Mister Gang en Kanaky

Avec plus de 700 concerts en 13 années de carrière, Mister Gang n’avait encore jamais enregistré de live. Un seul concert, le 7 décembre 2002 à Nouméa en Nouvelle-Calédonie a suffi à combler avec brio ce manque discographique. Depuis, le groupe reggae-funk a repris la route et sera entre autres, le 19 juin à la Cigale (Paris), avant de se lancer dans l’enregistrement d’un nouvel album studio.

Le live, enfin !

Avec plus de 700 concerts en 13 années de carrière, Mister Gang n’avait encore jamais enregistré de live. Un seul concert, le 7 décembre 2002 à Nouméa en Nouvelle-Calédonie a suffi à combler avec brio ce manque discographique. Depuis, le groupe reggae-funk a repris la route et sera entre autres, le 19 juin à la Cigale (Paris), avant de se lancer dans l’enregistrement d’un nouvel album studio.

Enregistré à l’autre bout de la planète, sur la plaine de Kuendu Beach à Nouméa (Nouvelle Calédonie), devant plus de 20.000 personnes, Live in Kanaky (Epic/Sony), le dernier album de Mister Gang est paru au printemps.

Premier live de ce groupe formé au début des années 90, cet opus permet de retrouver ou découvrir le Gang comme l’appelle ses fans, au meilleur de sa forme. Moment rare dans la carrière d’un groupe, ce concert à l’invitation de l’USTKE, l’Union Syndicale des Travailleurs Kanaks et des Exploités, étaient leur deuxième sur l’île kanak. "L’USTKE nous avait invités il y a un an pour son vingtième anniversaire. Cela avait merveilleusement fonctionné» se souvient Feal Cool Jazz, le saxophoniste du Gang. "Là-bas, nos textes prennent toutes leurs dimensions et le public nous adore. Quand ils nous ont proposé de revenir et qu’en plus, on s’est aperçu que les conditions techniques étaient réunies pour un enregistrement de bonne qualité, on a plongé. L’occasion était trop belle!".

En 13 ans, Mister Gang avait déjà été tenté par l’idée d’enregistrer un live d’autant que c’est par la scène que ce groupe aux influences larges (du reggae au funk) a su se faire un nom et l’inscrire sur la liste des groupes appréciés par les lycéens et étudiants. Mais jamais auparavant, ces musiciens n’avaient été satisfaits des conditions d’enregistrement ou du résultat. "Nous souhaitions de toute façon que le live soit la transcription fidèle d’un unique concert. Pour nous, il n’était pas question de prendre des bouts à gauche, des bouts à droite et de ficeler le tout comme si tout n’avait été qu’un unique show. Nous ne souhaitions pas non plus avoir recours à des “re-re”, afin de corriger ou d’enrichir ultérieurement certains passages en studio" explique le saxophoniste.

Souci d’honnêteté à l’égard de son public qui est tout à l’honneur de ce groupe qui essaie depuis sa création d’entretenir une relation vraie avec son public. Le résultat est effectivement convaincant. Le Gang est à l’aise, heureux de jouer pour un public qui partage totalement son plaisir. "C’est un peuple formidable avec qui on a vécu des moments forts" ajoute Feal. Cette connivence ne fait aucun doute. Sur leur tube Tout le Monde est là, Loscar, le chanteur, en combinaison avec Timike, le guitariste et chanteur lui aussi, rendent hommage dans une partie improvisée, dans un freestyle inspiré, à toutes les tribus de Calédonie: "Ce soir est un grand soir. Est-ce que tu crois qu’il y a réellement tout le monde? Moi, je pense que tout le monde est làce soir, réuni! Moi, je crois que ce soir il y a des gens des Domaines, il y a des gens de Lifou, il y a des gens d’Ouvéa, il y a des gens de toutes les tribus… Il y a toute la Calédonie! Kanaky!". Tout le monde était bien là, comme l’atteste cette photo de nuit étalée sur une double page du livret où l’on voit une myriade de briquets allumés. Cette relation avec les peuples de l’île ne s’est pas arrêter là. En effet depuis, Mister Gang est revenu en Nouvelle Calédonie en mai de cette année pour un concert (sous la pluie malheureusement) au profit des sinistrés du cyclone Erica qui, le 14 mars dernier, a retourné l’île.

Etonnement, c’est Zouk la sé sel médikaman nou ni, la reprise d’un titre du groupe antillais Kassav qui boucle ce live in Kanaky. "On est tous fans de Kassav" précise Feal. "Dans le bus, en tournée, leurs titres étaient souvent dans le magnéto. Attention, Kassav, ce n’est pas la Compagnie Créole. Si tu écoutes bien leur musique, tu es obligé d’adhérer. Ce sont de vrais musiciens qui te transportent loin."

Depuis, le groupe a repris la route. Même si le Gang se donne toujours à fond sur chacun de ses concerts, qu’il ait lieu dans un café musique d’une petite commune ou dans une salle prestigieuse de la capitale, la date du 19 juin prochain est un rendez-vous attendu avec le public parisien. Ensuite, le groupe lèvera le pied tranquillement au cours de l’été pour commencer à maquetter le prochain album studio, le quatrième. "On a commencé à écrire une vingtaine de titres, à les répéter. Certains d’entre eux seront d’ailleurs joués dans nos prochains concerts. Mais à la différence de nos précédents albums, on souhaite prendre le temps pour le finaliser. On veut écrire un maximum de titres pour choisir ceux que l’on enregistrera et surtout avoir du temps en studio cette fois-ci. Il ne devrait pas sortir avant début 2004" conclut-il.


Le rêve de Mister Gang en trois albums et un live

Groupe auto-produit, Mister Gang a publié un premier opus éponyme en 1994. Cet album s’ouvrait par Be Fonck, suivi de Power Soul, deux titres qui en disent long sur les influences de cette formation originaire du sud de la banlieue parisienne et vainqueur à ces débuts de plusieurs tremplins. Mais, c’est avec Liberté Illégale, le deuxième long format enregistré en novembre 98 mais disponible en bac qu’en juin 2000, que le groupe connaît la célébrité avec entre autre Tout le Monde est là, un titre reggae qui s’impose rapidement sur de nombreuses radios. Le collectif fête alors son dixième anniversaire. Militant et revendicatif, Liberté illégale est toujours produit par Moulin-Galant Production, la structure du groupe, mais travaillé cette fois-ci par Epic. Rapidement catalogué parmi les groupes reggae, Mister Gang conserve néanmoins la diversité musicale qui a su faire la particularité de ce formation constituée d’une dizaine de personnes. A la question: "pourquoi le reggae?", ils répondent à l’époque "qu’il s’agit d’un espéranto, qui permet à tous les membres de communiquer ensemble", mais que le groupe ne saurait se limiter à cette seule tonalité.

Mister Gang ne tarde pas à le prouver avec Paris>Lisbonne>Pointe-à-Pitre, un troisième album enregistré rapidement et mis en bac moins d’un an après Liberté Illégale. Plus ouvert encore musicalement même si la tonalité générale reste marquée par des sonorités roots reggae ragga, cet album aux inflexions world marque un tournant dans l’histoire du groupequi "rêve de partir ailleurs, quitter tout, recommencer", qui "rêve d’une vie meilleure,vivre loin des pas-payés…" Rêve qu’ils réaliseront en partie en enregistrant ce live en Kanaky.