Les Années Niagara

Paris, le 2 juillet 2002 - Le duo pop rock français Niagara s'est séparé il y a environ une dizaine d'années. Formé de Muriel Moreno et Daniel Chenevez, il avait souvent flirté avec les sommets des charts français. Flammes, la première compilation du groupe, sortie récemment, retrace le parcours du groupe phare des années 80.

Flash-back sur dix ans de gloire

Paris, le 2 juillet 2002 - Le duo pop rock français Niagara s'est séparé il y a environ une dizaine d'années. Formé de Muriel Moreno et Daniel Chenevez, il avait souvent flirté avec les sommets des charts français. Flammes, la première compilation du groupe, sortie récemment, retrace le parcours du groupe phare des années 80.

"Assez !" avait pourtant hurlé Muriel sur les scènes hexagonales pendant une bonne décennie. Mais rien n'y a fait, les fans, les irréductibles sont toujours là, quelques neuf ans après la séparation du groupe de Daniel Chenevez et Muriel Moreno. Preuve en est le franc succès remporté par Flammes, la première compilation de Niagara, qui avec plus de 100.000 exemplaires vendus est déjà Disque d'or, et cela deux mois seulement après sa sortie.

A cette occasion, Polydor-Universal, leur maison de disques a sorti la grosse artillerie en proposant au consommateur pas moins de trois déclinaisons de Flammes. La version digibook, au tirage limité, s'étant très rapidement épuisée (avec un bonus de 14 compositions longues), il reste, sur la version standard, l'essentiel, c'est-à-dire la musique de Niagara : 18 titres remastérisés à la teneur très rock parmi lesquels J'ai vu, Je dois m'en aller, Quand la ville dort, Psychotrope ou encore Le Minautore. Enfin un DVD au packaging blanc et lettrines de feu des mêmes vidéo-clips, un documentaire intitulé Chemin de croix ainsi qu'une séquence inédite, le tout réalisé par Daniel Chenevez lui-même. Comme quoi, on peut tout à la fois ne pas jouer le jeu de la promo mais vouloir rendre une copie soignée.

Les années fastes

On se contentera donc de deux campagnes télé sur les chaînes françaises puisque le duo Niagara n'a pas daigné donner d'interview pour cette sortie annoncée. On peut les comprendre. Difficile en effet de revenir en arrière lorsque chacun de leur côté, Muriel et Daniel essaient, avec peine, de se faire un nom en solo. Nous y reviendrons, sauf qu’en attendant, pour la maison de disques, et vous et moi qui achetons leurs albums, l'essentiel de leur carrière est bien derrière eux.

Issu de la vague pop rennaise du début des années 80, dans le sillage de Marquis de Sade, Octobre et Etienne Daho, le couple, à la ville comme à la scène, que formait alors Niagara, impose très vite une musique pop sucrée à l'image de leur premier tube Tchiki Boum, tube de l'année 1984. Ils laissent derrière eux leur premier nom, Ombre jaune, pour adopter celui de Niagara et le trio d'alors (le guitariste José Tamarin quittera le groupe peu après) remporte son premier succès. Dommage pour José car la baraka ne les quittera plus grâce à leurs nouvelles chansons L'amour à la plage et Je dois m'en aller. Direction Paris, une maison de disques, Polydor, à laquelle ils resteront fidèles et un premier album, Encore un premier baiser.

Une nouvelle vie artistique commence. Au fil de leur carrière, leur musique évoluera pour passer du rock à une version beaucoup plus musclée sur leur troisième album Religion. C'est à cette période que le duo adopte une attitude glam-rock, Muriel Moreno jouant de son physique sexy, sur scène et sur les pochettes, se plaignant malgré tout de n'être que la seule fille parmi des dizaines de mecs pendant les tournées et de devoir assumer en plus du rôle de chanteuse qui est le sien, celui de confidente ou de maman. Tandis que Daniel Chenevez, égal à lui-même, plus en retrait, conserve le style lymphatique de ses débuts.

En quatre albums, tous Disques d'or, Niagara s'offre même le luxe, rare pour des artistes ne chantant qu'en français, de se voir sponsoriser par la chaîne musicale MTV Europe. Pourtant le duo s'épuise, le couple se sépare en 1992, entraînant dans sa chute Niagara en 1993 après un ultime album La vérité. Les meilleures choses ont une fin mais la musique ne les quitte pas.

Carrières solo mollo

Muriel s'est tournée depuis vers la musique électronique avec toujours ce rêve secret de pouvoir hanter plus souvent les dance floor. On a pu la voir récemment se distinguer aux platines lors du festival "Les femmes s'en mêlent" au Divan du monde. Déjà trois albums solos à son actif dont le dernier Surviving the day est sorti l'année dernière (avec le concours de Jasmine, l’accordéoniste américaine, sur Columns, gravity and discipline). Autre époque, autres moyens, dans son studio aménagé chez elle, dans le 11ème arrondissement de Paris, Muriel compose, écrit, réalise des vidéo-clips et se reconstruit peu à peu une nouvelle carrière, plus marginale certes, loin des médias, avec cette vague impression de recommencer tout à zéro : suggérer, convaincre, convaincre, suggérer… En se lançant dans la techno avec comme seule référence Kraftwerk, Muriel Moreno ne peut avoir foncièrement mauvais goût.

Pas en reste, Daniel Chenevez, lui aussi dans son propre studio, enregistre deux albums solos, Excentrique en 1996 et Hypnose en 1999 mais sans jamais retrouver, lui non plus, le succès commercial qu'ils avaient connu ensemble.

Pour Niagara, la transition semble toujours en cours. Ils aspiraient à autre chose, à une pratique plus solitaire et plus personnelle de la musique, à une pause face aux médias. Mais sans leur version des faits, il est malaisé de dire comment ces ex-idoles ont vécu les années 90 et l'après Niagara. Quant au public, il s'est précipité sur cette compilation confirmant ainsi la popularité, bien vivante, du duo.

Niagara / Flammes (Polydor-Universal) 2002