CHRONIQUES CHANSON

RFI Musique chronique aujourd'hui trois albums de chanson française : Wally, Zora et Mes souliers sont rouges

Wally, Mes souliers sont rouges et Zora

RFI Musique chronique aujourd'hui trois albums de chanson française : Wally, Zora et Mes souliers sont rouges

WALLY A vendre

Plasticien débridé, bricoleur de bons mots, guitariste inspiré, inventeur doux dingue, façon Géo Trouvetout aveyronnais (créateur notamment d’expositions comme L’Art content pour rien)…Wally est un artiste multimédia. Le seul chanteur qui vend plus de T-shirts (ses fameux "t-shirt où y’a rien marqué dessus") que de disques ! C’est que ce show man accompli, grand pourvoyeur de rimes à rire, a pour habitude de considérer des œuvres discographiques comme "à moitié ratées". "Mon métier, c’est la scène, pas le disque", confie de son vrai nom Lilian Derruau, auteur de deux albums en demi teinte sortis chez le défunt label Boucherie Production. Sauf qu’avec A vendre, sa dernière sortie, le spécialiste de la chanson express (l’une de ses inventions est la chanson de cinq secondes) est plutôt fier de lui.

S’il peinait effectivement à traduire la fantaisie qui habite ses prestations scéniques, celui que certains voient comme le croisement improbable entre Carlos et Bobby Lapointe semble avoir trouvé sa voie sur disque. Mélange de prises de son live issues de sa dernière tournée et de nouveaux titres, A vendre aligne soixante-quinze minutes de chansons au propos "social mais néanmoins gai" dans une formule acoustique habillant à merveille des textes aiguisés dans le sens de la rondeur. Les fioritures qui polluaient ses précédentes sorties évacuées. Les compositions appliquées. On est loin de "l’espèce d’escroquerie totale" dont se réclamait il y a encore peu le bonhomme. Encore moins d’un recueil foutraque de blagues mises en musique, toujours à craindre chez les chanteurs dits humoristiques.

Certes, Wally fait des chansons pour rire, mais ce n’est pas un rigolo pour autant ! En artisan inspiré, il livre avec A vendre une collection de chansons parfaitement ouvragées où se télescopent dérision, provoc’ et pudeur, sans jamais donner dans la vanne gratuite. Désormais en parfait accord avec ses albums, Wally semble avoir trouvé sa voie discographique. Un changement qu'il résume comme suit : "Je me considère de plus en plus comme un chanteur brut ! Je n’ai pas envie de mettre le costume du dimanche alors que je suis habillé en jeans toute la semaine !". Jamais une brute autoproclamée n’aura fait montre d’autant de finesse !

Wally A vendre (Polydor/Universal 2003)
Loïc Bussières



ZORA Bout de terre


Bout de terre est le premier album de Zora, jeune chanteuse d'origine algérienne. Produit par un membre des Négresses Vertes, ce disque est un florilège délicieux de mélodies tendres, ironiques et entraînantes d'une artiste qui mérite largement son bout de terre dans le vaste champ de la variété.

Dès les premières notes de ce Bout de terre, on comprend aisément que Stefan Mélino soit tombé sous le charme de cette voix veloutée et racée. Le guitariste décida aussitôt de jouer les nègres verts derrière ce petit bout de femme d'origine algérienne.

Zora nous offre ici sans doute l'un des plus beaux albums de l'été. Un truc léger à l'écoute, profond de sens et accrocheur à la mélodie. Il faut dire que la donzelle sait s'entourer. Outre les services du leader des Négresses Vertes qui pygmalionne cette lionne de l'Atlas, on retrouve les belles rimes de Jean-Philippe Courtois ainsi que le sens du chant et du contre-chant de Gérald Toto. Toto dont le timbre haut perché fait, ici, merveille associée à la voie voilée de velours de la grande Zora.

Dans ces "cadres" superbes et supérieurs, la petite Zora se fraye aisément un chemin qui nous vaut un style original. Des mélodies douces amères : Pourquoi tu me mens ? tendres nostalgiques : La famille ou funky ironique sur La connerie humaine. L'ironie, Zora n'en manque pas à propos d'elle-même ou bien de ses contemporains notamment lorsqu'il s'agit de Parler anglais ou de reluquer les minettes originales dans les bouchons du périphérique : J'me tire.

