DES WAILERS FRANCOPHONES

Paris, le 13 mai 2002 - Vingt et un ans après la mort de Bob Marley, les Wailers continuent d’entretenir la flamme. Dans la plus récente configuration, on compte même deux musiciens recrutés… à Paris. Elle fait les choeurs, il joue de la batterie. S’ils font partie du plus célèbre groupe jamaïcain, Kali et Richacha, enfants quand Marley a disparu, accompagnent les Wailers nouveaux dans d’interminables tournées internationales. Un rêve qu’ils n’avaient jamais osé faire.

Deux musiciens recrutés à Paris par les Wailers

Paris, le 13 mai 2002 - Vingt et un ans après la mort de Bob Marley, les Wailers continuent d’entretenir la flamme. Dans la plus récente configuration, on compte même deux musiciens recrutés… à Paris. Elle fait les choeurs, il joue de la batterie. S’ils font partie du plus célèbre groupe jamaïcain, Kali et Richacha, enfants quand Marley a disparu, accompagnent les Wailers nouveaux dans d’interminables tournées internationales. Un rêve qu’ils n’avaient jamais osé faire.

RFI : Comment vous êtes-vous retrouvés au sein des Wailers ?
Kali : C’était il y a six ans, lors d’un festival reggae à Paris organisé par RMI, le groupe de Richacha qui accompagnait les différents artistes dont Princess Erika. Sa choriste n’était pas là, je l’ai remplacée et de cette façon j’ai rencontré Tyrone Downie (ancien clavier de Bob Marley) qui était venu jouer avec Erika. Une semaine plus tard, il m’a demandé si je pouvais faire la tournée des Wailers. Je suis partie avec ma sœur, on a rejoint le groupe, on a répété trois jours avec Tyrone dans la chambre d’hôtel, juste piano-voix et ensuite on a rencontré les "Papas".
Richacha : Ce n’était pas le même jour que Kali qui a eu la chance d’entrer dans le groupe deux ans avant moi, mais c’est grâce à la même personne, Tyrone Downie. On répétait avec le Secteur Ä, entre autres Doc Gynéco, Stomy Bugsy, Neg’marrons, pour un concert à l’Olympia en 1998. On avait monté une équipe avec Tyrone. Comme je savais qu’il avait joué avec Bob Marley, je voulais montrer ce que je savais faire, parce qu’il avait un rôle de directeur artistique. Sur un morceau très jungle, il a arrêté de jouer et m’a regardé pour me dire : «Toi, si je te présente à Family Man (le bassiste et chef d’orchestre des Wailers), il ne va plus te lâcher». Je n’ai pas fait attention, je ne pouvais même pas rêver jouer avec les Wailers. Pour moi c’était un autre monde et en plus je ne parlais pas l’anglais. Un jour, Kali me laisse un message chez moi pour me dire que les Wailers auront peut-être besoin d’un batteur. Très rapidement, quelqu’un me téléphone et me parle anglais. Je ne comprends rien et il raccroche. On me rappelle aussitôt en français pour me dire : «Il paraît que tu es le meilleur batteur de reggae en France et tu ne sais pas parler anglais ?» C’était la femme du manager des Wailers, une Niçoise. Le groupe m’a demandé de venir et j’en ai eu la chair de poule. Je les ai rejoints à Tours, mes copains qui parlent anglais sont venus avec moi. Quand j’ai vu Family Man, j’ai eu le trac. Il est tellement impressionnant que je ne pouvais pas l’approcher. Puis je me suis mis à demander la liste des morceaux. Il a dit en anglais : «Ce soir tu écoutes et demain tu joues». Il y avait un autre batteur, un Américain, mais ils n’aimaient pas trop son groove. Comme ils avaient entendu parler de moi par Tyrone, ils voulaient m’essayer. Si je leur convenais, ils me gardaient, sinon ils me paieraient pour le concert que j’aurais fait. Ça m’a mis la pression !…

Le jour J, lors de votre premier concert avec eux, comment cela s’est-il passé, dans quelles dispositions étiez-vous ?

