NUITS BOTANIQUE 2002

Bruxelles, le 30 septembre 2002 - Le festival Nuits Botanique s'est déroulé du 18 au 30 septembre à Bruxelles en Belgique. La programmation comme toujours était relativement éclectique mélangeant artistes anglo-saxons et francophones. Retour sur treize jours de festival.

Treize soirées de musique sous toutes ses formes

Bruxelles, le 30 septembre 2002 - Le festival Nuits Botanique s'est déroulé du 18 au 30 septembre à Bruxelles en Belgique. La programmation comme toujours était relativement éclectique mélangeant artistes anglo-saxons et francophones. Retour sur treize jours de festival.

Treize soirées à arpenter les coursives du Botanique, colorées de jaune, d'orange, de bleu ou de rose, où quelques poissons gigotent encore dans les bassins surmontés de plantes plus ou moins rares, à passer d'une salle à une autre, à la rencontre de tous les styles. Ici, le jazz côtoie le hip hop, la pop frôle le hardcore, la chanson intimiste s'essaie au rock...

Après les festivals d'été, les Nuits Botanique sont une manière d'écouter le son dans de bonnes conditions, quasiment en famille et... de multiples façons. A chacun sa technique : confortablement installé dans les fauteuils en velours rouge du Cirque Royal, dansant dans la Rotonde sur le hip hop de Rocé, trépignant furieusement dans l'Orangerie sur les rythmes de Pleymo ou allongé à même la moquette dans les coursives du Musée (la salle plus intimiste) à écouter Perry Blake, voire dehors sur les marches de béton, pour goûter un des orchestres world présent ce jour-là.

Car la nouveauté des Nuits 2002, c'est cette petite scène extérieure, dénommée Corolla, sponsor automobile oblige. Montée en plein air, pour accueillir les richesses musicales des diverses communautés culturelles résidant en Belgique, elle a montré son utilité. Jouant les interludes entre les deux concerts, soit un exercice pour le moins délicat, cette scène en a réjoui plus d'un, d'autant que l'accès y était libre et le temps au beau. Que ce soit A contrabanda, un groupe de musique traditionnelle galicienne (Espagne), sous la houlette de Grégorio Melgosa avec force cornemuses et issu des cours de gaita de "Muziekpublique", les rythmes slavo-tziganes de la famille bulgare Silla ou le band punk-rock "sans guitare" de Traktor, trois filles et deux garçons issus des squats d'Anvers (Belgique), la qualité et le sens de la fête était toujours au rendez-vous. L'occasion aussi pour les différents publics de se croiser : les jeunes Marocains ou Turcs venus des quartiers voisins, les étudiants descendus de leur campus en bande ou les messieurs en costumes cravates, un tantinet plus officiels.

Les Rita emballent le Cirque

Sans conteste, le concert des Rita Mitsouko a été une grande réussite de ces Nuits. Au Cirque Royal, c'est une salle bien remplie qui attend de pied ferme les Rita Mitsouko ce 20 septembre pour un des premiers concerts célébrant leur nouvel album, La femme trombone. Quand Catherine Ringer paraît avec ses nouvelles chansons, toutes de hargne et de passion, il est trop tard pour hésiter. Le concert prévu en version assise ne tarde pas à gagner la position debout. Les spectateurs des derniers rangs sont réduits à monter sur leur siège pour trépigner à leur aise. Ceux des balcons usent de quelques subterfuges, comme passer par les sous-sols pour regagner le parterre. Pourtant les Rita ne reprennent pas systématiquement tous leurs tubes. Les amateurs de Marcia Baila en seront pour leurs frais. Mais aucun ne s'en plaindra. Enchaînant vieux titres comme Don't Forget The Nite et les nouveaux comme Trop Bonne ou Vieux rodéo, la chanteuse déploie une énergie sans pareille. Les ambiances alternent sans relâche : parfois très pop italienne puis s'essayant au flamenco, se promenant ensuite sur la scène tel un Charlie Chaplin des Temps Modernes, ou un rien féroce, type danseur Masai dans Les Guerriers, Catherine Ringer sort à l'aise de toutes ces situations. Et si le clavier nécessite quelques réparations, elle improvise un À la claire fontaine pour pallier aux défaillances électriques. Un Andy divine laisse les spectateurs heureux et comblés.

