Génération Ndombolo

La saga continue de plus belle... De Dakar à Jo’burg, en passant par Tana, le swing chaud de Kin-la-belle enflamme les pistes de danse. La presse world a beau ignorer ce rythme, son public est de plus en plus large. A Paris, où Koffi Olomidé se produit ce 12 avril au Zénith, les nouveautés se bousculent dans les bacs. Etats des lieux avant la mutation prochaine !

L’exception de la pop africaine

La saga continue de plus belle... De Dakar à Jo’burg, en passant par Tana, le swing chaud de Kin-la-belle enflamme les pistes de danse. La presse world a beau ignorer ce rythme, son public est de plus en plus large. A Paris, où Koffi Olomidé se produit ce 12 avril au Zénith, les nouveautés se bousculent dans les bacs. Etats des lieux avant la mutation prochaine !

En attendant le retour annoncé pour bientôt de JB Mpiana, Zaïko Langa Langa vient de sortir Euréka chez JPS! Werra Son a signé A la queue leu-leu sous la même enseigne au même moment. King Ester Emeneya s’est payé un Nouvel ordre chez Lusafrica! Et Koffi Olomide, auréolé de son succès aux derniers Koras Music Awards, publie Affaire d’Etat chez Next Music. Les meilleurs sont ainsi à nouveau dans la place. Ils ne sont bien évidemment pas les seuls. La planète rumba est sans cesse en ébullition. Chaque semaine voit débarquer un nouvel opus, sinon deux, voire trois. Des illustres inconnus, de vieux requins ressuscités, des sommités en perte d’audience se bousculent dans les bacs. Unique moyen de distinguer le bon grain de l’ivraie: la piste de danse. «Bon pied ne saurait mentir» affirme un proverbe. Si les danseurs peinent à suivre, c’est que le disque est condamné au pilon. Exit les mauvais! Même s’il est vrai qu’il est difficile d’émettre des chiffres fiables sur la courbe des ventes de ce marché, où une bonne partie des disques continue à s’écouler sous le manteau, d’une manière complètement informelle.

En France, où se produisent souvent les meilleurs sons de rumba congolaise, comme ailleurs, nul ne saura vous dire combien rapporte un album au top. Trop aléatoire! Un titre peut être à l’écoute plus de trois semaines dans les boîtes de nuit, les fêtes communautaires, les taxis et les radios spécialisés. Ce n’est pas pour autant qu’il se vendra mieux que d’autres. Le piratage y joue pleinement. D’où l’intérêt d’envahir les pistes pour jauger de l’importance prise par tel ou tel artiste au sein d’un public de plus en plus large. «Il faut voir à quoi ressemblent ceux qui m’achètent les disques de rumba actuellement, explique Patrice, chef de rayon dans un grand magasin de la région parisienne. Ils ne sont pas forcément, noirs, congolais ou africains. Ils sont aussi blancs ou arabes. Quand j’entends les gens dire que c’est une musique de nègres, j’ai l’impression qu’ils ne connaissent pas bien l’histoire de la rumba. Savent-ils que c’est une musique déjà blanchie à Cuba, après être partie d’Afrique, revenu ensuite sur le fleuve Congo, produit au départ par des blancs? Savent-ils le succès remporté par le Zaïko et Wemba au Japon?»

Le ndombolo à la conquête de la France ?

Voir cette musique dépasser les milieux communautaires afro de Paris, d’où s’écrivent les légendes des stars congolaises depuis des lustres est un vrai plaisir pour la plupart de ses fans. Un peu comme à l’époque du zouk de Kassav, où la diaspora antillaise a entraîné le reste de la France, un peu comme avec l’Orchestre National de Barbès, qui s’est appuyé sur la communauté maghrébine, la rumba est en train de séduire la génération post black-blanc-beur, au nom d’un discours de plus en plus prégnant sur la diversité. Il fut un temps où le son congolais n’entraînait que l’Afrique francophone dans sa danse. Puis le champs s'est élargi aux pays lusophones et anglophones, grâce en partie au rôle d’échangeur musical que Paris a joué dans une bonne partie de cette histoire musicale. Grâce surtout aux communautés africaines installées en Europe qui ont su répondre «oui» à cette musique, bien qu’elle n’incarne pas une dynamique qui leur est proche à 100%.

