Les sept vies de la Fonky Family

Au four et au moulin, la Fonky Family? Quand ils ne rappent pas ensemble, les membres du célèbre posse marseillais fourmillent d’activités, entre musique et business. Etat des lieux.

Retour sur les activités du posse

Au four et au moulin, la Fonky Family? Quand ils ne rappent pas ensemble, les membres du célèbre posse marseillais fourmillent d’activités, entre musique et business. Etat des lieux.

L’arbre IAM ne cache plus la forêt du hip hop marseillais. En sommeil depuis L’école du micro d’argent et la tournée qui s’ensuivit en 1998, le groupe phare de la mouvance phocéenne s’est éclipsé au profit des projets solo de ses membres et d’artistes nouveaux. En deux albums, quelques maxis singles et des dizaines de collaborations, la Fonky Family s’est imposée comme un combo sur lequel il faut compter.

Jamais à court d’actualité, entre activités de groupe et solo, ceux dont les fans appellent tout simplement ‘la FF’ ont récemment publié un album live, histoire de patienter avant leurs prochaines tribulations de studio. Enregistré à domicile, au Dôme de Marseille, devant 8.000 personnes, le CD restitue parfaitement l’ambiance des concerts du groupe, qui se rapproche plus d’une grande fête de famille que d’un meeting contestataire. Car, entre albums commerciaux (Art de rue) et crossover (musique du film Taxi), la Fonky Family tombe désormais un peu trop régulièrement dans la facilité et perd de sa pertinence (C torride, Warnings…), tout en gagnant en dynamisme. En une trentaine de morceaux, dont les fameux Shit Squad et Art de rue, la FF fait danser les plus récalcitrants (Haute tension). Ainsi, ce Live au Dôme de Marseille (Small) semble clore une première partie de carrière où ont alterné le meilleur et le pire.

Il y a cinq ans, le succès commercial et critique de leur premier album studio Si Dieu veut… (280.000 ventes) n’aurait pu être qu’un feu de paille de plus dans l’histoire du rap français si le public en avait décidé autrement et s’était arraché plus encore leur second opus, Art de rue, vendu à 460.000 exemplaires, sans oublier la série de mini albums Hors série, qui, entre deux albums, permet à la joyeuse équipe de caser inédits et titres live. Comme leurs illustres aînés d’IAM, la Fonky Family est un groupe multiforme.


Individualités

Entre deux réunions de la Family, chacun de ses membres reprend sa liberté artistique sans s’éloigner pour autant du hip hop fondateur. Le Rat Luciano, l’un des quatre rappeurs du groupe (avec Sat, Don Choa et Menzo), fut le premier à tenter l’expérience solo avec l’album Mode de vie – Béton style, commercialisé fin 2000. Originaire du Panier, vieux quartier de Marseille où il vit toujours, Christophe Carmone, alias Le Rat Luciano, rappe depuis l’âge de huit ans, fait preuve d’une écriture prolixe et possède aussi à son actif des dizaines de maquettes, qui resteront sans doute dans l’ombre. Si les invités ne manquent pas (Carré Rouge, Rohff, Le Venin…), une partie de la famille Fonky a aussi prêté main forte, à commencer par le compositeur Pone (ex-champion du monde ITF des DJ’s) et Djel, le DJ attitré, qui ont produit les morceaux, et la participation de Felaga, danseur et rappeur.

L’année dernière, Sat et Don Choa se sont à leur tour émancipés en solitaire, le premier avec Dans mon monde (publié en avril), le second avec Vapeurs toxiques (en novembre). Là aussi, Pone a été réquisitionné pour produire en partie les efforts de Sat et de Don Choa. Portés par l’aura de la Fonky Family, leurs albums solo ont remporté un certain succès dans les Tops de vente, se classant dans le Top 10 (Le Rat Luciano:  6ème ; Don Choa : 9ème) ou échouant à sa porte (Sat : 11ème).

De son côté, avec DJ Rebel, DJ Djel a monté en 1997 son propre collectif, baptisé Don’t Sleep Dee Jayz, afin de promouvoir l’art du deejaying, dans des soirées organisées à Marseille comme au bout du monde. Représenté aujourd’hui par Djel et DJ Soon, l’association est une vraie petite entreprise. Parallèlement aux soirées, les deux DJ s’éclatent sur des mix tapes, ainsi que sur des compilations CD plus faciles à trouver dans le commerce (Don’t Sleep, One Mic…) et chaque semaine sur la FM phocéenne Radio Agora. Décidément très occupé, le collectif tient boutique sur le Net  où le chaland peut s’offrir vinyles, mix-tapes et CD mix (par l’intermédiaire du site fnac.com) mais aussi une ligne de vêtements street wear, plutôt chers et peu élégants.


Famille élargie

Le rap, cette grande famille désunie, fait tourner les talents comme d’autres les pétards. Prolixes, en groupe ou en solo, les artistes de la Fonky Family se démultiplient pour d’autres, assurant un grand nombre de featurings depuis leur collaboration avec Akhenaton en 1995, sur Métèque et mat (qui incluait le fameux tube Les Bad boys de Marseille), bien avant que ne sorte leur premier album. Ensemble ou séparément, on ne compte plus les très nombreux featurings qu’ils ont assuré ces dernières années. En tant que telle, outre Akhenaton, la Fonky Family s’est investie sur les albums de Less du Neuf, de Faf Larage ou de Rainmen. Particulièrement actif, Don Choa s’est fait remarquer sur des enregistrements de Zoxea et de son groupe Les Sages Poètes de la Rue, Le Rat Luciano avec Akhenaton et Oxmo Puccino, Menzo avec Double Pact, DJ Djel avec le groupe X-Men, Sat avec Shurik’n... Don Choa et Le Rat Luciano ont participé ensemble aux albums de K-Reen, de KDD et de Lino, tandis que la tripette Sat-Menzo-Don Choa (encore lui) se retrouvait sur le projet 16’30 contre la censure. Déjà bien fournie, la liste n’est évidemment pas exhaustive.


Au vrai chic de la Fonky

Lancer sa propre ligne de vêtements est devenue une habitude autant qu’un bon filon économique pour de nombreux rappeurs français, qui décidément n’en ont pas fini de piller le modèle américain. Pour l’instant, les t-shirts et autres sweets à l’effigie de la Fonky Family ne sont disponibles que dans un magasin du centre-ville de Marseille (Corner Street), mais se vendent également très bien, paraît-il, sur Internet. De la tête aux pieds, en passant bien sûr par les oreilles, la Fonky Family, qu’elle figure ou non dans l’actualité musicale, n’oublie jamais de solliciter ses nombreux admirateurs, éparpillés aux quatre coins du pays, ainsi qu’en Suisse et en Belgique. Un rappeur avisé en vaut deux.

FF Live au Dôme de Marseille (Small) 2003 
Sat Dans mon monde (Small) 2002
Don Choa Vapeurs toxiques(Small)  2002
Le Rat Luciano Mode de vie – Béton style  (Small) 2000