ne fermer aucune porte.

Quand on écoute le disque, ce n'est pas flagrant pourtant.
Non, parce qu'il y a beaucoup d'enregistrements acoustiques avec de vraies batteries, de vrais violons, des chœurs, des basses, des instruments anciens de la Renaissance, une musique que j'adore, comme le cromorne. Mais aussi un synthé qui amène quelque chose que je n'aurais pas su amener avec un autre instrument. J'utilise le mieux possible ce que j'ai sous la main sans à priori. Je me laisse aller avec les couleurs qu'on me donne.

Et la scène ?
Elle est envisagée, sans précisions ni garantie, pour la rentrée 2002. C'est vrai que je me suis régalé la dernière fois (tournée 93/94, ndlr). L'idée me plait. Je sais que ça me plaira encore plus quand j'y serai. L'appétit vient en mangeant.

Enfin, votre site vient d'ouvrir ses portes. On y trouve des références diverses dont une aux extra-terrestres. Premier ou deuxième degré ?
Premier degré. Mais on trouve d'autres de mes passions, les légendes, les fées, la forêt, les astres, le cosmos, les rêves, la quête d'un trésor. On voit aussi le studio avec des séances d'enregistrement qu'on a filmées pendant des années. Maintenant que mon disque est fini, je vais m'investir plus. Je trouve l'Internet magique.

Laurent Voulzy Avril (BMG) 2001