FIORI PAR GOLDMAN

Le Patrick Fiori nouveau est arrivé. Le Phœbus de Notre-Dame De Paris revient avec un troisième opus intitulé sobrement... Patrick Fiori. Il s'est offert à cette occasion, le savoir-faire d'un Jean-Jacques Goldman récemment installé à Marseille, ce qui tombe plutôt bien pour écrire le premier extrait de l'album, Marseille. Une fois de plus, la seule présence de JJG devrait doper les ventes. Chronique d'un album, puis retour sur la place singulière de Goldman dans la chanson française actuelle.

'Phoebus' pris en charge par le 'patron'.

Le Patrick Fiori nouveau est arrivé. Le Phœbus de Notre-Dame De Paris revient avec un troisième opus intitulé sobrement... Patrick Fiori. Il s'est offert à cette occasion, le savoir-faire d'un Jean-Jacques Goldman récemment installé à Marseille, ce qui tombe plutôt bien pour écrire le premier extrait de l'album, Marseille. Une fois de plus, la seule présence de JJG devrait doper les ventes. Chronique d'un album, puis retour sur la place singulière de Goldman dans la chanson française actuelle.

En plein mistral, sur les hauteurs de la cité phocéenne, Patrick Fiori toise avec des airs de matamore le Vieux Port. Il ne manquerait plus que quelques mesures de son dernier single Marseille signé Jacques Veneruso et cela ferait un très joli petit clip. "Marseille, c’est la ville où je suis né. D’où tout est parti nous assène le Phoebus de Notre-Dame de Paris… J’avais envie de faire une chanson pour cette ville où j’ai grandi et que j’adore mais que j’ai aussi détestée, parce que, pour réussir, il fallait que je monte à Paris. Et dans la famille, on n'avait pas toujours les moyens de s’offrir un billet pour partir d’ici". Jouez violons, sonnez flûtes irlandaises, les larmes ne sont pas loin.

La veille de ces confidences, Patrick Fiori était l’invité d’un concert de Jean-Jacques Goldman à Marseille où ils chantèrent en duo le fameux hymne à cette ville. "C’est la première fois que je travaille avec Jean-Jacques Goldman, explique t-il. Et j’en suis très heureux car il a su me canaliser et m’observer pour m’apporter les chansons dont j’avais besoin. Il est très fort." Patrick Fiori, avoue ensuite ses doutes et ses craintes par rapport à ce troisième album solo : "Malgré le succès de Notre-Dame de Paris, si je n’avais pas de doutes, je serais mauvais garçon. En fait, j’ai toujours eu beaucoup de mal à faire écouter mes chansons et beaucoup de doutes pour savoir si c’est bien ou pas bien. Et c’est Jean-Jacques qui m’a fait comprendre, sans vraiment me le dire que ce que je faisais finalement ce n’était pas si mal."

Goldman, Pygmalion rock donc de notre Fiori national, qui lui signe entre autres mélodies, un air très nettement orienté rock, Ligne Numéro 13, assez surprenant pour celui qui interpréta si scrupuleusement la guimauve plamondienne : "Durant ma jeunesse, j’ai quand même été élevé à une certaine musique qui était beaucoup plus rock que pop-rock et je n’osais pas vraiment aller dans cette direction. Lorsque Jean-Jacques m’y a amené, j’ai compris qu’il ne fallait pas avoir peur de se lâcher. Ligne Numéro 13, c’est ce que j’ai toujours eu envie de faire". Et Fiori de faire un parallèle osé avec sa ville natale, elle aussi, selon lui, rock'n'roll : "C’est vrai que le public ici est assez exigeant. Les rapports humains sont plus directs. Les gens disent les choses plus franchement… Mais bon, à Paris, il y en a qui ne se gênent pas non plus pour dire les choses. Simplement, ici je me sens plus chez moi. C’est ici que j’ai fait ma première comédie musicale à l’age de treize ans avec Franck Fernandel. Cela s’appelait Les Santonniers de Provence. C’était une sorte de crèche vivante et musicale où je jouais le fils du rémouleur. Mais malheureusement la comédie n’a pas marché et on a arrêté très vite." Et Fiori de conclure au sujet de Marseille que malgré le public difficile de la Canebière il aime Marseille pour "sa Rock’n roll attitude".

Patrick Fiori (Epic / Sony)

Frédéric Garat


Au moment où Patrick Fiori sort son nouvel album, on peut se rendre compte qu'un phénomène depuis longtemps constaté ne fait que se confirmer : la goldmanisation de la chanson française. A chaque nouvel album publié par un chanteur français de variété, on est toujours amené à se demander si Jean-Jacques Goldman et son équipe ne sont pas passés par là, tant au niveau de l'écriture, que des arrangements ou que de la production. Depuis quelques années, cet homme est devenu incontournable dans le monde de la chanson française grand public, à tel point que certains trouvent cela pesant. Revue de détails.

