IDEES DE CADEAUX : TOUS EN SCENE

Paris, le 19 décembre 2001 - Un album studio, une tournée, un album live. C'est désormais le rythme de carrière quasi incontournable de nombreux chanteurs. Chez les francophones, l'automne 2001 a livré son lot de disques "enregistrés en concert". Faisons un zoom sur dix d'entre eux, les mammouths (Obispo, Segara, Garou), les dinosaures (Nougaro, Jonasz, Aubret) et les jeunes loups (Taha, Paradis, Daho, Fersen).

Pour Noël, offrez-vous des concerts

Paris, le 19 décembre 2001 - Un album studio, une tournée, un album live. C'est désormais le rythme de carrière quasi incontournable de nombreux chanteurs. Chez les francophones, l'automne 2001 a livré son lot de disques "enregistrés en concert". Faisons un zoom sur dix d'entre eux, les mammouths (Obispo, Segara, Garou), les dinosaures (Nougaro, Jonasz, Aubret) et les jeunes loups (Taha, Paradis, Daho, Fersen).

Ce qui était autrefois un témoignage, une trace (on se souvient de Brel ou Piaf à l'Olympia et de Montand à l'Etoile), est aujourd'hui devenu un argument commercial systématique. Contrairement à une artiste comme l'humoriste Valérie Lemercier qui refuse tous les tournages de ses spectacles, considérant que ce sont des œuvres éphémères et qui doivent le rester, c'est l'immense majorité des chanteurs qui imaginent mal leur discographie sans live, preuve devant tous que le public répond présent. Certes, les progrès techniques depuis les années 80 permettent aussi désormais d'enregistrer les concerts dans les meilleures conditions, challenge souvent risqué avant. Mais le live, c'est aussi la trace que la chanson est bien vivante, l'instant décisif où tout se joue, sans pouvoir (ou si peu) tricher.

Les mammouths

Avec le deuxième live en trois ans de Pascal Obispo, Millesime live 00/01, on tape dans le grand spectacle. Dès l'ouverture, hollywoodienne, Obispo confirme son statut actuel dans le paysage musical : imposant. Ce disque enregistré au Zénith en novembre 2000 ne reflète qu'une partie du show (13 chansons seulement contre une vingtaine sur scène) avec une mise en valeur des duos avec les potes (Hallyday, Pagny, Calogero). En bonus, un inédit studio, Millésime, chanson-ode à la paternité. La couverture représente le visage du chanteur faisant corps avec la scène. Quant au livret, il se déplie en un poster dédicacé pour les fans. Le marketing est très présent dans la démarche générale. Obispo est une star et assume.

Chez Hélène Ségara aussi, on aime beaucoup les symboles du succès. La chanteuse sort son premier (double) album live enregistré à l'Olympia le 24 octobre 2000. Le logo de la mythique salle est présent sur le recto du boîtier, le verso, les CDs, en gros, en petit, et sur le livret qui par ailleurs, permet de découvrir un choix des articles de presse les plus flatteurs sur la tournée. La facture musicale du concert est efficace mais sans subtilités, en dépit d'excellents musiciens (Thomas Cœuriot, Régis Ceccarelli…). N'oublions pas qu'avec son producteur Orlando, frère de Dalida, nous sommes à la vieille école, celle des variétés à la fois pailletées et surannées. Le concert, tout en nappes synthétiques, se veut émotionnel et romantique, telle l'image que véhicule Hélène Ségara. Enfin, le CD se clôt sur un bonus sans rapport avec le concert mais visiblement destiné aux fidèles : cinq titres en espagnol.

Jeune élu du succès, porté par la réussite de la comédie musicale Notre-Dame de Paris, le Québécois Garou sort aussi son premier album live, Seul avec vous, après seulement un album studio, Seul. Enregistré quelque part "lors de la tournée Garou 2001", le contenu du disque témoigne d'un répertoire encore mince puisque huit titres sur quatorze sont des reprises (Aznavour, Goldman, Starmania) pas toujours heureuses telle cette curieuse version trilingue de Belle (de Notre-Dame de Paris). De plus, la présence écrasante de choristes (on dirait un spectacle de Michel Sardou…), d'une lourde batterie ou de cuivres à tout va, conforte dans l'idée que Garou et son étonnante voix, ont été peut-être un peu trop vite sacrifiés sur l'autel du show business. On continue de croire qu'il mérite mieux. Mais, et le disque en témoigne, l'artiste et le public semblent se retrouver dans cette communion lucrative. Inclinons-nous.

Les dinosaures

Autre approche du genre avec Claude Nougaro. Là, sur la scène du Théâtre des Champs Elysées en juin 2001, le concert démarre sans fanfare. Applaudissements, intro, c'est parti. Ici, les fans écoutent… Le son est propre, les orchestrations, même revisitées, sont toujours harmonieuses (pour cause, elles sont signées Yvan Cassar). La quasi-intégralité du concert est là : vingt huit titres en deux CDs, les classiques (Bidonville, Cécile, le Jazz et la java…) et les nouveautés (Anna, l'Ile Hélène, les Bas…). Swing ou bossa, pas de temps mort dans le spectacle d'un homme qui, même s'il ne se donne plus autant qu'autrefois (il a 72 ans), offre au public une énergie intacte. Enfin, le livret met en avant les musiciens dans des tons chauds qui reflètent la canicule de la salle, le jour de l'enregistrement. Et, jolie idée, les CDs reprennent les motifs de la belle rosace du plafond début de siècle du théâtre de l'avenue Montaigne.

