La vitesse de croisière de Java

La musique n’est pas un long fleuve tranquille pour Java, groupe parisien adepte du croisement accordéon phrasé hip-hop. Après un détour par Rio de Janeiro, ils reviennent avec un Safari Croisière pas banal. Un voyage (peu) organisé qui sort avec bonheur des sentiers battus.

Le rap musette en bodega

La musique n’est pas un long fleuve tranquille pour Java, groupe parisien adepte du croisement accordéon phrasé hip-hop. Après un détour par Rio de Janeiro, ils reviennent avec un Safari Croisière pas banal. Un voyage (peu) organisé qui sort avec bonheur des sentiers battus.

Fixi, pianiste-accordéoniste de Java, est un gourmet de la comparaison : "Notre album, c’est comme un cheese-burger. Dès que tu l’as mangé, tu en veux un second !" Erwan, le chanteur, conteste. Après quelques minutes d’anecdotes familiales, ils tombent d’accord : "c’est plutôt une omelette norvégienne !" Parfois difficile à suivre, les deux têtes pensantes du groupe s’entendent comme larrons en foire. C’est sans aucun doute cette complicité qui les a rapprochés. Fixi, François-Xavier Bossard pour l’état civil, solide formation de jazz dans les doigts, accompagne aux claviers M ou encore Tony Allen. Erwan Séguillon oscille lui, entre études de philosophie et sound systems reggae. Accordéon fleurant bon les ambiances musette de Jo Privat, textes épicuriens finement ciselés, leur rencontre donnera un style atypique : le rap-musette.

Pepouseman à la contrebasse et Alexis Brossard derrière les fûts complètent l’équipage pour l’enregistrement d’Hawaï, leur premier album, en 2000. Le style percute, le titre Pépette accroche les radios. Mais Java se révèle avant tout être une bête de scène. Prestations électriques, humour dévastateur, avec en prime la participation de Dieu en fin de spectacle, le groupe écume pendant près d’un an les scènes de France.

La deuxième gorgée de bière

C’est cette tournée à forte teneur éthylique qui va forger en partie le ton de ce deuxième album, Safari croisière.  Erwan : "Après les concerts, on avait tous les bourrés qui venaient en gueulant "c’est pas de la menthe à l’eau" [refrain d’une de leur chanson, ndlr]. On s’est dit qu’on allait plutôt composer des chansons d’amour pour que de belles femmes viennent nous voir". Effectivement, le croquignole et le potache s’estompent. Dans Ce s’ra tout (ou l’impossible discussion avec une boulangère), l’humour côtoie l’absurde. Bzzz voit se fréquenter rimes désopilantes et désespérées. Mais au gré de plages telles Carte bleue, Alinéa ou La muse, une atmosphère assez grave s’installe. Peut être est-ce là le syndrome de la deuxième gorgée de bière ? La fraîcheur des premiers temps a cédé le pas à l’amertume.

Ce Safari Croisière n’a eu, en fait, qu’une halte, Rio de Janeiro. Mis à part Samba do Jérusalem et son œcuménisme très sensuel, le folklore n’est pourtant pas de mise. Java joue plutôt la profusion des genres. Quitte à désorienter, comme le reconnaît Fixi : "Nous n’avons pas essayé de mettre au point une recette. Nous sommes toujours en phase d’expérimentation".

Chrémitman, le dieu anti-guerre

 A mi-chemin entre sketchs et chansons, des titres comme Trafic Info et Sacrifice chez les Zombile ratent pourtant la cible, et tournent un peu à vide sur la platine. Erwan assume : " Je n’arrivais pas à faire une chanson avec la musique de Zombilés. Alors j’ai eu l’idée de ce sketch où un journaliste " participe " à une cérémonie hallucinatoire. Même si ça peut paraître moins accessible, le travail est intéressant. C’est pas mal d’essayé ça. On ne voulait pas enfoncer le clou à tout prix, vendre 200.000 albums parce que ça a marché un petit peu pour le premier".

Il prend alors le ton affecté du commercial vantant les qualités inégalées de sa râpe à fromage : "C’est un bon album, un très bon album, varié, je comprends que ça puisse surprendre mais c’est une étape qui va nous mener sur le troisième album où là, le style sera vraiment complet. Que ceux qui ont apprécié Hawaï se rassurent parce qu’on sera là en concert pour faire du Java, avec des arrangements toujours plus rock’n’roll".

Si Java pêche parfois par gourmandise d’exploration, leurs efforts sont aussi couronnés de succès. Cendrier, revisitant à la sauce nicotine le conte de Cendrillon, va faire un malheur en concert. Erwan interprète tour à tour, un Rmiste, une fée et un mannequin de chez Elite. C’est proprement irrésistible. Tout comme leur nouveau compagnon Chremitman. "Chré pour Chrétien, mit pour Sémite et man pour musulman, précise Erwan. Il ressemble à Goldorak, c’est le dieu anti-guerre et il va venir répandre l’amour avec nous sur scène".

Justement, La guerre, aux racines africaines, conclue l’album sur une transe envoûtante. Un titre qui n’est pas sans rappeler L’amour sorcier de Claude Nougaro. Un autre adepte de l’exploration du style, du rythme et du mot.

Java Safari croisière (Small) 2003