Les Rita Mitsouko

Après les concerts-surprise de cet été, voici le nouvel album des Rita, La Femme trombone - avec une tournée qui démarre ce soir, à Nancy. Chansons plus ramassées, thématiques plus intimes, clins d'œil vers le music-hall : les Rita Mitsouko amorcent un nouveau virage, mais sans rien perdre ni de leur insolence, ni de leur instinct joyeux.

Ils réinventent le music-hall.

Après les concerts-surprise de cet été, voici le nouvel album des Rita, La Femme trombone - avec une tournée qui démarre ce soir, à Nancy. Chansons plus ramassées, thématiques plus intimes, clins d'œil vers le music-hall : les Rita Mitsouko amorcent un nouveau virage, mais sans rien perdre ni de leur insolence, ni de leur instinct joyeux.

La Femme trombone va surprendre : après avoir donné la fantaisie survoltée du dancefloor à la chanson française, le duo Ringer-Chichin retrouve des plaisirs de music-hall. Des textes très écrits, un franc réalisme des sentiments et des situations, une élégance réaffirmée de la forme… Surtout, on retiendra beaucoup plus les titres de La Femme trombone pour leurs mélodies que pour leurs rythmiques : ce sont des chansons, et non plus des tourneries comme dans une bonne partie de Cool Frénésie, leur précédent album. Pourtant, la matière musicale n'a pas changé de nature, c'est toujours du rock, de la pop et de l'électro entrelacés, mais dans des couleurs assez surprenantes. Dans Sacha, le très cru érotisme d'aujourd'hui plonge dans des douceurs de valse lente, 1928 plaisante sur la musique et la danse avec des accents de cabaret des années 50, Vieux Rodéo aborde avec franchise et même dureté la condition féminine au début du siècle nouveau… Un disque urbain, contemporain, vif comme le plaisir, mais peut-être le moins écervelé de tous leurs albums.

RFI : Vous semblez revenu à une forme beaucoup plus " chanson " que dans vos derniers disques. Est-ce un propos délibéré ?Fred CHICHIN: On s'est dit qu'on allait travailler sur les chansons et ne pas les juger sur le moment, que ce soit pour les textes ou pour la musique. Instinctivement, on a repris ce format-là, beaucoup plus resserré.

RFI : Est-ce une question de maturité, de savoir-faire artistique ?Catherine RINGER: Si on avait compris comment faire il y a dix ans, on l'aurait fait il y a dix ans. Mais peut-être qu'à l'époque cela ne nous convenait pas.

RFI : Toutes les chansons ont été écrites spécifiquement pour ce disque ?Catherine RINGER: Il y avait des idées qui existaient déjà, comme l'idée de Trop bonne-La Femme trombone, que j'avais depuis longtemps. Et puis des bouts de trucs, des parties déjà écrites. Mais, la plupart du temps, les textes ont été écrits pour les musiques. Et il y a des chansons que l'on a écrites dans la journée.

RFI : Vous n'avez pas de repentirs avec des textes écrits aussi vite ?Catherine RINGER: Ils peuvent évoluer. On en enlève, on en rajoute, on change. Au départ, je n'y arrivais pas du tout. Parfois, on avait une musique qui n'était pas au niveau d'un texte trop long, mais je n'arrivais pas à en enlever, ou pas assez.Fred CHICHIN: Et puis il y en a qui étaient ratés. Ça fait longtemps qu'on est dans la même direction : faire de la chanson avec des textes qui veulent dire quelque chose, et du rythme. Mais, parfois, ça rate.Catherine RINGER: Mais pas parce que c'est vite fait. Certains sont triturés et retriturés avec acharnement.Fred CHICHIN: Pense à ta carrière, par exemple, est une chanson ratée et, pourtant, on a passé du temps dessus. C'est même pour ça qu'elle est ratée, d'ailleurs.Catherine RINGER: On a même fait plusieurs musiques très différentes.Fred CHICHIN: Il ne faut peut-être pas faire ça, écrire de la musique sur des textes. C'est plus facile pour nous d'écrire des textes sur la musique.

RFI : Cela faisait longtemps que vous n'aviez pas enregistré une chanson aussi explicitement engagée que Vieux Rodéo, chanson vigoureusement féministe. Catherine RINGER: J'avais envie de faire une liste des acquis sociaux, et cela m'est venu après une émission dans laquelle j'ai entendu parler des difficultés d'être des filles modernes dans des collèges où les garçons ne voient les filles que comme mamans ou comme putains, parce qu'ils se gavent d'images de femmes dans certains clips ou dans les films pornos… Après je me suis laissée aller ! C'était un peu le thème de notre album : se laisser aller aux impulsions. A une autre époque, je ne l'aurais peut-être pas écrit ainsi, j'aurais trouvé ça trop direct.

RFI : Ce disque parle énormément du couple et de ses problèmes…Catherine RINGER: Je l'ai toujours fait, il me semble…Fred CHICHIN: Là, c'est plus clair.

RFI : Catherine, vous allez apparaître cet hiver dans une comédie musicale, Concha Bonita d'Alfredo Arias et René de Ceccaty au théâtre national de Chaillot. Est-ce un départ, une parenthèse, une récréation ? Catherine RINGER: Depuis longtemps, j'aime beaucoup ce que fait Alfredo Arias. C'est très agréable de faire l'interprète, d'avoir des costumes, d'incarner un personnage. J'aime cette idée que d'autres gens vont chanter avec moi.

RFI: Et comment cela s'articule-t-il avec le travail des Rita ?Catherine RINGER: Ça s'inscrit bien dans l'histoire, ça ne gêne pas, au contraire, ça peut amener vers d'autres productions. C'est ouvert… De toute façon, on reprendra la tournée au printemps.

 

Rita Mitsouko La Femme trombone (Virgin) 2002 En tournée : le 13 septembre à Nancy, le 14 à Strasbourg, le 18 à Clermont-Ferrand, le 20 à Paris (Grand Rex), le 21 à Bruxelles, le 26 à Rennes, le 27 à Nantes, le 2 octobre à Lyon, le 3 à Lausanne, le 5 à Marseille, le 10 à Bordeaux, le 12 à Montauban.