La Marque A.S Dragon

Raides, distants, la mine blafarde et le costume sombre, les A.S Dragon prennent la pose. Musique et attitude. Depuis leur formation hasardeuse et les trois années écoulées, le géant s’est fait des pieds de fer avec l’intégration de la sulfureuse chanteuse Natasha. La sortie de leur premier album, la fessée explosive Spanked, risque de laisser quelques marques.

Cinq gars, une fille, un premier album.

Raides, distants, la mine blafarde et le costume sombre, les A.S Dragon prennent la pose. Musique et attitude. Depuis leur formation hasardeuse et les trois années écoulées, le géant s’est fait des pieds de fer avec l’intégration de la sulfureuse chanteuse Natasha. La sortie de leur premier album, la fessée explosive Spanked, risque de laisser quelques marques.

Bien avant de graver sur disque tout le bien que l’on pense d’eux, la formation A.S Dragon s’est forgée une réputation à coups de prestations scéniques enlevées. Toujours plus dense, électrique et déglinguée, leur formule rock-pop psyché-électro s’est largement bonifiée du temps où ils assuraient le backing band de l’unique tournée de l'écrivain Michel Houellebecq et les poèmes désespérés de son disque Présence Humaine. Dans ses livres comme en interview, impossible d’envisager en fond sonore une orchestration formatée, doucerette et linéaire. Ces mercenaires affranchis aux sonorités pop-électro-psyché, profitent de l’occasion pour se mettre en jambes. Les derniers boulons sont posés lors de l’ultime date de la tournée, quand lâchés par Houellebecq, la formation décide quand même d’assurer le spectacle. Ce concert est à marquer d’une pierre blanche : "Le meilleur de la tournée", selon Michaël Garçon, préposé aux synthés cosmiques. Pour cet échappé de l’équipée électro Kojak qui il y a quelques années, a rejoint l’équipe Tricatel, "il [nous] a fait prendre conscience de la valeur de [notre] collectif, au-delà de[notre] statut d’accompagnateurs".

Un avis partagé par Bertrand Burgalat lorsqu’il les découvre avec l’écrivain sur scène à Rennes. Emballé par le groupe encore sans nom, le boss du label Tricatel, justement, leur propose illico de poursuivre dans son écurie, enregistrer et sortir un disque. Comme entrée en matière, on a vu pire. S’ensuit une tournée avec le sieur Burgalat en solo sous le nom déposé A.S Dragon, rien à voir avec le club de foot polynésien (si, si, allez vérifier!). On retrouve encore Peter Van Poehl à la guitare et Fred Jimenez à la basse, tous deux remplacés par la suite. Cela donnera un peu plus tard un disque intitulé Bertrand Burgalat meets A.S Dragon.

Avec quelques références en matière d’intégrité et des concerts furieux, est-il encore justifié que des pisse-vinaigre viennent soupçonner, en ces temps de revival rock, un opportunisme habilement placé? "Il n’y a rien de prémédité dans le fait que l’on soit peut-être là pile au bon moment", rétorque Hervé Bouetard, préposé marteleur de fûts. "Le groupe Montecarl dans lequel je jouais avec Stéphane (Salvi, guitariste actuel d’A.S Dragon, ndlr) a fait du garage cinq-six ans avant que ça ne revienne. En même temps je comprends, car la presse s’est emballée pendant une période durant laquelle nous ne jouions pas, et ça nous a emmerdés de ne pas pouvoir justifier ces articles sur disque."

Quoiqu’il en soit, la biographie importe peu pour ceux qui se considèrent au complet, dans cette formation à cinq: "Le passé n’est vraiment pas le plus important, explique Hervé,car le début de l’histoire correspond véritablement à l’arrivée de Natasha. C’est vrai qu’une partie du groupe existait un petit peu avant, que l’on s’appropriait les compositions des autres sur scène, que notre son s’est construit pendant cette période. Mais la patte définitive A.S. Dragon, c’est l’arrivée de Natasha." Cette hybride entre muse et front-woman, fut rencontrée non pas "dans les chiottes du Pulp mais dans les soirées que [nous] fréquentions", choisie, non pas sur un coup de tête, mais parce qu’elle remplit la part de rêve de ces routards grisés à l’évocation d’un pied de micro aux allures de femme costaude, charismatique, électrique et sexy. Sa virginité quant à la musique? Cadeau. Après une formation en danse contemporaine à l’académie de Martha Graham à New York, elle reconnaît qu’excepté "la salle de bains", elle n’a aucune expérience. Après réflexion, elle trouve quand même que son passage "fut quelque part formateur pour la voix, puisque tout le travail se base sur la respiration du bassin." Mais c’est justement cette fraîcheur décomplexée, ses éclairs suaves et déchirés qui donne toute l’accroche à sa voix.