Mais la tendresse vaut bien la tigresse. Et en la matière, cette chanteuse au sourire indéfectible, a de l'amour à revendre et de la douceur à distribuer à grandes brassées. "Y'a vraiment pas de quoi tortiller/On a assez tourné autour du pot/Les fleurs/J'adore l'odeur" (L'odeur des fleurs) inutile de vous le cacher les mélodies de Zora vous enivreront comme le parfum du jasmin. A moins que comme elle vous n'ayez des aspirations d'embruns : "J'avais repéré du côté du Cap Ferret/La côte sauvage/Les ballades sur le rivage/Mais pour mon petit bord de mer/ au bout de la terre / pour y emmener ma mère/mais pour mon petit de terre/au bord de la mer/y voguera bien des galères" (Bout de terre). Bonne fille, cousine dissipée de Souad Massi, frangine au henné de M, voisine décomplexée de Camille, colocataire groove des Paris Combo, Zora s'inscrit dans la famille de ceux qui aspire à un petit bout de bonheur. Un bout de terre paisible couleur sienne où l'on se grise de ses douces musiques comme d'un vin gris d'Algérie.

Zora Bout de terre Warner
Frédéric Garat


MES SOULIERS SONT ROUGES 5 

Dix ans déjà que la troupe atypique des joyeux Caennais pousse un peu partout sa musique qui ne l’est pas moins. Puisant son inspiration et ses racines dans le folklore régional, les cinq Normands conjuguent un répertoire qui emprunte tout autant à la chanson qu’à la musique traditionnelle québécoise ou irlandaise. Des partitions alimentées de textes consciencieusement récoltés par des ethnomusicologues du Québec, de Bretagne, du Poitou et de Normandie, entre autres. Preuve s’il en fallait une, que ces musiciens ne plaisantent pas avec le legs de l’ancien.

Cette honnêteté friserait l’obsession de reconstitution si la bonne humeur ne venait dynamiter cet exercice appliqué. L’entreprise a tout du moins le mérite d’exister dans un paysage computérisé où le folklore local s’efface à la souris. Mes Souliers Sont Rouges, en tournant son action vers les accents proches de la chanson française, y trouve quoiqu’il en soit un second souffle. Sans pour autant perdre la fougue caractéristique à ses prestations scéniques. Car c’est bien sur scène que réside la clef de voûte de sa réputation galopante. Après sept années d’existence, Mes Souliers Sont, certes Rouges mais usés jusqu’à la corde, ont assuré près de 800 concerts. Plus d’une centaine par an pour un peu moins de 100.000 disques vendus.

Crée en 1992 par trois des membres actuels, le projet s’anime autour de leur volonté à faire connaître une musique québécoise traditionnelle que l’on connaît mal mais qui est finalement assez proche. Le trio se forge rapidement une réputation proportionnelle au nombre de dates pointées sur la liste des bars. En 1993, ils sont rejoints par deux autres musiciens et stabilisent la formation actuelle. Les concerts se poursuivent avec une vigueur nouvelle en France et à l’étranger. Attendus et accueillis chaleureusement au Danemark, au Royaume-Uni ainsi qu’aux Etats-Unis. Danser, chanter, boire, le tiercé universel dans l’ordre qui rapporte, tout en prenant le soin d’éviter les écueils graveleux du répertoire paillard.

Après Proches, leur premier album live sorti en 2000 et enregistré à Caen, le groupe transforme aujourd'hui avec 5, l’essai de la scène au studio avec une production à niveau. Flirtant avec cette chanson à la française en vogue, Mes Souliers Sont Rouges laisse toutefois le néo-réalisme au profit du néo-festif. Des histoires de congénères, de voyages et de mariage par intérêt sont prétexte à embrasser humour (Isabelle), drame (Eau Trouble) et légèreté dans la turbine où banjos, accordéons, violons se bousculent. Entre nostalgie et maturité en berne, tout s’oublie et se reconstruit au fond du verre, Le Cycle Du Vin voué à éponger les comptoirs et les ambiances de copains. De toute façon, cette farandole de l’instrument du temps passé, tambourin à facettes, charango, mandoline, bodhran, guimbarde…, se moque bien du temps qui passe.

Mes souliers sont rouges 5 (Trema)
Pascal Bagot