JACQUES HAUROGNÉ, HOMME CHANSON

Depuis presque vingt ans, Jacques Haurogné promène son exceptionnelle voix de haute-contre à travers d'éclectiques expériences musicales, de la comédie musicale à la chanson pour enfants. Mais pour lui, tout n'est que chanson, sans hiérarchie. Il nous raconte son parcours, trop méconnu, et pourtant ponctué de grandes rencontres.

Retour sur une carrière discrète mais active.

Depuis presque vingt ans, Jacques Haurogné promène son exceptionnelle voix de haute-contre à travers d'éclectiques expériences musicales, de la comédie musicale à la chanson pour enfants. Mais pour lui, tout n'est que chanson, sans hiérarchie. Il nous raconte son parcours, trop méconnu, et pourtant ponctué de grandes rencontres.

 

Il y a quelques jours, Jacques Haurogné faisait la première partie de son amie Nicole Croisille au Casino de Paris. Puis il a filé à Marseille pour reprendre la comédie musicale Concha Bonita d'Alfredo Arias aux côtés de Catherine Ringer avant de retrouver pour quelques dates son spectacle pour enfants, Capitaine Jako, à partir des Fabulettes d'Anne Sylvestre. Sans oublier quelques représentations de Haurogné à 4 voix… Cet artiste – il peint aussi - né en Bretagne il y a 41 ans, chante partout, tout le temps, sans répit, avec un enthousiasme chaque soir renouvelé. Tout avait pourtant démarré du côté coulisses…

Comment êtes-vous passé des coulisses à la scène ?
Quand je suis arrivé à Paris, j'ai été au conservatoire de la rue Blanche suivre les cours d'administration et parallèlement, je me suis débrouillé pour faire du cabaret. Mais au départ, j'ai une formation d'électricien, d'électronicien ensuite et d'administrateur et régisseur de théâtre. Je me suis retrouvé régisseur de plateau de Julos Beaucarne à Bobino. Puis Julos m'a emmené en tournée. Et j'ai fini par abandonner la régie parce que je passais plus de temps à chanter.

Votre parcours est ponctué de belles rencontres, telles des bonnes fées ?
Oui, et beaucoup de femmes : Maurane, Zouk, Diane Dufresne, Véronique Sanson, Nicole Croisille sont des gens qui font partie de ma famille. J'ai aussi rencontré Barbara Hendricks. Mais il y a également Michel Jonasz à l'époque de Mister Swing (Jonasz produit son premier album Amour potentiel en 1989, ndlr) et le producteur Jean-Claude Camus qui a été une très belle rencontre (le producteur de Johnny Hallyday produit son second album l'Album bleu, en 1993, ndlr).

Vous avez inauguré le Studio des Variétés, une des premières écoles de spectacle ?
C'était un grand moment. On considérait à l'époque que, comme les danseurs ou les comédiens, il fallait des écoles pour les chanteurs pour savoir ce que c'était qu'une note, qu'une voix, la scène, comment gérer son corps ou organiser un concert. Heureusement que ce Studio est né parce c'est là où j'ai su vraiment que c'était mon métier et ma famille. J'ai fait partie de la première mouture avec des artistes extraordinaires comme Jérôme Pijon, Sara Mandiano, Bruno Maman.

 

C'est là que vous vous êtes découvert vocalement ?
Oui, pendant un concert à Blois où je chantais un air classique, un peu en faisant l'idiot, avec une voix de baryton. Et tout à coup, j'ai chanté en haute-contre et ça a été une révélation, comme ça, sur scène, en direct !

C'est donc petit à petit que vous avez appris à vous connaître ?
Ce qui était certain, c'est que mon expression, c'était le chant, depuis toujours. Après, savoir comment le dire, c'est le plus difficile. C'est un chemin aussi chaotique que savoir qui on est. Moi, je ne suis pas un auteur particulièrement passionnant, par exemple. J'écris des choses mais il y en a beaucoup que je ne chante pas. Je suis un peu musicien. Je suis surtout un interprète, comme un comédien, disponible.

Le Studio des Variétés était alors l'ancêtre de Star Academy ?
Si à l'époque, on avait eu une chaîne de télé derrière nous, il y aurait peut-être eu plus d'artistes sur le haut de l'affiche parce que je peux vous assurer qu'il y avait des gens extraordinaires dans la promotion. C'est le mythe de Fame. Ce qui est pitoyable, c'est qu'on donne l'impression qu'en deux mois, on peut devenir une star. Alors que je me rends compte, après 20 ans de métier, qu'il faut vraiment en avoir envie pour tenir et durer.