On connaissait Goldman comme auteur-compositeur-interprète à succès depuis ce tube de 81, Il suffira d'un signe. Cinq ans plus tard, il écrivait pour un autre, l'intégralité d'un album. Johnny Hallyday et son Gang inauguraient une nouvelle ère, celle de l'hégémonie d'un homme sur tout un pan de la création française. Avec des singles comme L'Envie ou Laura, Goldman réussissait à aborder des thèmes chers à l'interprète, à saisir des éléments de sa personnalité et à en faire des chansons bien ficelées, efficaces que le public plébiscita. Quelques années plus tard, c'est au tour de Céline Dion de bénéficier du savoir-faire de Jean-Jacques Goldman. Alors que c'est Hallyday qui l'avait sollicité, cette fois-ci, c'est Goldman qui va à la rencontre de la diva québécoise, impressionné par sa technique vocale. A cette époque, elle n'a pas vraiment réussi à percer sur le marché français. Pendant plusieurs semaines, il étudie aux travers des interviews et biographies la personnalité de la chanteuse avant de lui proposer une série de morceaux. Ce sera D'eux, énorme carton discographique puisque vendu à plus de 8 millions d'exemplaires dans le monde.

Après ça, les choses ne furent plus jamais comme avant. Goldman est sollicité de toute part, proposant parfois de lui-même des collaborations avec divers interprètes, y compris sous différents pseudonymes : sous le nom de Sam Brewski, il écrit Il me dit que je suis belle en 93 pour Patricia Kaas ou Si tu veux m'essayer en 94 pour Florent Pagny. Sous le nom de O.Menor, il écrit trois titres pour Marc Lavoine en 93. Son souci de ne pas mélanger ses activités ou sa discrétion naturelle qui le pousserait à ne pas faire de l'ombre aux chanteurs, constitue une explication à l'existence de ces pseudos. Mais il faut bien reconnaître que sa réputation fondée de faiseur de tubes permet aussi d'amener le public à s'intéresser à des artistes d'importance relative. C'était effectivement le cas de Gérald De Palmas qui à l'aube de l'écriture d'un troisième album doute réellement de ses chances de connaître à nouveau le succès. Goldman à qui il est venu demander conseil, lui écrit J'en rêve encore qui pendant plusieurs mois en l'an 2000, occupe les premières places des charts français. L'interprète de Sur la route n'en revient toujours pas. Depuis 1980, Jean-Jacques Goldman a écrit en tout une centaine de titres pour environ 35 interprètes (source).

En dehors de son travail personnel, cette impression de l'omniprésence de Goldman dans la chanson française est renforcée par le fait qu'un certain nombre de personnes autour de lui travaillent aussi pour d'autres artistes français. Cette famille artistique est constituée par le guitariste gallois Michael Jones, son frère Robert Goldman dit aussi J.Kapler qui écrit entre autres pour Céline Dion, Pagny, Tina Arena, Yannick Noah, etc., le guitariste et compositeur Gildas Arzel, le producteur-arrangeur-auteur-compositeur et pianiste Erick Benzi, et l'auteur-compositeur Jacques Veneruso (Sous le vent avec Céline Dion et Garou), ces trois derniers ayant il y a quelques années rencontré le succès au sein du groupe Canada. De fait, quand ce n'est pas Goldman, ce sont ces (ses) hommes qui signent d'une façon ou d'une autre des chansons à succès.

On peut trouver que les interprètes français manquent singulièrement d'esprit d'aventure. Il est certes établi que faire appel à Goldman et consort assure quasiment d'un succès certain. Malheureusement, il existe un revers à cette médaille : dans ces conditions, il semble en effet difficile de proposer au public une diversité de ton dont aurait bien besoin la variété française.

Mais la zone d'influence ne s'exerce pas uniquement dans ce domaine. En effet, Jean-Jacques Goldman s'est engagé dès 1986 aux côtés de l'humoriste Coluche pour faire vivre l'association Les Restos du cœur. Il signe cette année-là ce qui reste aujourd'hui encore l'hymne des Restos. En 89, il participe à la première tournée des Enfoirés entouré de Véronique Sanson, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Michel Sardou. Depuis, c'est lui qui pilote les concerts des Enfoirés, réunissant autour de lui et pour la bonne cause, une kyrielle de chanteurs français. Dans ces circonstances, Pascal Obispo lui-même auteur-compositeur à succès, reconnaît volontiers le rôle de "patron" à Jean-Jacques Goldman. Malheureusement, un certain nombre d'interprètes jamais appelés à se joindre à cette bande et se sentant exclus, ont déjà émis des réserves, voire des critiques à ce fonctionnement hégémonique.

En somme, cet homme qui malgré sa discrétion naturelle et ses mauvaises relations avec les médias, fait l'objet de toutes les attentions. Celle du public reste sans doute la plus appréciée car la plus fidèle. Elle est aussi la moins critique. Contrairement à d'autres.

Valérie Passelègue