LES FRÈRES BELMONDO

Une fois de plus, les frères Belmondo étonnent par leur immense curiosité. Si Hymne au soleil leur dernier album sonne comme le jazz des années 60, les compositions qu’ils ont choisies d’interpréter ont été écrites à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, par Lili boulanger et Maurice Duruflé, deux compositeurs post-impressionnistes à découvrir.

Entre jazz et classique

Une fois de plus, les frères Belmondo étonnent par leur immense curiosité. Si Hymne au soleil leur dernier album sonne comme le jazz des années 60, les compositions qu’ils ont choisies d’interpréter ont été écrites à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, par Lili boulanger et Maurice Duruflé, deux compositeurs post-impressionnistes à découvrir.

Cette fois, l’instinct d’aventurier de Stéphane et Lionel Belmondo nous conduit à traverser un répertoire qui prouve la modernité d’une certaine musique classique française apparue à l’aube du 20ème siècle. Eux qui furent parmi les pionniers à rencontrer la musique électronique, sur le savant label de Laurent Garnier, persistent et signent dans leurs choix éclectiques… et ça n’à rien de suspect. Belmondo ne cherche pas son identité. Passeurs de sons, chasseurs de compositions, les instrumentistes ont choisi leur nom de famille comme signature à leurs aventures musicales, Stéphane au bugle et trompette, Lionel au saxophone et autre flûte ou clarinette. Hommes d’expériences aux deux sens du terme, ils font confiance à leur amour de la musique, comme le revendique Lionel Belmondo, directeur musical du projet : "C’était un rêve d’enfance de réussir à réunir les deux univers, le rêve de jouer de la musique, sans que personne ne puisse dire, c’est du jazz, c’est du classique".


C’est au printemps que le rêve d’enfant s’est matérialisé à Paris, au Studio Acousti. Là sont réunis quelques membres des formations symphoniques les plus prestigieuses - François Christin (cor), Philippe Gauthier (flûtes), Julien Hardy (basson) de l’Orchestre National de France, Jérôme Voisin (clarinette et clarinette basse) de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, Dominique Dournaud (cor anglais) de l’Opéra de Dijon et Bastien Stil (tuba), aux côtés de Stéphane et Lionel, tandis que le reste du quintette habituel est isolé en cabine : Laurent Fickelson au piano, Clovis Nicolas à la contrebasse et Philippe Soirat à la batterie.


En deux jours, ils vont interpréter cinq pièces de Lili Boulanger. Protégée de Gabriel Fauré, la première femme à avoir reçu le prix de Rome de composition en 1913, à 19 ans, est l’auteur de cet Hymne au soleil titre donné à l’album, lyrique et chatoyant, avec une palette nuancée de couleurs, de la plus douce à la plus lumineuse. Les harmonies des deux premières mesures de l’œuvre, composée sur un poème de Casimir Delavigne sont exactement les mêmes que celles choisies par John Coltrane, pour sa version de My Favorite Things ! Une correspondance troublante que Lionel, grand admirateur de Coltrane, a décidé d’accentuer en transformant le thème de cet hymne en danse obsédante et en orchestrant pour les cuivres, la partie de piano initiale. Pour lui, ce morceau, presque jamais joué depuis la disparition de la compositrice, est incroyable de liberté. Il montre comme cette musique est décisive dans son influence sur le jazz. Décidément troublé par Lili, morte prématurément de maladie à 24 ans, Lionel Belmondo part pour un long solo sur La vieille prière bouddhique où il montre encore les possibles correspondances entre deux mondes que l’on a pour usage d’absolument distinguer.


Mais attention pas de triche dans le projet musical, l’écriture de Lili Boulanger, mais aussi de Maurice Duruflé sur quatre compositions, de Gabriel Fauré ou de Maurice Ravel sur un morceau chacun, n’a pas été modifiée. Les arrangements restent fidèles aux partitions. C’est dans l’interprétation, dans l’expression de la sensibilité portée par les Belmondo, que s’opère l’appropriation des œuvres. Ici, on ne joue pas du classique "façon jazzy". On travaille les œuvres au corps, au tempo, au choix des instruments, pour extraire leur substantifique modernité. D’où les évocations inspiratrices du souffle de Coltrane, du touché de Bill Evans ou du lyrisme de Wayne Shorter.


C’est à Maurice Duruflé que l’on doit la pièce la plus récente de ce répertoire, puisque son Notre Père date de 1976, dernière création de celui qui fût l’organiste titulaire de Saint-Etienne du Mont à Paris et marqué par la tradition liturgique. C’est cette fois Laurent Agnès, ancien élève de l’IACP, aujourd’hui au Conservatoire National Supérieur, qui en signe l’arrangement, et qui met en valeur sa grâce mélodique soulignée par le solo de bugle de Stéphane Belmondo. Autre exercice de style, le Scherzo opus 2, l’un des morceaux les plus difficile selon Stéphane, arrangé par Christophe Dal Sasso, arrangeur d’une bonne partie du big band qu’il dirige avec Lionel. Chez Belmondo, on a l’esprit de famille ! Il faut dire qu’il a s’agit là d’adapter des morceaux conçus initialement pour orgue seul. Trouver le bon arrangement, c’est donc toute l’ambition de cet album d’où la multiplication des approches, toujours cohérentes.


C’est à l’initiative du batteur du quintette, Philippe Soirat, que ces oeuvres ont été découvertes. C’est ainsi que la curiosité (ce cher défaut) de Lionel Belmondo a été éveillée et que l’histoire a commencée. Reste à surligner la présence de deux monstres sacrés. Gabriel Fauré, figure paternelle s’il en est puisqu’il aimait entendre Lili chanter ses mélodies du haut de ses six ans tandis qu’il l’accompagnait lui même au du piano, et puis …il était le professeur de Maurice Ravel au conservatoire. Je vous le disais…une émouvante saga familiale !

Belmondo Hymne au soleil (Discograph) 2003
Lionel et Stéphane Belmondo en quintette au Sunset Jazz Club à Paris du 18 au 20 septembre 2003