KOJAK, SECONDE ÉDITION

Le duo français Kojak sort son deuxième album Every Room on Every Floor. DJ Vas et Grégoire Gallian reviennent sur sa genèse, égratignent la French Touch et poussent un coup de gueule sur le statut des intermittents. Rencontre.

Les DJ's ont des choses à dire.

Le duo français Kojak sort son deuxième album Every Room on Every Floor. DJ Vas et Grégoire Gallian reviennent sur sa genèse, égratignent la French Touch et poussent un coup de gueule sur le statut des intermittents. Rencontre.

Il est de bon ton d’affirmer - surtout ceux qui ne sortent jamais - que la musique électronique a du mal à passer la rampe de la scène. Ce constat encore vrai il y a quelques années, l’est de moins en moins : des groupes anglais tel que Underworld ou les Chemical Brothers l’ont prouvé maintes fois. Côté français, Kojak a renvoyé les grincheux à leurs études. Avec plus de 200 concerts à travers le monde (Angleterre, Scandinavie, Afrique du Sud ou Hong Kong) pour défendre Crime in the city, leur premier album, les Kojak se sont forgés une réputation de performer de tout premier plan. L'album s’est vendu à plus de 50.000 exemplaires à travers le monde ! Le public français, lui, les a découverts un soir de septembre 98 alors qu'ils se produisaient devant plus de 200.000 personnes lors de la première édition de la Techno Parade française.


Every room on every floor leur second album s’éloigne sensiblement de leur précédent opus par son éclectisme et un certain retour au source. Comme un grand nombre d’artistes français, le duo a élargi son spectre d’influences mais garde toujours un oeil sur le dancefloor. Confirmation du duo :


La soul semble être le fil conducteur de cet album...
Cet album est bien plus personnel que le précédent. Quand nous avons sorti Crime in the city, nous étions dans un mouvement d’ensemble où la house music explosait en France et débarquait sur les ondes. Pour Every room on every floor, nous avons essayé de sortir des carcans de chaque style musical, qu’il soit house, soul ou funk, et d’être un peu plus nous-mêmes. Crime in the city contenait aussi pas mal de soul mais plus festive. Maintenant, on se livre plus, on s’oriente vers des choses plus personnelles, plus mélancoliques avec plus de chansons. Pour résumer, nous avions avant dix idées par morceaux ; maintenant, on en a deux mais ce sont les bonnes, du moins on espère…


Dans votre premier single Art to Breathe, Jemeni (une poétesse canadienne) chante que l’industrie musicale la tue... Quel rapport entretenez-vous avec cette industrie ?
Pour ce titre, nous avons demandé à Jemeni de travailler sur le thème de la séparation entre l’art et le business. C’est vrai que d’un côté l’industrie musicale nous tue mais moins que tous les gens qui copient les CDs. Nous faisons partie d’une génération qui achète encore des disques car on aime le design des pochettes, l’objet en lui-même. Mais les jeunes qui copient et download tout le temps, ne se rendent pas compte du mal qu’ils font aux artistes. L’industrie du disque va se transformer. On ne peut pas aller contre l’air du temps mais à l’heure actuelle, ce sont les groupes qui vendent un peu moins qui en souffrent, pas les gros vendeurs.


Cet album est plein de second degré, je pense au titre Terminator par exemple. Pensez-vous que la scène électronique française manque d’humour ?
Complètement. Beaucoup d’artistes se prennent vraiment au sérieux. Beaucoup ont le "complexe du musicien" par rapport aux artistes de jazz par exemple. Ils n’assument pas leur statut de bidouilleur de sons. Nous oui ! On a aussi beaucoup perdu ce côté bordélique des premières raves et des premières soirées. On arrive aussi à des aberrations : pourquoi payer des sommes astronomiques à des DJ’s pour qu’ils passent des CDs pré-mixés ? C’est du foutage de gueule ! Nous, on va à l’inverse de ça. On essaie de garder ce côté spontané, quitte parfois a partir dans tous les sens. Mais on tient vraiment à continuer à se faire plaisir en concert.
La scène parisienne a beaucoup évolué, elle se scinde en deux : d’un côté des gens qui produisent des choses plus radicales, plus innovantes et de l’autre, une scène qui gagne beaucoup d’argent, qui fait partie aujourd’hui de l’establishment électronique et qui prend moins de risque.


Comment vous situez-vous dans la lutte des intermittents du spectacle ?
Absolument solidaires, bien sûr ! Kojak est un bon exemple des bienfaits du statut d’intermittent. Quand tu es musicien, tu dois travailler tous les jours pour progresser, pour produire des bons disques et trouver le bon morceau. Donc si tu ne peux pas bénéficier de cette subvention, tu dois tout arrêter. Si nous n’avions pas bénéficié de ce système, Kojak n’existerait pas, et beaucoup d’autres aussi qui rapportent de l’argent à l’état aujourd’hui.
C’est grâce à ce système que le cinéma et la musique française peuvent lutter contre l’invasion des produits américains.

Kojak Every Room on Every Floor (Barclay/Universal)