Parmi vos expériences, il y a la chanson pour enfants, le travail sur les Fabulettes d'Anne Sylvestre ?
J'étais allé voir un concert avec Anne Sylvestre dans lequel un orchestre de chambre reprenait les Fabulettes. En sortant, je me suis dit que les enfants devaient avoir accès à ça. C'était d'une telle qualité que ça ne pouvait pas se perdre. Le lendemain, elle m'appelle et me dit : "Si tu les chantes, je te produis !". J'ai donc écouté les 382 Fabulettes. Les textes sont d'un tel niveau littéraire et imaginaire que les parents y prennent autant de plaisir. Les générations se repassent les chansons. C'est émouvant. Mais je ne vois pas différemment ce spectacle de ce que je fais sur Concha Bonita. Il faut parfois être bien plus attentif et exigeant avec les enfants…

 

Justement, Concha Bonita est votre deuxième expérience de théâtre musical avec Alfredo Arias ?
En 1991, quand j'ai vu Mortadella, je me suis dit que je voulais faire exactement ça. J'avais invité Arias à un spectacle et il m'a proposé d'être meneur de revue aux Folies Bergères ! Ça a été 354 représentations merveilleuses ! Ce qu'il propose est tellement musical, sa folie, son univers argentin, c'est tellement ce que j'aime, je suis en adéquation complète avec ce qu'il fait.

C'est votre seul contact avec le spectacle musical ?
On m'a proposé de travailler sur Cindy mais ce n'est pas mon monde. Et j'ai eu des rencontres ratées avec Luc Plamondon. Quand il a remonté Starmania dans sa version avec Maurane en 1988, il m'avait proposé un rôle qui ne chantait pas !

Enfin, vous avez aussi monté Haurogné à 4 voix, un spectacle à cappella avec l'équipe de Haïm Isaacs ?
J'avais l'impression qu'il y a plusieurs voix en moi. Quand j'ai écouté le travail de Haïm Isaacs avec son groupe, il y avait pour moi tous les ingrédients : des racines très fortes, quelque chose de très aérien par Jean-Marc Collet, un ancien danseur, et la voix de Cathy Gringelli. Tout ça m'a beaucoup ému. Je leur ai demandé de travailler sur mon univers musical. Ça n'a pas été facile au départ mais je suis très content du résultat. J'ai l'impression que ça m'a fait gagner quelques années de psychothérapie…

Vous avez beaucoup chanté hors de France. Quels en sont vos principaux souvenirs ?
Dans les pays asiatiques, l'accueil est assez fascinant. On ne sait pas pourquoi ils vous aiment si intensément. C'est très troublant, assez envahissant. On en revient sonné. En revanche, au Maroc avec les Fabulettes, c'était beaucoup plus dur. On s'adressait à des enfants qui n'avaient pas de culture du spectacle. C'était déstabilisant. Dans des pays comme la Russie ou le Japon, c'est plus traditionnel, on vient d'abord parce que vous êtes français.

A vos débuts, on vous a prédit le succès mais ce n'est jamais vraiment arrivé. Est-ce un manque ?
Oui. On me dit souvent : "Je ne comprends pas pourquoi tu n'es pas plus connu". Je n'ai jamais eu de succès discographique, tout vient de là. Mais le manque vient aussi de certains ratés dans mon entourage. Il y a eu beaucoup de promo par exemple autour de mon travail avec Jonasz mais l'équipe Jonasz n'a pas été toujours formidable. Et puis la roue tourne. J'ai fait beaucoup de télé à l'époque de Rocker symphonique vers 1988. Tous les théâtres vous veulent pendant un temps puis d'autres artistes arrivent. Ce qui m'a manqué, c'est aussi quelqu'un qui me coache un peu plus. Mais j'ai toujours vécu de mon métier donc je suis un chanteur heureux.

Propos recueillis par Catherine Pouplain

Toute l'actualité de Jacques Haurogné :

dans Concha Bonita
du 10 au 12 avril à Amiens
du 4 au 7 décembre à Rome (Italie)

Dans Capitaine Jako (d'après les Fabulettes d'Anne Sylvestre)
le 27 avril, Meudon
4 et 5 mai, Nanterre
28 mai, Festival Montauban
18 juillet, Festival de SPA
7 octobre, Le Creusot
17 octobre, St Francisco (USA)
20 et 21 octobre, Courbevoie
du 12 au 30 novembre, Théâtre de Chaillot à Paris

Dans Haurogné 4 voix 
LE 16 Mai à Rambouillet.
Du 1er juillet au 9 août à La Vie parisienne, nouvelle salle de Paris.

Il participera à l'hommage à Francis Lemarque le 1er juillet au théâtre Sylvia Monfort à Paris.

Albums :
Jacq