Parmi les découvertes des Nuits cette année, comment ne pas citer Karin Clercq, grande blonde, comédienne de son état, qui un beau jour a trouvé chez le guitariste de Miossec, Guillaume Jouan, une musique capable d'épouser ses envies de textes. Son ambition : "Parler des failles, des douleurs et des désirs des femmes d'aujourd'hui, par contradiction avec les femmes papier glacé des magazines". Après un album sorti en mars (Pias), c'était la première prestation live de la jeune femme. Tendue au départ, mais avec une salle acquise d'avance et enthousiaste, elle a eu du mal à trouver ses marques, desservie par une sono mal réglée et des paroles difficilement compréhensibles derrière les riffs de guitares, très rock. Cependant, certaines de ses compositions méritent qu'on s'y attarde. La Chanson pour Anna "contre toutes les Anna victimes de la traite des femmes" a une force et une gravité qui dépassent les ritournelles gentillettes, comme Femme X ou Ne pas. Et que dire de l'émotion dégagée par Douce. Une ode à la vieillesse, un thème souvent oublié des auteurs, dédiée à sa grand-mère Marguerite, "qui a décidé de partir ailleurs aujourd'hui". Un récit qui pourrait être tout aussi bien dédicacé à toutes ces personnes âgées qui traînent "dans des home pour personnes âgées à la recherche de leur mémoire et de leurs sons intérieurs" nous confie-t-elle.

Changement de style

Les adeptes du bastringue rock sont de sortie en ce mardi 24. Marcel et son orchestre et son alter ego belge, originaire de Charleroi, Priba 2000, se produisent à l'Orangerie, au nom parfaitement adapté. Leur devise ? "Délirer sur les Beaufs en sachant qu'on est tous un peu le Beauf de quelqu'un". Ici point de complexe, le rock est avant tout destiné à faire bouger, sauter en l'air, planer sur les mains et... s'habiller tout de couleurs. Les couloirs du Botanique avaient d'ailleurs revêtu, pour l'occasion, une tonalité de carnaval, avec perruques aux couleurs flamboyantes, bonnets phrygiens, et autres tenues issues du folklore étudiant. En première partie, Priba 2000 pratique aussi cet humour au 36ème degré. En chemise rouge, veste queue de pie couleur argent et pantalon blanc croisé, ils réaffirment que "Cloclo est vivant", célèbrent Le Mongolito et reprennent à gueules déployées le Que je t'aime plus music-hall que rock'n roll.

Coup de chapeau à Rocé

Le rappeur français Rocé devait jouer en première partie des Zap Mama. L'annulation de ce concert le laissant orphelin, un concert est improvisé dans une autre salle. A l'heure où généralement le public s'en va vers d'autres lieux, le pari a tout d'une gageure. Mais les spectateurs qui ont poussé la porte de la Rotonde ce samedi 28, n'ont pas été déçus. Accompagné de DJ Carle et de Nazem, les textes sont intelligibles et bien construits. Ce qui n'est pas si courant. Il assène ses mots, maniant ironie ou colère, dénonçant un peu ce milieu du show-business dans No Feeling : "Ma rime c'est mon butin - Et ma frime en guise de fusain". Ou regrette la perte de culture dans On s'habitue : "Exporte ton moderne. Même si ça leur sert pas. Un jour faut bien qu'ils s'en servent. Qu'ils n'aiment ou n'aiment pas. Perte de culture, c'est dommage. Ça crée des dommages". Une poésie accrocheuse qui aurait mérité un meilleur accueil...
Ce sera pour l'année prochaine !

Nicolas Gros-Verheyde (à Bruxelles)

Le site des Nuits Botanique