Kali : Quand tu es sur scène, ce n’est pas le moment de te poser des questions, tu donnes avec ton cœur. Il n’y a rien à prouver à des grands comme eux, parce qu’ils ont déjà tout fait. Tu viens pour apprendre, c’est une école, et ils te donnent cet espace-là. Mais les premières fois où j’ai chanté avec eux, le son était tellement gros que je ne m’entendais pas. Je n’arrêtais pas de dire : «Plus fort, plus fort !». Ce n’était pas une question de volume de micro, mais ils ont tellement joué cette musique que pour rentrer dedans…
Richacha : Ils ont tout fait pour me mettre à l’aise. Le jour de la balance, j’ai installé ma batterie, et quand le bassiste est venu me voir, j’ai vite demandé à mon copain qui parlait anglais de rappliquer et de rester là pour me faire la traduction. Je ne voulais pas qu’un détail m’échappe. Family man m’a demandé si je connaissais War/No More Trouble ? Pour lui, c’était difficile de passer d’un morceau à l’autre. C’est du Bob Marley, un classique que tout le monde connaît et essaie de faire, mais là il fallait faire l’enchaînement comme eux l’aiment !. J’ai commencé et il m’a dit de m’arrêter, alors que je n’avais presque pas joué. Puis Al Anderson (guitariste des Wailers) est venu, il voulait savoir si je connaissais Pimper’s Paradise. J’ai fait l’intro et il m’a dit que ça suffisait, qu’on se verrait plus tard au concert. Il y avait vingt-six chansons sur la liste pour le show et je n’avais même pas répété ! Le soir, j’avais le trac sur le premier morceau. Sur le deuxième et le troisième, ça allait mieux, et aujourd’hui c’est un peu comme si c’était aussi notre groupe.

Comment expliquez-vous qu’ils vous aient choisis, vous qui n’êtes pas jamaïcains ?
Kali : Les anglophones n’ont pas la même façon de travailler que les francophones qui jugent avant de savoir ce qu’on vaut. Les Jamaïcains, les grands frères qui ont de l’expérience, te laissent faire. Ce n’est pas la pression des maisons des disques, non, tu joues la musique parce que ça vient du cœur. Même s’il faut toujours travailler pour améliorer. Quand ça vient du cœur ça ne peut jamais être à côté, ça va toujours toucher les gens. Pour faire sortir la magie de la musique, le business doit passer après. Comme dit Family Man : «Follow your heartbeat», (Suis le rythme de ton cœur). Au début, pour les chœurs, il me disait : «Tu vois, dans chaque phrase, il y a des points d’interrogation et d’exclamation. Ça veut dire que quand tu chantes les notes, tu dis des choses».
Richacha : Avec la formation, l’expérience qu’on avait, on était prêt. Et si j’ai de la chance d’être avec les Wailers, je n’ai pas de chance d’être batteur. Parce que le premier instrument auquel fait attention le bassiste, c’est la batterie. Mais dans un article, il a parlé de moi dans des termes élogieux que je ne pouvais pas croire alors qu’il a joué avec les meilleurs batteurs de Jamaïque depuis que son frère est mort. Si Family Man n’avait pas dit ça, je ne pourrais pas le dire. Ce sont des grands, et j’étais encore à l’école qu’ils jouaient déjà. Aujourd’hui, il me compare à eux !
Kali : Quand je suis arrivé dans les Wailers, ce n’était pas Richacha qui jouait. Depuis que Carlton Barrett (membre fondateur des Wailers, frère du bassiste) est décédé, c’est comme si Family Man avait du mal à trouver le batteur qui lui corresponde. Quand il a joué avec Richacha, il a senti que ça fonctionnait. La musique jamaïcaine, c’est une musique du ghetto. Richacha jouait dans les ghettos d’Afrique et la musique congolaise est une musique du peuple, ça joue toute la nuit. C’est cet esprit qu’il a apporté.

Vous souvenez-vous du premier disque de Marley que vous avez entendu ?
Kali : C’était un maxi 45 tours que mes parents avaient, avec Punky Reggae Party et Exodus. Avant, quand j’avais sept ans, je connaissais un groupe qui s’appelait Exile One et qui chantait C’est pas difficile de danser le reggae. Dans Exodus, tu sens l’Afrique. C’est une chanson qui est vraiment riche rythmiquement.
Richacha : J’ai écouté Exodus vers 1979 dans une boîte de nuit à Kinshasa. J’étais impressionné par le son et j’avais demandé qui c’était. Quand je suis arrivé en France à 24 ans, j’ai vu que notre style à nous, Congolais, ne marchait pas ici. Je me suis dit qu’il fallait que j’apprenne autre chose et j’ai vu des potes qui s’éclataient avec des artistes reggae. Et j’ai connu un groupe français, Hooligang, qui m’a emmené en Jamaïque. On jouait dans les ghettos et j’allais dans les sounds systems pour tout écouter. Quand je suis revenu ici, j’avais fini mon apprentissage reggae.

Bertrand Lavaine

The Wailers Live In Jamaica (Night & Day) 2001