Julien Clerc

Julien Clerc, qui est sans doute le plus charmeur des chanteurs français, s’attaque au répertoire du légendaire crooner Frank Sinatra. Avec Studio, son nouvel album (Virgin), il présente quatorze adaptations françaises de grandes chansons américaines.

100 % crooner

Julien Clerc, qui est sans doute le plus charmeur des chanteurs français, s’attaque au répertoire du légendaire crooner Frank Sinatra. Avec Studio, son nouvel album (Virgin), il présente quatorze adaptations françaises de grandes chansons américaines.

Ces reprises, immortalisées en version originale par Sinatra mais aussi par des centaines d’interprètes, du jazz au music-hall et à la comédie musicale, sont l’occasion de traverser toutes les atmosphères musicales, du grand orchestre à la petite formation de club de jazz (on croise donc Biréli Lagrène, Florin Niculescu, Manu Dibango, Toots Thielemans et Philip Catherine ou Carla Bruni et Véronique Sanson à la seconde voix). Occasion également, pour l'artiste, de retrouver, quelques lustres après leurs grandes collaborations des années 70, l’arrangeur et chef d’orchestre Jean-Claude Petit pour la réalisation de ces chansons aux textes français signés de Maxime Le Forestier, David Mc Neil, Alain Souchon, Jean-Loup Dabadie, Carla Bruni ou Benjamin Biolay…Vous n’interprétez sur cet album que des chansons du répertoire de Frank Sinatra. Voilà qui risque de dépayser vos fans ?Mon choix est toujours d'apporter quelque chose de nouveau à chaque disque, par les auteurs, les arrangements, la direction prise... Là, c'est assez radical, j’en conviens. Alors que les Anglo-saxons découvrent cette musique au biberon, elle est très peu connue en France. C’est le public amateur de jazz qui connaît ce répertoire, parce que ces chansons, écrites pour la comédie musicale, ont été récupérées par les jazzmen. Quand j’ai fait mon concert à New York il y a quelques années, j’en avais parlé avec Phil Ramone. Puis l’idée a fait son chemin, et Bertrand de Labbey (manager de Julien Clerc, ndlr) est revenu à la charge il y a un an. Il me fallait un cadre et ça a été le coffret Les Années Capitol de Sinatra. Pourtant, je ne suis pas très fan, a priori. Il y a un ou deux disques incontournables, évidemment - Sinatra at the Sands, accompagné par l’orchestre de Count Basie dirigé par Quincy Jones, l’année de ses cinquante ans, en 1966 et aussi The Main Event, le disque de son retour au Madison Square Garden en 1974. Mais à part ça, je n’étais pas un grand auditeur de Sinatra. J’ai donc coché les chansons qui me plaisaient, j’ai confronté ma liste à celle de Bertrand et je suis allé chercher les éventuelles autres versions. Pendant ma tournée, j’ai demandé à mes musiciens de relever les grilles d’accords des chansons pour que je puisse me les réapproprier au piano, que j’apprenne à les chanter comme si c’était moi qui les avait écrites. Une fois ce travail achevé, j’ai appelé les auteurs. Ont-ils été faciles à convaincre ?Les Français, même les professionnels, connaissent paradoxalement assez mal ce répertoire. En outre, ils considèrent volontiers que les Anglo-saxons sont des primates pour les textes. Certes, il y a des chansons un peu cucul, comme chez Ira Gershwin, mais ils se sont rendu compte que ce sont souvent des chefs d’œuvre pour les paroles autant pour les musiques. Maxime, par exemple, qui ne connaissait pas cet univers, s’est passionné pour le travail de ces gens-là.

La tonalité générale de l’album est plutôt jazz et on sent bien que l’enregistrement a été détendu.Je me suis dit dès le départ qu’il fallait que je fasse ce disque avec Jean-Claude Petit. C’est un projet d’amour musical, un disque dans lequel il fallait que les musiciens soient contents. Alors, nous voulions trois ou quatre intervenants prestigieux de jazz français pour donner un cachet au projet, mais traiter chaque chanson différemment pour rendre hommage à toute cette chanson américaine que j’aime tant. Autant le travail de préparation a été long et minutieux, autant l’enregistrement a été rapide. On a essayé de faire une ou deux chansons en direct avec soixante musiciens, en clin d’oeil à Frank Sinatra et aussi parce que les chansons s’y prêtaient bien. De manière générale, j’ai enregistré toutes les chansons en direct avec les musiciens mais, évidemment, j’en ai repris certaines ensuite. Sur Une fille d’enfer (Witchcraft), la prise en direct avec l’orchestre était particulièrement bien placée avec la rythmique, alors nous avons gardé les trois quarts de la voix. En fait, on a enregistré comme dans les années 70 avec Jean-Claude: on a tout fait en quinze jours, mixage compris. Et je dirais que c’est pour moi rafraîchissant: les machines c’est bien joli, mais on perd beaucoup de spontanéité en passant trop de temps en studio.Mais vous êtes réputé pour être un perfectionniste d’une patience infinie en studio…Et bien, là, il y a une ou deux chansons que j’aurais refaites... Je trouve par exemple que Tu viens dans ma tête (You Go To My Head) n’est pas suffisamment timbrée. Mais si Jean-Claude considérait qu’il y avait ce qu’il fallait au niveau du feeling, on gardait la chanson. Alors, on a pu en faire trois ou quatre par jour.