«Ce qui est important, c’est de bien prendre en considération qu’aujourd’hui ces communautés sont de plus en plus intégrées en France, que ce n’est pas parce qu’on appartient à la communauté du Maghreb qu’on n’écoutera que de la musique maghrébine et qu’on n’ira pas à la rencontre d’autres types de musiques. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de chevauchement entre les communautés. La perméabilité des communautés fait que lorsqu’on parle de musiques congolaises à un sénégalais il sait de quoi on parle et inversement lorsqu’on parle de musique mandingue à quelqu’un d’Afrique centrale. Il y a une vraie circulation» analyse Philippe Gouttes, responsable de Zone Franche, le réseau international des professionnels des musiques du monde. Après, il a juste fallu tendre la main au public extra-communautaire, en profitant notamment de quelques préjugés bien implantés [l’Afrique égale soleil et rythme], et le tour fut joué. Koffi Olomidé et ses amis se sont mis à attaquer les temples de musique en France. Olympia, Zénith, Bercy… L’ascension continue! Même la presse, toujours rétive à suivre cette vague de près, s’interroge. Nul doute que la tendance va prendre avec une force inattendue dans le paysage. Ndombolo swing! Ndombolo toute! Le grand “Mopao”, king auto-proclamé du genre, Koffi Olomidé en personne s’apprête même à entamer une tournée en mai chez les Américains. C’est vous dire!

Un manque certain de créativité

La fièvre, née au bord du Congo de la rencontre entre les sons de La Havane et ceux du Kasaï, après avoir secoué l’Afrique entière, s’impose à Paris, ville-chérie de tous les ambianceurs afro de langue francophone. Plus besoin de raser les murs: la France prête l’oreille. Reste à savoir si la musique, elle, elle suit. Nombre d’artistes africains world jalousent ce succès et s’empressent d’y trouver de la pauvreté au niveau des arrangements. C’est que tout le monde n’est pas le Grand Kallé, qui a modernisé cette musique d’une manière audacieuse et efficace. Les variantes les plus récentes du genre sont tellement obsédées par l’objet «danse», que certains en oublient d’affiner les compos. Les mélodies sont souvent les mêmes, la partie chaude des morceaux dite sebene est souvent calquée sur le voisin, même les refrains les plus en vogue sont repris par les uns et les autres. Les guitares, éléments essentiels de la charpente musicale des faiseurs de ndombolo, ne sont pas toujours assez mises en valeur. La batterie qui donne le tempo en pâtit souvent. Depuis l’apparition de Monsieur Clavier, alias le synthétiseur, et des boîtes à rythme, beaucoup d’artistes se laissent aller à la facilité. Ce qui fragilise un peu la donne.

La danse des chege de Kinshasa

Depuis plus de cinq ans, les amateurs s’égaient au son du ndombolo. Un nom de danse revendiqué par des gamins de rue, les fameux chegue de Kin-la-belle, qui calque le pas sur celui d’un boiteux. A l’origine, il paraît que c’était pour caricaturer la démarche «pénible et balourde» selon Pierre Sow du tombeur de Mobutu, Kabila Senior. Vrai ou faux? Toujours est-il que le genre a pris, à l’image d’autres danses en vogue dans le passé, tels que le kono du Docteur Nico, le kotcho kotcho de Zaïko, le kavacha de Lipwa Lipwa ou le soum soum de Tabu Ley. Imaginaire coloré, mais aujourd’hui en panne. Car Koffi, qui s’est vite proclamé «roi du ndombolo», prétend avoir une avance sur tous ses pairs n’a rien inventé depuis. Habituellement, les mutations ont lieu dans des délais plus court. Mais si le ndombolo continue de frapper, disent quelques fans, c’est parce que c’est le meilleur du genre. Pour les plus observateurs des mélomanes, c’est plutôt parce que la rumba dansante a du mal à se renouveler ces derniers temps.

Musicalement, elle n’a pas énormément changé depuis dix ans. Elle est toujours construite de la même façon, début généralement lent, partie «chauffée» ensuite, alternance entre les instrumentistes et les ambianceurs, rifs de guitares du soliste et déhanchements des danseurs: aucune surprise pour ainsi dire. Les chants, qui ne sont pas saisis par la plus grande majorité du public tournent autour des mêmes sujets: je nomme toujours les plus grands, l’amour est notre force à tous, la victoire est parmi nous… Des thèmes relevant d’un optimiste effarant, lorsqu’on connaît la situation dans laquelle s’enfonce le Congo. Mais peut-être que c’est ce qui séduit finalement le public. La répétition et l’absence de messages engageants. La danse est un exutoire et non un lieu à palabres. Le ndombolo ne fait que concrétiser cette volonté. Restent le swing et les voix, chaudes et entraînantes. Posez la question à un fan de Dakar à Jo’burg et vous saurez pourquoi Koffi continue à être le meilleur, voire à dépasser Johnny Hallyday en terme de public, même si c'est sans les ventes qui vont avec. Quoi que cela reste à prouver…

Albums : Koffi Olomidé, Affaire d’Etat (Next Music). Zaïko Langa Langa, Eureka! (JPS). Werra Son, A la queue leu-leu (JPS). King Esther Emeneya, Nouvel Ordre (Lusafrica)

Koffi Olomidé sera au Zénith de Paris le 12 avril, puis en tournée américaine du 23 mai au 7 juin et canadienne du 14 au 30 juin.

Zaïko Langa Langa sera en concert le 19 avril au Cabaret Sauvage à Paris.