Les millions de Céline Dion

Céline Dion, 35 ans et 150 millions d’albums vendus en 20 ans de carrière, revient avec Une fille et quatre types, son premier CD en français depuis 1998, écrit et réalisé une fois de plus par JJ Goldman. Retour (chiffré) sur un parcours international exceptionnel et une vie pavée de records.

Femme de records

Céline Dion, 35 ans et 150 millions d’albums vendus en 20 ans de carrière, revient avec Une fille et quatre types, son premier CD en français depuis 1998, écrit et réalisé une fois de plus par JJ Goldman. Retour (chiffré) sur un parcours international exceptionnel et une vie pavée de records.

Stakhanoviste, Céline Dion l’est en studio comme à la scène. Des dizaines d’enregistrements, des centaines de concerts, la plus célèbre chanteuse francophone du moment est devenue une star mondiale grâce une carrière anglophone calibrée sur les canons de la variété US. Sous la houlette de son découvreur, mari et manager, René Angélil, la petite fille de Charleville, cadette d’une famille de 14 enfants, a dû attendre l’âge adulte pour se mesurer à l’immense marché anglo-saxon.

Le public francophone la découvre en 1983, alors que Céline n’a que quinze ans. Michel Drucker lui ouvre les portes de Champs-Elysées, rendez-vous TV incontournable des années 80, et Céline Dion devient subitement une vedette en France avec la chanson D’amour et d’amitié (700.000 ventes en France, 200.000 au Québec). Depuis son premier disque en 1981, son Québec natal l’adore. Porté par Ce n’était qu’un rêve, une chanson écrite par maman Dion, le premier album, La Voix du Bon Dieu, dépasse les 100.000 ventes au Québec. Après un Céline Dion chante Noël de saison, son deuxième album (Tellement j’ai d’amour) fait mieux encore, s’écoulant à 125.000 exemplaires à domicile.

Poursuivant sa carrière au Canada (trois nouveaux albums entre 1984 et 1986, plus un autre disque de Noël), elle revient en 1987 avec une nouvelle image plus pop et un 9èmealbum signé Luc Plamondon : Incognito (plus de 200.000 ventes). En 1988, devant 600 millions de téléspectateurs, Céline Dion gagne le concours de l'Eurovision de la chanson pour le compte de la Suisse avec une titre en français, Ne partez pas sans moi. Le 45 tours trouvera 300.000 acquéreurs en Europe.

Pourtant, sa carrière francophone s’essouffle. En coulisses, René Angélil prépare la conquête de l’Amérique. Relookée, la jeune femme de 22 ans sort Unison en 1990, son premier album en anglais. Le single Where Does My Heart Beat Now lui ouvre les portes du hit-parade américain (4ème du Hot 100 de Billboard). Unison impose Céline Dion aux USA (1 million de ventes) et dans tout le Canada (300.000), et connaît même un petit succès au Japon. La tentative de relancer en parallèle la carrière francophone de la jeune star est un semi échec : paru en novembre 1991, Des mots qui sonnent est un succès au Québec (125.000 ex.) mais la France continue d’ignorer l’artiste depuis le milieu des années 80. Les Etats-Unis sont donc privilégiés, d’autant plus que l’engouement du public va grandissant : 2 millions de son second disque anglophone (Céline Dion) vendus en 1992, 6 millions de The Colour Of My Love en 1994 qui l’impose comme une star mondiale.

En France, c’est la reprise de Ziggy, écrite par Berger et Plamondon (Starmania), qui la remet en scelle pendant l’été 1993. Ce tube-là ne sera pas sans lendemain. Depuis ses débuts dix ans plus tôt, Céline Dion n’a pas chômé. Expérimentée, elle bénéficie de plus d’une plus large promotion que lui confère son nouveau statut de star. Dès lors, ses nouveaux enregistrements en français connaissent un succès inégalé dans le monde en terme de ventes de disques. En attendant de nouveaux titres, Des mots qui sonnent décolle enfin en France (300.000 ex.), et intéresse de plus en plus les nouveaux fans de Céline qui ne connaissaient d’elle que la chanteuse "américaine" (aux USA, l’album, rebaptisé Dion chante Plamondon, attirera 100.000 curieux). Son association avec Jean-Jacques Goldman pour D’eux assoie définitivement Céline Dion comme une star de la chanson francophone. Avec des chansons comme Je sais pas ou Pour que tu m’aimes encore, l’album se vend à plus de 7 millions d’exemplaires dans le monde, un record pour un disque en français – 200.000 ventes aux Etats-Unis, plus de 100.000 en Angleterre... Le tandem remettra ça en 1998 avec S’il suffisait d’aimer (4 millions d’ex.).

Céline Dion marche désormais sur deux jambes, épanouie dans sa double identité francophone et anglo-saxonne, à l’image de son Canada natal. Alors que D’eux cartonne depuis plusieurs mois, elle enfonce le clou sur le terrain anglo-saxon : l’album Falling Into You s’arrache à 26 millions de copies dans le monde, dont 11 millions aux USA et 7 millions en Europe. 1998 est l’année de tous les records, grâce à My Heart Will Go On, tube planétaire concluant le film culte Titanic. Le nouvel album, Let’s Talk About Love, atteint les 30 millions de ventes dans le monde et Céline Dion termine l’année avec son premier album de Noël en anglais (These Are Special Times, ventes mondiales : 12 millions d’ex.). En 1999, la compilation All The Way – A Decade Of Song égalera le record de Let’s Talk About Love. Et si les ventes des albums suivants sont en deçà, elles sont loin d’être devenues négligeables : 12 millions de A New Day Has Come en 2001, 5 millions de One Heart l’année suivante.

Soyons pragmatiques. Céline Dion ne serait pas devenue la star qu’elle est sans l’imprimatur du public et des médias anglo-saxons. Mais elle permet aussi de rendre plus populaires des chansons françaises qui n’auraient peut-être pas dépassé les limites de la francophonie. Sur 150 millions d’albums vendus dans le monde, on estime à 20 millions tout au plus les ventes de ses enregistrements en français. C’est peu et beaucoup à la fois.


 

Céline Dion 1 fille & 4 types (Columbia) 2003