Autre vieux routier de la scène : Michel Jonasz. Mais là, déception. Celui qui nous enchantait en 1978 avec son live au Théâtre de la Ville ou en 89 avec sa tournée Uni vers l'uni, nous laisse cette fois sur notre fin. Où est le Jonasz de ces années-là, si fougueux en scène, si drôle ? Où sont ces versions live qui déménageaient tant ? Comparé à cette époque si faste, Jonasz semble aujourd'hui mou. C'est un comble. Les tentatives de réorchestration de tubes tels Super nana ou la Boite de jazz, tombent à l'eau, perdent en pêche. Dès l'intro du spectacle, planante, et le premier titre Inspiration, on craint le pire. On savait Jonasz depuis longtemps passionné de mystique indienne et de cosmogonie, mais là, c'est tout le répertoire qui est devenu zen. Dommage.

Avec Isabelle Aubret, on est dans le domaine d'une relation toute simple entre une artiste et son public. Cette chanteuse hors mode, dont la carrière a subi de nombreux temps morts, est toujours célébrée par un auditoire fervent à défaut d'être large. Isabelle Aubret reste un des derniers symboles d'une chanson française exigeante, celle des grands textes d'auteurs (Ferré, Ferrat, Brel) et des poètes (Aragon). Ce CD enregistré à Bobino début 2001, retranscrit ce récital à l'ancienne. Une photo intérieure nous montre l'économie des moyens : petite scène avec quatre musiciens austèrement installés derrière l'interprète dans une sommaire lumière blanche. Seules les chansons sont mises en avant dans le plus pur style d'une Piaf seule en scène. C'est si rare aujourd'hui, que certains la qualifient de courageuse…

Les jeunes loups

Un jour viendra où Thomas Fersen pourra tout aussi bien se trouver dans la catégorie précédente. Pour l'heure, le chanteur nous offre son premier live après quatre albums studio. Et il rattrape le temps perdu puisque dans un joli triple CD judicieusement nommé Triplex, l'acheteur gagne d'un coup trois concerts. A travers des extraits choisis dans chacun d'eux (Paris 1998 et 2001, Montréal 2001), on reconstitue ainsi un beau récital de vingt-huit titres qui se fait l'écho d'une carrière scénique déjà bien pleine. Accents parigots, intonations yiddish, ukulélé ou xylophone, ces disques sont fidèles au si singulier univers Fersen (voix y compris). Un des objets les plus originaux de cette sélection.

Vanessa Paradis sort ici son deuxième live en 15 ans de carrière. Et pour cause, la jeune femme n'a tourné que deux fois, en 1993 et en 2001. Elle a sorti l'an passé un album, Bliss, louant le bonheur absolu qu'elle dit connaître actuellement entre son homme et sa fille. Depuis mars 2001, elle communique cette plénitude sur les routes de France. L'album qui en témoigne a été enregistré au Zénith de Paris le 30 mai. Le livret dans les tons rose, mauve et ocre témoignent de l'habillage hippie chic du spectacle. Le show démarre sur des sons cristallins, et, soutenue par une équipe de musiciens largement américaine, Vanessa mène la danse chaleureusement et avec un talent que le temps ne cesse de confirmer. Sa voix fluette donne le maximum et toujours en justesse. La tonalité générale lorgne discrètement sur les seventies pour l'essentiel du répertoire : Joe le Taxi revu reggae, Gainsbourg largement fêté, Kravitz, Lily Rose… C'est un très joli moment.

Contrairement à sa collègue, Rachid Taha est très souvent sur scène. Et depuis quelques années, il ne cesse de tourner à travers le monde. Cette année, il a chanté à Tokyo, Sydney, Pnom Penh ou Los Angeles. Partout avec le même succès. Faire danser des Chinois sur Ya Rayah n'est pas un problème pour lui. Depuis 90, tout son répertoire solo tourne autour du mariage réussi entre musique arabe et dance, mariage déjà bien consommé depuis ses débuts avec Carte de Séjour, et en parti dû à l'apport du producteur anglais Steve Hillage. Ce premier live enregistré en mars 2001 à Bruxelles, témoigne de cette énergie culturelle que recèlent les spectacles de Rachid Taha même si parfois, trop de machine refroidit la chaleur d'un luth ou d'une derbouka. Bonus : le duo avec le Nigérian Femi Kuti, plus symbolique qu'intéressant.

Enfin, Etienne Daho. Dès le début du concert enregistré à Bruxelles en mai 2001, la grâce du son Daho emplit les enceintes. Sa voix, pourtant peu faite pour le live, est poussée à son maximum par la technique (dans la mesure des possibilités…). On découvre des versions tantôt langoureuses tantôt électriques, toujours pop, de vingt-deux titres, très anciens (le Grand sommeil, Tombé pour la France, Week-end à Rome avec Vanessa Daou) ou très récents (Rendez-vous à Vedra, le Brasier). On y trouve aussi un duo studio avec Dani, Comme un Boomerang, de Gainsbourg. L'ensemble est habillé d'effets électroniques plutôt ludiques pour un spectacle chic (à l'instar de la pochette), extrait d'une tournée joliment nommée le Tour de l'été sans fin. Pour une fin de soirée…

Catherine Pouplain

Pascal Obispo / Millesime 00/01 (Sony/Epic)
Hélène Ségara / En concert à l'Olympia (East West / Warner)
Garou / Seul avec vous (Sony / Columbia)
Claude Nougaro / Au Théâtre des Champs Elysées (EMI)
Michel Jonasz / Olympia 2000 (EMI)
Isabelle Aubret / Bobino 2001 (Disques Meys)
Thomas Fersen / Triplex (Tôt ou Tard / Warner)
Vanessa Paradis / Au Zénith (Barclay/Universal)
Etienne Daho / Live (Virgin)