Electro aux Trans

Ce samedi 7 décembre se tenait la dernière soirée de la 24ème édition des Transmusicales à Rennes. Toutes les salles affichaient presque complet pour une programmation on ne peut plus éclectique qui a permis de comptabiliser environ 23.000 entrées en trois jours. Mais qu'en est-il de la tendance générale dans ce festival qui se veut le baromètre des nouvelles scènes ? DJ Morpheus et 2 many dj's nous apportent quelques éléments de réponses.

Le recyclage comme nouvelle tendance

Ce samedi 7 décembre se tenait la dernière soirée de la 24ème édition des Transmusicales à Rennes. Toutes les salles affichaient presque complet pour une programmation on ne peut plus éclectique qui a permis de comptabiliser environ 23.000 entrées en trois jours. Mais qu'en est-il de la tendance générale dans ce festival qui se veut le baromètre des nouvelles scènes ? DJ Morpheus et 2 many dj's nous apportent quelques éléments de réponses.

Si vous avez délaissé votre guitare pour des platines, des boîtes à rythmes et un sampler vous êtes totalement has been. Ces 24èmes Transmusicales de Rennes nous l’ont prouvé: pour être branché et attirer l’attention des journalistes, regardez en arrière ! On a eu droit cette année à un revival 80’s dans les musiques électroniques, ce qui n’était pas à la base une bonne nouvelle, préparez-vous à pire : au retour du punk.

Vous avez bien lu: ressortez vos épingles à nourrice, rasez-vous la tête façon iroquois et ressortez vos vieux pantalons déchirés. Il faut se rendre à l’évidence, les rockers sont en train de prendre leur revanche sur les producteurs de musiques électroniques et les DJs. Le problème de ces artistes, trop jeunes pour avoir connu l’époque punk, c’est qu’ils nous resservent les mêmes vieux plans musicaux éculés, l’attitude et l’engagement politique en moins.

Cette tendance est mondiale, de l’Angleterre avec Audio Bullys, en passant par la Belgique avec Millionaire, et bien sur les Etats-Unis avec Radio 4 ou le retour des Stooges, sans Iggy Pop (cela va sans dire), c’est le monde entier qui redécouvre les joies des solos de guitares pompeux.

L’explosion des musiques électroniques avec ses nouveaux codes (anonymat, explosion du format pop, prépondérance de la musique sur l’attitude) n’aurait donc servi à rien? DJ Morpheus n’est pas un gamin: au début des années 80 avec son groupe Minimal Compact, il mélange rock, new wave électronique et ambiance orientale. Après la séparation du groupe, Samy Birnbach se lance sans le deejaying et crée les compilations Freezone au concept audacieux : offrir une vitrine aux nouveaux talents de l’électronique. De Carl Craig au Basement Jaxx en passant par Dimitri From Paris, les huit volumes des Freezone sont devenus des classiques de l’électronique.

Depuis 1994, Jean-Louis Brossard invite DJ Morpheus à mixer ses coups de cœur de l’année, l’occasion pour nous de lui demander son avis sur le retour des punks: "Il y a beaucoup de jeunes groupes qui n’ont jamais connu cette période et qui l’idéalisent. Personnellement, je ne trouve aucune fraîcheur à ce mouvement. Il y a trop de recyclage. C’est la même chose avec le retour des années 80 dans l’électronique. J’écoutais à l’époque Human League et Cabaret Voltaire. Si je veux écouter ce genre de sons, autant me replonger dans les originaux plutôt que les copies. Seuls LCD Soundsystem de New york , Peter Kruder de Vienne et Ivan Smaegghe de Paris avec son projet Blackstrobe apportent de la fraîcheur. Le problème, c’est que les jeunes ne connaissent pas leurs classiques, donc ils pensent que c’est nouveau. Cela dit, le retour des guitar heroes ne va pas durer. C’est une phase. J’entends beaucoup de journalistes dire que la dance music est morte, pourtant j’achète au moins dix bons maxis par semaine. Il faut chercher, c’est un vrai travail, mais il y a toujours des choses extraordinaires à se mettre sous la dent".

Même son de cloche chez les 2 many dj’s: ce duo belge composé des frères Dewaele s’est imposé cette année avec As heard on radio soulwax pt.2. En 72 minutes, les deux producteurs téléscopent le Velvet Underground avec Destiny’s Child, les Stooges avec Salt N’Pepa ou encore Royksopp avec Dolly Parton. Une leçon de culture musicale et surtout une énorme claque aux DJs cantonnés dans un seul genre. Les vrais punks, ce sont eux. Ils ont retourné le public des Trans samedi soiren mixant Nirvana avec des rythmes techno, ou Vanessa Paradis avec de l’électro allemande.

Rencontre avec les protagonistes quelques heures avant le set. "On est un peu gêné par ce qui se passe autour de notre CD mixé. Au départ, on a produit ce disque comme une cassette qu’on amènerait en vacances. PIAS, notre maison de disques, nous a un peu survendu. Nous ne sommes que des DJs. Les vrais stars, ce sont les musiciens qui ont fait les disques pas les DJs qui les passent. On est juste là pour faire danser les gens." Voilà peut-être un début d’explication à cette mise au pilori des DJs actuellement: si les acteurs de la scène électronique avaient tenu ce genre de discours plus souvent, il n’y aurait certainement pas ce retour de bâton chez les professionnels.

"En ce moment, poursuit un des deux 2 many dj's, je trouve que musicalement nous avons beaucoup de chance. Tu peux tout faire, il n’y a plus de règles dans l’industrie musicale. Si on a vendu autant de disques, c’est grâce au public et seulement grâce à lui. Les majors companies ne sont plus en phase avec les publics. Elles ne savent pas ce qu’ils désirent. Les jeunes aujourd’hui aiment le hip hop et le rock. Mais à force de tout marketer, de ranger la musique dans telle ou telle catégorie, elles passent à côté des vrais désirs du public. Nous en tant que DJs nous le savons. Tout ce que nous avons fait avec ce projet, c’est d’élargir le goût du public. Il faut reconnaître que dans la musique électronique, il y a beaucoup de choses qui se ressemblent. C’est normal puisque tout le monde travaille avec les mêmes machines. Mais je te rassure il y a autant de mauvais groupes punk que de mauvais DJs."

Le retour des punks ne serait donc qu’une étape parmi tant d’autres de l’évolution permanente des musiques. Cela dit, l’acharnement de certains journalistes et programmateurs à défendre cette "nouvelle" scène rock est inquiétante. Ce sont les mêmes qui n’ont pas vu venir les mouvements hip hop et techno et qui aujourd’hui, cautionnent cette scène punk sans imagination. Quid des expérimentations électro-rap de Boom Bip, des fusions audacieuses de groupe comme Terranova, et surtout du futur incarné par Abstrackt Keal Agram, jeune duo français présent dans la programmation Les bars en trans. Qui défendra ces pionniers, si tout le monde regarde dans le rétroviseur?

L'émission Eklektik de Willy Richert sur RFI sera consacrée aux Transmusicales de Rennes. Jeudi 12 décembre 2002 à 14H10 en TU