Sacha Distel entre jazz et chanson

Un double sinon rien ! Pour ses cinquante ans de carrière, le toujours sémillant Sacha Distel, 70 ans, sort un double album, En vers et contre vous et But Beautiful où il excelle dans ses deux passions : le jazz et la chanson populaire.

Mister swing

Un double sinon rien ! Pour ses cinquante ans de carrière, le toujours sémillant Sacha Distel, 70 ans, sort un double album, En vers et contre vous et But Beautiful où il excelle dans ses deux passions : le jazz et la chanson populaire.

A l'heure où, en France, on parle beaucoup de retraite, certains artistes n'y songent même pas, bien au contraire. Sacha Distel est de ceux-là. De même que la longévité artistique est couramment considérée comme un atout, elle devient quelque peu sublimée par le retour en force d'octogénaires comme Henri Salvador ou par l'éclosion de papys cubains sur la scène internationale tels des Compay Segundo ou Ibrahim Ferrer. Notre play-boy national, éternellement bronzé, lui, ne fait pas les choses à moitié puisqu'il concilie en deux albums sa passion pour le music hall américain, avec deux duos de charme en compagnie de Liza Minnelli et Dionne Warwick, et son attirance quasi-naturelle pour les chansons romantiques. Elles lui vont si bien.

L'album en français d'abord : quatorze chansons inédites dont il a composé les musiques et pour lesquelles il s'est entouré de la nouvelle génération d'auteurs, toujours un peu les mêmes il est vrai, issus de la maison Universal. D'abord, Patrice Guirao qui de son atoll tahitien lui envoie "spontanément" une quinzaine de textes parmi lesquels Sacha Distel en retient une demi-douzaine. Puis Brice Homs et des auteurs aussi au féminin avec les plumes de Sylvie Mathis et Daria de Martynoff. Enfin des amis sont également venus le rejoindre comme le batteur de jazz André Ceccarelli, l'agréable surprise venant de Charles Aznavour qui a lui a concocté dans Nous des mots empreints d'une nostalgie non feinte.

Loin d'être insensibles à son charme, ce sont Dionne Warwick et Liza Minnelli, deux des plus belles voix d'outre-Atlantique qui entourent Sacha Distel sur l'album en anglais. Le projet initial était d'interpréter deux duos avec la grande chanteuse américaine (par ailleurs la tante de Witney Houston) et c'est chose faite avec When I Fall in Love et The Good Life, l'adaptation de sa chanson La Belle vie. Mais lorsque Liza Minnelli apprend la chose, elle veut absolument participer à ce disque. Rappelons que Sacha connaît Liza depuis qu'elle n'avait que 16 ans. A New York, ils enregistrent All the Way.

 
Le jazz comme religion

C'est vrai qu'elle n'est pas loin la nostalgie lorsque l'on survole le parcours de cet enfant de la balle né en 1933. Employé dans la maison d'édition de son oncle Raymond Ventura, il apprend la guitare avec un jeune musicien excentrique, Henri Salvador. Très vite Sacha Distel joue dans l'orchestre de jazz de son lycée puis au sein des fameux Collégiens que créé son oncle Ray, tous en veste blanche et cravate bleue. Un oncle qu'il vénère puisque grâce à lui, il joue avec Loulou Gasté, futur époux de Line Renaud, et Paul Misraki, brillant compositeur de musiques de films quelques années plus tard.

Ce sont les années 50. Sacha Distel fréquente alors les clubs de Saint-Germain-des-Prés, Le Tabou ou Le Club St Germain et baigne dans cette atmosphère d'insouciance de l'après-guerre où les rencontres sont faciles et les penseurs flamboyants. Déjà bon guitariste, il accompagne Juliette Gréco et Sarah Vaughan. Mais être musicien ne lui suffit pas, il veut aussi devenir chanteur. Lorsqu'il fréquente Brigitte Bardot, la France est alors en pleine Bardomania. Sacha Distel n'est alors dans son sillage que "le petit guitariste". Fin 1958, c'est le premier concert pour Sacha Distel. Il est à Alger où sa version de "des pommes, des poires oui mais des scoubidous ouahhh !" renverse la salle qui en redemande. Une chanson qui lui colle à la peau encore aujourd'hui. Les premiers succès arrivent, dans la même veine fantaisiste: Monsieur Cannibale, L'incendie à Rio ou Scandale dans la famille. Sacha Distel égrène comme cela cinq années durant ses tubes légers sur les ondes avant que la vague yé-yé ne déboule et que Johnny, Sylvie, Richard et Eddy ne le fassent passer pour un ringard !

Chouchou des Anglais

Après une période de vaches maigres, Sacha reprend le dessus au début des années 60 en devenant l'animateur du fameux Sacha Show (et au titre imprononçable) de Maritie et Gilbert Carpentier, une émission de variétés télévisée glamour et pailletée comme on n'en fait plus, avec Petula Clark en guest star. L'aventure dure une dizaine d'années. Dans ce nouveau rôle d'animateur, Sacha Distel se plaît. Mais, surtout il plaît et encore plus aux Anglais. Les Britanniques s'entichent alors de l'artiste so Frenchy. Il anime une émission sur la BBC, se classe en tête des charts avec Raindrops Keep Fallin'on my Head (le fameux Toute la pluie tombe sur moi). Un engouement qui ne se dément pas aujourd'hui encore pour celui que l’on surnomme alors Sunny voice puisque le chanteur de charme donne en moyenne une trentaine de concerts par an en Angleterre, est invité régulièrement dans les talks shows.

En 1999, on l'appelle à Londres pour jouer dans la comédie musicale de Bob Fosse Chicago. Sur les planches londoniennes, il campe le personnage de Billy Flynn, un avocat véreux du Chicago des années 20, faisant ainsi partie du paysage du West end. Fan depuis toujours des comédies musicales, à l'aise sur scène aussi bien que devant une caméra de télévision, on sait que parmi ses projets les plus chers, Sacha Distel essaie depuis plusieurs années de monter une comédie musicale sur la vie de Maurice Chevalier. En attendant, le voeu le plus cher de Sacha Distel est de devenir le plus bel octogénaire de la chanson française. Ce qui lui laisse encore une belle marge.

Du 3 au 5 octobre au Grand Rex, Paris.

Sacha Distel En vers et contre vous (Mercury)