Déjà 25 ans sans Jacques Brel

Jacques Brel est décédé en banlieue parisienne le 9 octobre 1978. Trois jours plus tard, il reposait pour toujours sur l’île de Hiva-Oa, aux Marquises, cette terre de Polynésie où il s’était retiré du monde dès 1975. En cette année anniversaire, décrétée année Brel en Belgique, sa terre natale, Universal ressort l’oeuvre entière, en collaboration avec la Fondation et la famille Brel qui a autorisé, pour l’occasion, la sortie de 17 inédits ! Dossier souvenir.

- Les sorties CD/DVD
- Retour sur une polémique
- Rencontre avec Jean Corti
- Hommages divers

LES SORTIES CD/DVD DE BARCLAY/UNIVERSAL :

Comme quand on était beau,coffret de 3 DVD : 7 heures de programmes, des images rares voire inédites, extraits de journaux télévisés, d’émissions musicales, le tout datant principalement des années 60. Et bien sûr des extraits musicaux, versions ou titres inédits. (Barclay/Universal).

Brel infiniment,la compilation: deux CDs de 40 chansons enrichis de 5 inédits (Cf. encart ci-dessous).

L’intégrale Boîte à bonbons : A l’instar de l’intégrale Accordéon éditée à l’occasion des 40 ans de la mort d’Edith Piaf, Jacques Brel a droit à un objet rare et personnalisé, spécialement conçu pour l’occasion : la boîte à bonbons "parce que les fleurs c’est périssable"... Charmante idée packaging pour une intégrale qui devrait s’arracher comme des petits pains, Brel représentant toujours les plus grosses ventes du fond de catalogue de la maison Universal : ses albums s’écoulent dans le monde jusqu’à 300.000 copies par an !
Ce coffret renferme donc 15 albums remasterisés et dans leur pochette originale. Mais les principaux bonus consistent en des inédits : 5 titres issus des sessions d’enregistrement du dernier album, les Marquises, entre septembre et octobre 1977. Et un seizième CD de 12 inédits, 12 oeuvres de jeunessemises en boîte lors de sessions radiophoniques en 1953.


RFI Musique revient sur la polémique engendrée par la sortie de ces titres inédits que l’artiste avait, de son vivant, laissé de côté :

Doit-on ou non faire chanter les défunts ? La question ne manque pas de diviser, à chaque fois que l’on publie l’oeuvre posthume d’un artiste. Mais dans le cas de Jacques Brel, elle s’accompagne d’une petite polémique :

A l’origine, l'artiste ne souhaitait pas dévoiler tels quels, à l’état de maquette, ces cinq titres sortis des tiroirs de la maison Barclay (La cathédrale, L’amour est mort, Mai 40, Avec élégance et Sans exigence), initialement prévus pour figurer sur son dernier album, Les Marquises. Aussi, quand sa maison de disques - détentrice des droits - et la fondation qui porte son nom, justifient cette exhumation par la date symbolique du 25ème anniversaire de sa disparition, les anciens collaborateurs du grand Jacques dénoncent le non-respect de ses dernières volontés. Et Pascal Nègre, patron d'Universal, maison-mère de Barclay, de confirmer l'existence d'"une lettre de Brel envoyée à Eddie Barclay*" disant en substance : "tu ne sors rien avant que moi, je ne t’en donne l'autorisation!"

De fait, ces cinq chansons apparaissent comme des brouillons de luxe, dont même des proches comme Jean Corti, confessent que "effectivement, il y a des choses qui ne tournent pas très rond". Même si l’ancien accordéoniste de Brel ajoute que "la famille Brel a eu raison d’insister, parce que ça reste quand même de la bonne musique, des bons textes, et que ça peut contenter pas mal de fans". Dès lors, l’entreprise semble moins culturelle ou philanthrope qu’essentiellement commerciale. D’abord parce que Brel continue d’écouler entre 250.000 et 300.000 CDs par an. Ensuite, parce que deux des titres en questions, qui avaient déjà fait l’objet d’une première exclusivité à l’occasion de l’expo bruxelloise "Brel, le droit de rêver", devenaient potentiellement diffusables sur d’autres supports que le disque. D’où un possible manque à gagner pour Universal, toujours en guerre contre le téléchargement gratuit de musique sur Internet. Peut-être la morale de l’histoire se trouve-t-elle dans le répertoire officiel de Brel? "Faut vous dire Monsieur/Que chez ces gens-là/On ne cause pas Monsieur/On ne cause pas/On compte"...

Loïc Bussières


Jean Corti, accordéoniste de Brel de 60 à 66, compositeur de Madeleine, les Vieux ou les Bourgeois, revient sur son parcours aux côtés du Grand Jacques.

Votre collaboration avec Brel, est-ce la ligne la plus importante de votre C.V ?
C’est une ligne importante, mais pas la plus importante, il y a eu autres choses dans ma vie! Heureusement d’ailleurs, car j’ai connu Brel à environ 32 ans: il a fallu que je vive avant cet âge-là… Mais c’est effectivement un passage essentiel de ma vie. Du point de vue artistique, et puis il y a l’homme... Je dis parfois que Brel était un peu Monsieur tout le monde - comme nous tous - mais lui avait du talent, en plus. Ce que j’ai apprécié dans notre collaboration, c’est sa disponibilité. Il était toujours très accessible, humain, sociable. Quand on a des contacts étroits pendants quelques années, c’est essentiel.

Que pensez-vous du battage médiatique qui accompagne l’anniversaire de sa mort ?
C’est vrai qu’il y a beaucoup de bruit autour de ce 25ème anniversaire. On va fêter les 40 ans de la disparition de Piaf, donc Brel a encore une marge! Peut-être que l’histoire des inédits a joué pour relancer la machine...

Sa façon de mener carrière puis de jeter l’éponge semble impensable aujourd’hui...
Il y en a qui le font mais qui font semblant ! (rires) Brel n’était pas un ordinateur et il sentait qu’il commençait à tricher. Lui-même l’a dit d’ailleurs. Il commençait aussi à être un peu à court d’idées, il fallait qu’il fasse autre chose. Ecrire la musique, les textes, ça ne vient pas tout seul, il faut chercher. Et puis il avait envie de changer d’air. C’est pour ça qu’il a dit "j’arrête". Il a peut-être eu raison parce qu’il risquait peut-être de faire…, j’allais dire n’importe quoi, mais quand on est Brel on ne fait pas n’importe quoi, même si ce n’est pas bon! Il ne voulait pas tricher. Il était très honnête.

Propos recueillis par Loïc Bussières

HOMMAGES DIVERS :

La fondation Brel est l’auteur d’un site très exhaustif en quatre langues sur Jacques Brel et son "actualité". Vous y trouverez en particulier une liste impressionnante de tous les spectacles et tous les disques produits autour du répertoire de Brel, de l’Angleterre à la Norvège.

Brel, le droit de rêver: exposition jusqu’au 17 janvier 2004, Espace Dexia, Bruxelles.

Quelques livres :
Jacques Brel, biographie / Jean et Angela Clouzet (Seghers, coll. Poésie et Chanson, 2003).
Jacques Brel, Vivre debout / Jacques Vassal (Hors Collection, 2003)
Jacques Brel, photo collectors / collectif (Altinea Collectionneur, sortie le 16/10/2003)
Jacques Brel Une vie / Olivier Todd (Robert Laffont poche, 2003): la bio incontournable !

Catherine Pouplain

* Source AFP