Papa Wemba de retour

Libéré de prison en juin dernier*, Papa Wemba sort cette semaine un double CD, Somo Trop, qu’il vient présenter le 25 octobre sur la scène du Zénith de Paris. Un homme nouveau nous revient. Entretien.

Un album et un Zénith à Paris.

Libéré de prison en juin dernier*, Papa Wemba sort cette semaine un double CD, Somo Trop, qu’il vient présenter le 25 octobre sur la scène du Zénith de Paris. Un homme nouveau nous revient. Entretien.

Un de vos surnoms est Foridole, le formateur des idoles. Ce nouvel opus est-il un album personnel ou celui des idoles de demain, des jeunes artistes qui ont travaillé sur ce disque ?
Au départ, c’est l'album de mon groupe, Nouvelle Ecrita, annoncé depuis mars dernier. Mais vu les problèmes que j’ai connus, l’enregistrement a pris du retard. Pour donner de l’impact à cet album, je m’y suis investi et y ai mis ma «patte». C’est un double CD de 17 titres avec une partie enregistrée à Kinshasa - sans moi puisque je ne peux toujours pas sortir du territoire français - et l’autre, ici, à Paris. Son titre Somo Trop, c’est une exclamation. Quand quelque chose nous dépasse, on dit en lingala Somo Trop. Et cette affaire dans laquelle j’ai été impliqué m’a vraiment dépassé.

Le titre de votre album précédent, Bakala Dia Kuba, n’était-il pas prémonitoire ? Vous parliez d’une tribu sur laquelle vous deviez veiller pour qu’elle ne bascule pas du mauvais côté.
Il y a quatre ans, à l’occasion de la Fête de la musique, j’étais invité à la prison de Fleury-Mérogis pour essayer d’égayer les locataires de la prison. Et il y a quelques mois, j’y ai séjourné trois mois et trois semaines. Un plaisir peut amener un malheur. Si tu ne sais pas faire la part des choses, c’est un peu difficile. Moi, je n’ai pas discerné tout cela en allant jouer en prison. Je me disais alors que c’était bien, je faisais mon travail. Je n’imaginais pas que je serais quelques années plus tard son locataire temporaire et que je chanterais le dimanche à l’église de cette maison d’arrêt.

Vous avez eu l’occasion d’y écrire un des titres du nouvel album Numéro d’écrou. Un titre autobiographique ?
C’est une chanson dans laquelle je ne relate pas mon incarcération, mais tout simplement mon expérience avec Jésus. C’est dans ma cellule que j’ai entendu sa voix qui m’a dit: «Il faudra que tu deviennes mon esclave.» Et j’ai accepté. La prison m’a vraiment changé sur le plan spirituel. Lorsque mes enfants venaient me voir, ils ont remarqué un homme différent. Je ne cessais pas de leur parler spirituellement, mon discours était toujours basé sur la foi. Lorsque j’ai retrouvé ma liberté, la première maison que j’ai visité était une église, la cathédrale d’Evry. J’y suis resté quarante minutes pour remercier le Seigneur.

Il y a une mode en Afrique qui est celle des chants religieux. Que pensez-vous de ce phénomène ?
L’homme africain comprend mieux la foi que l’homme occidental car il a beaucoup plus souffert. Il a subi l’injustice, l’indépendance, l’esclavagisme : tout cela est passé dans l’homme noir. Il est donc plus proche de la croyance, il écoute et il en vit. Or quand on vit ici, on est déjà dans de bonnes conditions, on trouve déjà pratiquement tout, les parents sont là, ils ont un peu de moyens, on souffre beaucoup moins qu’en Afrique. Or chez nous, une femme peut mettre un enfant au monde dans une case, sans médecin, c’est pourquoi l’homme noir est très sensible à la croyance de Dieu.

Les villageois de Molokaï vous ont soutenu pendant ces moments difficiles ?
Mon manager surtout, qui m’écrivait tout le temps, et mon «clavier», Patrick Bebey, le fils de feu Francis. Si entre 17 heures et 17h30, je ne recevais pas de courrier dans ma cellule, j’étais malheureux. Quand tu reçois un courrier, il te fait t’évader, il t’amène à vivre ailleurs juste à ce moment-là: c’est très important en prison ce lien quotidien avec l’extérieur.

Vous êtes toujours une fashion victim, un adepte de la sape malgré votre foi qui vous a changé ?
Ah oui! Je ne peux pas changer cela. Dans la vie, il faut faire un choix et celui-là je l’ai fait pour toujours.

Votre Zénith, demain soir, c’est un cadeau à vos fans ?
Ce sont des retrouvailles d’une autre dimension, celles que Jésus veut faire à travers moi. Samedi, ça va être quelque chose de différent par rapport à tout ce qui a pu se passer depuis trente-trois ans. Là, c’est le début d’une autre carrière, avec Jésus devant moi. Le message sera très fort bibliquement.

On peut attendre prochainement un nouvel album plus personnel de Wemba, plus "world" ?
Oui, on s’est décidé avec mon manager Fabien Tellier à prendre des risques comme ceux que j’ai pris à l’époque de l’album Emotion, avec Lokua Kanza. Je suis quelqu’un à risques. Sauf imprévu, il devrait sortir l’an prochain.

* Il est soupçonné depuis décembre 2000 d'avoir organisé l'immigration clandestine vers l'Europe de centaines de ressortissants de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre).

Papa Wemba Somo Trop (Next Music) 2003
En concert le 25 octobre au Zénith de Paris, de 18h à minuit.