Vous avez trouvé ces chansons faciles à chanter ?Au contraire, j’ai trouvé mes maîtres en matière de chansons difficiles à chanter. Même au niveau de la technique vocale, il faut faire attention: on peut siffler la mélodie mais les deux tiers de ces chansons sont faussement simples, démarrent très, très bas et finissent très, très haut. De plus, elles durent rarement plus de deux minutes trente – c’est le fameux hook: tout doit être vendu en trente secondes, un peu comme dans les chansons des premières années des Beatles. Cet album s’intitule Studio. Cela veut-il dire que vous ne le porterez pas à la scène ?Là, on est en plein dans ce que l'époque actuelle produit. Quand on travaillait "à l’ancienne", on ne s'adressait pas à des gens dont le métier est de penser à l’image. Les quinze premières années, c’est Etienne Roda-Gil qui s’occupait de tout cela. Quand il s'agissait de trouver un titre pour un disque, on prenait une chanson qui correspondait à l'idée qu'on se faisait de l'album - Jaloux, par exemple - et on construisait une photo autour de ce titre. Pour cet album, nous voulions que le titre et la photo de la pochette rendent l'idée du projet: une musique d'une certaine période, qu'un chanteur d'aujourd'hui s'est réappropriée; un disque dans lequel la musique est primordiale, où l'esprit a soufflé pendant tout l'enregistrement... J'ai trouvé des titres lamentables, les auteurs des chansons n'ont rien trouvé de mieux. Alors, nous avons demandé à des gens dont c’est le métier, qui sont venus en studio nous voir travailler et qui dit qu'il fallait retrouver le look des disques de jazz des années 50, une photo sépia... et ce titre-là, qui n'a rien à voir avec les chansons mais qui résume bien l’esprit de l'album. Il se murmure qu’un projet d’album instrumental est sur le feu…Mick Lanaro et Michel Colombier ont enregistré aux Etats-Unis un disque de reprises orchestrales de douze de mes chansons – Jaloux de tout, La Cavalerie… Ce sont des versions un peu lounge, comme on le fait maintenant, pour lesquelles je leur avais dit de se lâcher, de faire ce qu’ils voulaient. Ce disque devrait sortir dans quelques temps.

Bertrand  Dicale

Vous avez trouvé ces chansons faciles à chanter ?Au contraire, j’ai trouvé mes maîtres en matière de chansons difficiles à chanter. Même au niveau de la technique vocale, il faut faire attention: on peut siffler la mélodie mais les deux tiers de ces chansons sont faussement simples, démarrent très, très bas et finissent très, très haut. De plus, elles durent rarement plus de deux minutes trente – c’est le fameux hook: tout doit être vendu en trente secondes, un peu comme dans les chansons des premières années des Beatles. Cet album s’intitule Studio. Cela veut-il dire que vous ne le porterez pas à la scène ?Là, on est en plein dans ce que l'époque actuelle produit. Quand on travaillait "à l’ancienne", on ne s'adressait pas à des gens dont le métier est de penser à l’image. Les quinze premières années, c’est Etienne Roda-Gil qui s’occupait de tout cela. Quand il s'agissait de trouver un titre pour un disque, on prenait une chanson qui correspondait à l'idée qu'on se faisait de l'album - Jaloux, par exemple - et on construisait une photo autour de ce titre. Pour cet album, nous voulions que le titre et la photo de la pochette rendent l'idée du projet: une musique d'une certaine période, qu'un chanteur d'aujourd'hui s'est réappropriée; un disque dans lequel la musique est primordiale, où l'esprit a soufflé pendant tout l'enregistrement... J'ai trouvé des titres lamentables, les auteurs des chansons n'ont rien trouvé de mieux. Alors, nous avons demandé à des gens dont c’est le métier, qui sont venus en studio nous voir travailler et qui dit qu'il fallait retrouver le look des disques de jazz des années 50, une photo sépia... et ce titre-là, qui n'a rien à voir avec les chansons mais qui résume bien l’esprit de l'album. Il se murmure qu’un projet d’album instrumental est sur le feu…Mick Lanaro et Michel Colombier ont enregistré aux Etats-Unis un disque de reprises orchestrales de douze de mes chansons – Jaloux de tout, La Cavalerie… Ce sont des versions un peu lounge, comme on le fait maintenant, pour lesquelles je leur avais dit de se lâcher, de faire ce qu’ils voulaient. Ce disque devrait sortir dans quelques temps.