La chanteuses sortie de nulle part s’avère experte en braillements et caresses audio. "On cherchait une chanteuse avec de l’énergie, comme-ci, comme-ça, enfin le chaînon manquant au groupe. De plus, elle s’est naturellement mise en avant, c’est le rôle du chanteur et elle a été choisie pour ça. Dans nos rêves, c’était elle, on est encore sur notre petit nuage" confie Salvi, dans la tradition des guitaristes préférant les expressions soniques aux explications superficielles. Mais le rêve est-il le même pour tout le monde quand, sans expérience il faut intégrer une formation déjà rôdée, dans laquelle il faut en plus du rôle de chanteuse en assurer les textes? "Pourtout ce qui concerne la scène, ça s’est fait tout de suite très bien parce que j’aime ça, j’y suis assez à l’aise. Par contre, pour ce qui est de l’écriture des textes, je n’en avais jamais écrits jusqu’à A.S Dragon. Les premiers que j’ai couchés étaient très longs, très fournis, il y avait énormément de débit. Je me suis ensuite rendu compte de leur importance rythmique. Sur Sorcière par exemple, c’est slammé plus que mélodique.Finalement j’en ai co-écrit une bonne partie avec des proches. Au total, on est cinq responsables des textes, Baudelaire y compris." En anglais comme en français, l’utilisation de l’un aux dépends de l’autre reste affaire d’harmonie, un terrain sur lequel le premier garde quelques longueurs d’avance. Aux Anglais les textes dans la tradition rock’n roll, "un peu sexe, un peu provoc, un peu n’importe quoi, mais surtout musical", aux Français les mêmes, mais c’est quand même Baudelaire qui s’y colle "parce que j’ai flashé sur le texte, et qu’il colle parfaitement au morceau."

De toute façon, pour peu que l’ensemble reste cohérent et que ça vienne du coeur, on ne va pas faire la fine bouche. Ni sur la liberté que prend le club des cinq avec ses morceaux. Triturés ici, distordus là, leur seule cohésion est dans la dispersion. Dans l’alternance de chansons à la construction classique, "il fallait faire des morceaux plus efficaces, plus couplet-refrain et rentre-dedans, afin d’équilibrer avec ceux plus déstructurés, assez longs comme Spank On Me, Night Time, sur lesquels les textes sont venus se coller." Des restes des sessions live avec Houellebecq et Burgalat? "Oui, c’est possible, certains automatismes sont encore palpables sur des morceaux comme Night time, Drowning, Spank… qui jouent sur la longueur et les ambiances" confirme Hervé. Une volonté affichée de conserver sur le disque l’énergie scénique de ce cocktail explosif. Une identité soignée à la spontanéité. "En fait, l’arrivée en studio s’est faite immédiatement après avoir fait quelques concerts, le but était de les transposer sur bandes. Garder en tête cette orientation live de notre musique était aussi le moyen de suivre une idée directrice plutôt que de s’enterrer comme d’autres pendant des mois, des années à chercher le truc ultime… le piège, poursuit Hervé,et puis chacun ayant ses idées, faire des choix à cinq serait devenu beaucoup plus compliqué. Au total, cela nous a pris cinq semaines tout compris."

Dans le paysage d’un rock français en mouvement mais encore loin d’être glorieux, l’arrivée d’A.S Dragon est saluée le torse mouillé. Sans pour autant passer pour une locomotive, ("on serait plutôt train fantôme."), la tournée est attendue de pied ferme. On l’imagine déjà bouclée : "Pas vraiment, pour l’instant la tournée reste quand même un bien grand mot, environ une dizaine de dates pour l’instant sur toute la France." Un comble.

Pascal  Bagot

De toute façon, pour peu que l’ensemble reste cohérent et que ça vienne du coeur, on ne va pas faire la fine bouche. Ni sur la liberté que prend le club des cinq avec ses morceaux. Triturés ici, distordus là, leur seule cohésion est dans la dispersion. Dans l’alternance de chansons à la construction classique, "il fallait faire des morceaux plus efficaces, plus couplet-refrain et rentre-dedans, afin d’équilibrer avec ceux plus déstructurés, assez longs comme Spank On Me, Night Time, sur lesquels les textes sont venus se coller." Des restes des sessions live avec Houellebecq et Burgalat? "Oui, c’est possible, certains automatismes sont encore palpables sur des morceaux comme Night time, Drowning, Spank… qui jouent sur la longueur et les ambiances" confirme Hervé. Une volonté affichée de conserver sur le disque l’énergie scénique de ce cocktail explosif. Une identité soignée à la spontanéité. "En fait, l’arrivée en studio s’est faite immédiatement après avoir fait quelques concerts, le but était de les transposer sur bandes. Garder en tête cette orientation live de notre musique était aussi le moyen de suivre une idée directrice plutôt que de s’enterrer comme d’autres pendant des mois, des années à chercher le truc ultime… le piège, poursuit Hervé,et puis chacun ayant ses idées, faire des choix à cinq serait devenu beaucoup plus compliqué. Au total, cela nous a pris cinq semaines tout compris."

Dans le paysage d’un rock français en mouvement mais encore loin d’être glorieux, l’arrivée d’A.S Dragon est saluée le torse mouillé. Sans pour autant passer pour une locomotive, ("on serait plutôt train fantôme."), la tournée est attendue de pied ferme. On l’imagine déjà bouclée : "Pas vraiment, pour l’instant la tournée reste quand même un bien grand mot, environ une dizaine de dates pour l’instant sur toute la France." Un comble.