Pétulante Petula Clark

Petula Clark, star en France, aux Etats-Unis et évidemment en Grande-Bretagne, son pays d’origine, revient sous les sunlights en publiant une double compilation qui retrace sa longue carrière en français et en anglais. Rencontre avec l’interprète des inoubliables Downtown ou La Gadoue.

Deux langues et plusieurs carrières.

Petula Clark, star en France, aux Etats-Unis et évidemment en Grande-Bretagne, son pays d’origine, revient sous les sunlights en publiant une double compilation qui retrace sa longue carrière en français et en anglais. Rencontre avec l’interprète des inoubliables Downtown ou La Gadoue.

En France, on se souvient de ses tubes de la fin des années 50 et du début des années 60. Elle chantait Histoire d’un amour, Ya Ya Twist, Coeur blessé, La Gadoue, chansons d’une petite Anglaise blonde au ravissant accent. Puis, elle est retournée à sa langue d’origine, celle qui l’avait vu chanter pour les soldats anglais pendant la Seconde Guerre mondiale, à l’âge de six ans, puis devenir l’équivalent britannique de Shirley Temple.

Ces jours-ci sort Kaléidoscope, double compilation qui résume sa carrière: "Je n’écoute jamais mes anciens disques mais, là, j’ai participé au choix et j’ai tout écouté, dit-elle. Si l’on veut présenter toute l’histoire, c’est une intéressante compilation." En français, en anglais, dans ses carrières des deux côtés de l’Atlantique, dans les variétés, les comédies musicales de Broadway et ses chansons de films, mais aussi quelques nouvelles chansons, qui rappellent que sa carrière ne s’est pas arrêtée à son départ de France – bien au contraire. Rencontre avec une chanteuse choyée par le succès et passionnée de travail.

RFI Musique : La vie d’enfant-star, pendant la guerre et dans les années 40, n’était-elle pas trop dure ?
Petula Clark :
J’aimais beaucoup ce que je faisais: j’étais actrice de cinéma, je tournais avec des gens formidables, je chantais et j’adorais ça. Bien sûr, c’était une vie assez disciplinée, d’une manière difficile à imaginer aujourd’hui. Mon père était mon manager, les studios étaient très stricts avec moi, mais la vie était différente, à l’époque. C’était la guerre, la vie était difficile pour tout le monde – on ne peut pas comparer. A l’âge de dix-sept ans, j’ai commencé à ne vraiment pas aimer ce qu’on me donnait à faire et j’ai commencé à dire non.
J’étais jeune pour mon âge. Bien sûr, j’étais sophistiquée, je travaillais, j’avais des responsabilités, mais en même temps j’étais très naïve sur les choses de la vie parce que je n’avais pas de vie privée. J’ai vécu un moment assez difficile, mais je ne voulais en parler à personne. A l’époque, les adolescents mettaient ça sous le tapis jusqu’à ce qu’ils soient adultes. Ils n’étaient plus des enfants, ils n’étaient pas non plus des personnes. D’ailleurs, Shirley Temple qui était une énorme star partout dans le monde, la plus parfaite enfant-star, a été mise de côté à l’adolescence. Quant à moi, qui n’ai pas arrêté de travailler, je suis beaucoup plus heureuse aujourd’hui. Je contrôle mieux ma vie.

Comment avez-vous repris le contrôle ?
Ça prend très longtemps. J’ai fait beaucoup d’erreurs, mais mes propres erreurs.

Elles vous ont conduite à la confiance en vous ?
Je ne sais pas quand j’ai vraiment commencé à avoir confiance en moi. Je crois que c’est en travaillant aux Etats-Unis. C’est beaucoup plus ouvert là-bas. Je ne me considérais pas comme auteur-compositeur. Ça, c’était le métier des autres, pas le mien. Moi, je chantais. Mais, de temps en temps, Tony Hatch, avec qui je travaillais, me disais: "Je n’ai plus d’idées, propose-moi quelque chose." Alors j’écrivais un texte, sans me prendre très au sérieux comme auteur. En plus, pour des raisons d’édition, j’écrivais sous le nom d’Al Grant. Et puis, peu à peu, j’ai écrit de plus en plus, et des choses de plus en plus personnelles. J’ai écrit un poème sur le théâtre, que je dis sur scène et qui dure cinq minutes, sans musique, et que j’ai récemment demandé à Pierre Delanoë de traduire en français. J’ai écrit aussi, l’an dernier, la chanson I’m Not Afraid, dans lequel je dis que je n’ai plus peur de montrer qui je suis.

Vous en aviez peur ?
Oui. Il y a eu tellement d’images différentes de moi. En Angleterre, il y avait la petite fille, qui est presque complètement oubliée maintenant, mais qui resurgit parfois. En France, la petite blonde avec son accent… En Amérique, c’est Downtown… Je me cachais dans les chansons. Mais ce n’est pas nouveau, tout le monde fait ça dans ce métier.

Donc, depuis l’âge de six ans, vous n’avez jamais arrêté de travailler…
J’ai arrêté deux ans dans les années 70 tant ma vie devenait chaotique. Nous habitions à Genève et nous avions deux filles et un petit garçon. Je voulais prendre plus de temps pour leur éducation et c’était tellement triste de devoir les quitter pour aller travailler aux Etats-Unis, où j’étais très demandée. Alors, je partais toujours au dernier moment et revenais dès que possible à Genève. Quand je faisais un show à la télé américaine, un hélicoptère m’attendait sur le parking du studio pour m’emmener à l’aéroport pour que j’attrape l’avion. Je ne respirais jamais, je n’avais pas le temps de goûter aux fruits de mon travail aux Etats-Unis. L’émotion de partir, l’émotion de rentrer, c’était trop…

Pourquoi avez-vous mis fin à votre carrière en français ? Parce que vous aviez trop de travail aux Etats-Unis ?
Oui, ils me demandaient vraiment d’être très présente. C’était tellement prenant que je ne pouvais plus travailler que là-bas.

En réécoutant vos chansons en français, comme Bleu blanc rouge ou Que fais-tu là Petula, on remarque vite qu’elles ne sont pas vraiment chantées au premier degré.
Ça, c’est sûr. Ces chansons sont évidemment écrites pour moi, et je les chante de façon très personnelle. Etait-ce un peu ironique? Vous avez sans doute raison, mais ce n’est pas quelque chose que j’ai fait délibérément.

Vous n’étiez pas dupe de votre personnage de petite Anglaise naïve ?
Non, jamais.

Jusqu’à quel point étiez-vous la «pétulante Petula» aux grands yeux ébahis ?
Bien sûr, il y avait un peu de ça. Ma vie en France était très différente de ma vie en Angleterre. Au début, je ne parlais pas tellement le français. Quand j’écoute Prends mon coeur, je me souviens combien c’était très, très dur pour moi de chanter en français - j’ai appris les paroles phonétiquement. Quand je chante en anglais, je n’ai pas d’accent, mais en français, c’est une barrière et en même temps quelque chose qui faisait partie de ma personnalité en France. Ces chansons étaient écrites en fonction de ce qui semblait être ma personnalité, de mon accent et, surtout, n’oubliez pas que c’était commercial: c’est ce que les gens voulaient entendre, ce qu’ils achetaient. Ils savaient que Petula n’était pas Françoise Hardy ou Sylvie Vartan…

Petula Clark Kaléïdoscope (Sanctuary-BMG) 2003