Lady Laistee

Présentée comme LA rappeuse française, Lady Laistee sort un second album à faire pâlir de jalousie ses collègues masculins ! Hip Hop Therapy impose la dame en pointure du genre : textes ciselés, flow incisif, inspiration intacte, le tout signé du collectif B.O.S.S de Joey Starr ou de Matt, mètre étalon du R’n’B français. Pas du genre à tirer la couverture du rap féminin pour elle, elle convoque ses consoeurs Diam’s et Lynnsha, et livre la prescription idéale pour le rap français !

Hip Hop Therapy

Présentée comme LA rappeuse française, Lady Laistee sort un second album à faire pâlir de jalousie ses collègues masculins ! Hip Hop Therapy impose la dame en pointure du genre : textes ciselés, flow incisif, inspiration intacte, le tout signé du collectif B.O.S.S de Joey Starr ou de Matt, mètre étalon du R’n’B français. Pas du genre à tirer la couverture du rap féminin pour elle, elle convoque ses consoeurs Diam’s et Lynnsha, et livre la prescription idéale pour le rap français !

Si Black Mama, porté par le single Et si… en hommage au frère disparu, affichait un côté sombre et un propos ouvertement revendicatif, Hip Hop Therapy tranche avec la noirceur de son prédécesseur. Oubliée la robe Thierry Mugler et le regard noir, Lady s’y montre telle qu’en elle-même, tant au niveau de son image - look streetwear mais stylé n’oubliant pas que son pseudo, Lai-stee signifie stylée en verlan - que du propos : "Je ne voulais pas qu’on parle de moi éternellement comme de 'la  fille qui a perdu son frère'. Cet album est moins centré sur un seul aspect de ma personnalité. Dans la vie de tous les jours, je ne suis pas toujours sérieuse !". D’où la présence d’un titre comme Diamant noir, qui évoque une boite de nuit dans laquelle elle avait ses quartiers étant jeune...

Une évolution naturelle, que l’on retrouve aussi dans la partie musicale de cette nouvelle livraison, qui mêle arrangements caribéens ("Sans faire d’anti-américanisme, il faut reconnaître que le rap français, deuxième producteur derrière les Etats-Unis, est arrivé à maturité. Il est aujourd’hui adulte, et revendique ses racines africaines ou caribéennes, sans être obnubilé par l’Amérique. Il possède son identité propre.") et influences R’n’B, bien que ce dernier ait longtemps été considéré comme indésirable par les gardiens du temple hip hop. "En France, rap et R’n’B étaient plus ou moins frères ennemis. Le R’n’B était trop mielleux, pas assez féroce aux yeux des rappeurs, qui voyaient ses adeptes comme des 'bouffons' ! Aujourd’hui, on se rend compte que ces deux styles qui partagent les mêmes origines - la soul entre autres -, sont finalement très liés et les échanges se font naturellement."

Plus naturelle, Laistee s’attarde moins sur la symbolique de la mygale, son animal fétiche : "Elle vit sous terre, dans l’underground, et n’attaque que pour se défendre. Je me suis rendue compte que ça effrayait les gens ! Mais je reste très attachée à cette image, qui est présente sur la pochette de Hip Hop Therapy mais de façon moins menaçante : sous forme de bijou en or !". Opération séduction ? La mygale aurait-elle perdu son venin ? Loin de là, car les valeurs du combat sont toujours le carburant principal de Hip Hop Therapy. La féminisation du rap est notamment l’un des moteurs de cette dernière sortie, le sujet étant "toujours d’actualité" de l’aveu même de la belle. Les filles, quand elles ne jouent pas les faire-valoir dans les clips ou sur les pochettes d’albums, ne sont effectivement pas légion dans le milieu du rap, "macho" à défaut d’être franchement misogyne. "Même les artistes avec qui je travaille peuvent avoir ce genre de comportement, parfois de manière inconsciente, car ils ne se considèrent pas comme tels. Mais ce n’est pas forcément anodin de parler de 'tass-pé' (pétasse, ndlr) par exemple !".

Néanmoins, la Lady reconnaît que les choses avancent, petit à petit : "Dans le milieu hip hop, je commence à être reconnue et respectée en tant qu’artiste, mais le grand public me voit toujours comme une bête curieuse, une marginale, car le rap est, à la base, un truc de mecs." Pour la mygale, "c’est un débat d’arrière-garde. On ne se pose pas ce genre de question pour les artistes de variété, pour ne prendre que cet exemple". La misogynie, le machisme demeure un mal qui ronge le hip hop hexagonal, et Lady Laistee confirme qu’il "aurait bien besoin d’une cure de therapie dans le hip hop !…". Une posologie confirmée par la reprise du Respect d’Aretha Franklin, dans laquelle la Franco-Guadeloupéenne "demande le respect pour les MCs au féminin". Un exercice audacieux, même si la Lady ne s’est pas posée la question en ces termes :  "Je ne me suis pas demandée si c’était 'gonflé' de reprendre ce titre. Je l’ai fait car je suis fan de la chanson originale, de la musique et de son propos : il s’agit d’une femme qui demande un peu de respect pour sa condition. Je pensais pouvoir amener quelque chose au morceau. Et puis c’était l’occasion d’un duo avec Diam’s, une autre rappeuse française". Une façon de normaliser le rap au féminin, de la même manière qu’elle a à cœur de ne pas maintenir le genre dans le créneau "gangsta".

Pour Lady Laistee, l’amalgame "rap-cités-insécurité, comme on dit en ce moment" est le genre d’écueil qui "ne sert pas [notre] musique, bien au contraire. On est avant tout des artistes ! Quand on sort du studio, on ne va pas voler des sacs ou casser des vitrines ! (rires) On a tous une vie de famille, etc.". Joey Starr et son collectif B.O.S.S ont beau signer la plupart des instrumentaux de Hip Hop Therapy, ("Il était déjà présent sur Black Mama. On apprend à se connaître, et on s’apprécie de plus en plus."), Lady Laistee n’est pas en phase avec l’imagerie bad boy d’un certain rap, qui glorifie l’image du bandit : "D’autant que pour beaucoup, cette pseudo férocité est avant tout un argument commercial. Personnellement, je ne vis plus dans une cité, mais ça ne m’empêche pas de garder une attitude underground.". Ceux qui en doutent jetteront une oreille sur O.C.C.P (initiales de 'On continue le Combat pour le Peu-ra'), ou le flow de la Lady est tout sauf assagi. De même, elle chante les quartiers dans Ma petite maison dans la cité, un rap autobiographique suffisamment élégant et fin pour éviter les poncifs du genre. Une façon d’avoir un discours "politique au sens large du terme. On n'est pas des politiciens, on en est bien incapable, mais on fait les choses à notre niveau". Façon discours de proximité !

Lady Laistee, ne dépose donc pas les armes, mais quand on lui demande si son but ultime est qu’on cesse de lui parler du rap au féminin, elle esquive, et voit plus loin. "Mon but, c’est surtout que le rap devienne une musique à part entière, que le public qui n’écoute pas de rap aujourd’hui s’ouvre à ce style". A cet égard, elle clame haut et fort sa fierté d’avoir participé au concert Urban Peace, en septembre dernier au Stade de France. Pas seulement pour "pouvoir dire que j’y étais quand je serai une vieille rappeuse !", mais parce qu’elle tient à désenclaver sa musique, encore convalescente à ses yeux. Hip Hop Therapy, traitement de choc signé Laistee, ne devrait pas peiner à remettre le rap sur pied !

Hip Hop Therapy (Barclay/Universal)