JEAN-MICHEL BORIS, L'AUTRE SYMBOLE DE L'OLYMPIA

Souvent présenté comme le neveu de Bruno Coquatrix, Jean-Michel Possicelsky, futur Boris, est en fait le fils du plus jeune frère de Paulette Coquatrix. Il apprend sur le tas tous les métiers du spectacle auprès de son oncle avant de devenir directeur artistique en 1959. On lui doit une modernisation de la programmation, le développement des attractions puis des premières parties. Sans lui, l'Olympia n'aurait peut-être jamais pris le virage du yéyé et du rock dans les années 60. Il remplace en partie Coquatrix quand celui-ci exploite le casino de Cabourg à la fin des années 60 et devient maire en 1971. A la disparition de son oncle en 1979, Jean-Michel Boris reprend la direction générale avec sa cousine Patricia Coquatrix. Evincé en 2001 au grand dam de tout le métier qui réagit via des pétitions, Johnny Hallyday en tête, Jean-Michel Boris demeure envers et contre tout le symbole, avec son oncle, de cette salle mythique.

Souvent présenté comme le neveu de Bruno Coquatrix, Jean-Michel Possicelsky, futur Boris, est en fait le fils du plus jeune frère de Paulette Coquatrix. Il apprend sur le tas tous les métiers du spectacle auprès de son oncle avant de devenir directeur artistique en 1959. On lui doit une modernisation de la programmation, le développement des attractions puis des premières parties. Sans lui, l'Olympia n'aurait peut-être jamais pris le virage du yéyé et du rock dans les années 60. Il remplace en partie Coquatrix quand celui-ci exploite le casino de Cabourg à la fin des années 60 et devient maire en 1971. A la disparition de son oncle en 1979, Jean-Michel Boris reprend la direction générale avec sa cousine Patricia Coquatrix. Evincé en 2001 au grand dam de tout le métier qui réagit via des pétitions, Johnny Hallyday en tête, Jean-Michel Boris demeure envers et contre tout le symbole, avec son oncle, de cette salle mythique.

A l’origine, vous étiez destiné à une carrière dans la médecine. Comment avez-vous atterri à l’Olympia ?En 54, je devais venir voir mon père à Paris, le frère de madame Coquatrix. Mais mon père ne pouvait pas assumer ces vacances et il m’a proposé de m'installer chez Paulette et Bruno dans leur maison de campagne. Effectivement, après ces vacances je pensais m’attaquer à des études en médecine prévues avec ma mère. Je dois dire qu’un mois passé avec Bruno a complètement bouleversé mes points de vue et après m'avoir expliqué  qu’il valait mieux que je travaille avec lui, j'ai dit à ma mère : "Je pars travailler chez Bruno en tant que machiniste !"

Vous aviez déjà une passion pour la musique ?J’ai fait pendant sept ans du violon à Bordeaux. J’avais une passion pour la musique classique et le jazz. En 53, j’ai découvert Georges Brassens ; c'est devenu une passion. J’avais très envie de l’entendre et c’est un des arguments qui m’a décidé à monter à Paris parce qu'il allait passer à l’Olympia. Si donc j’acceptais le poste avec Bruno, j’allais être en contact avec mon idole !

Est-ce que l'Olympia aurait pu exister sans Coquatrix ?Non, c'est vraiment lui qui a créé ce lieu, qui lui a donné son impulsion, qui lui a donné sa légende, sa magie. Il est évident que Bruno Coquatrix et l'Olympia sont associés pour l'éternité.

Quel sorte d'homme était-il ? Bruno Coquatrix était un lion ascendant lion, c'est-à-dire un homme de pouvoir et d'autorité. Il avait ce côté un peu tyrannique qu'il fallait absolument avoir pour tenir un lieu comme ça. C'était un grand combattant, quand il débutait le matin il fonçait comme un lion. A côté de ça, les gens avaient du mal à résister a son oeil bleu qui pouvait être glacial ou d'une grande tendresse. C'était un grand seigneur, un joueur qui jouait sa vie à pile ou face dans un tel lieu.

Comment êtes-vous passé du statut de machiniste à celui de la programmateur ?Bruno voulait absolument que je passe par les métiers de base. Je devais apprendre ce que c’était une salle, un spectacle. Donc J’ai été machiniste, électricien j’ai été projectionniste, sonorisateur, régisseur, puis administrateur. J’ai appris mon métier consciencieusement. Lorsque Bruno a senti que j’étais prêt pour la programmation, j’ai programmé pendant un certain temps ce qu’on a appelé les Musicorama (émissions live de la station de radio Europe 1, ndlr) surtout les Musicorama de rock qui était en train d’exploser à l’époque et de jazz aussi. Après, il m’a laissé programmer les premières parties. Bruno m'a laissé une totale liberté de programmation. Il me faisait confiance. J’ai eu des échecs comme j’ai eu des réussites…

L’Olympia a engagé beaucoup d’artistes avant qu’ils ne soient devenus de vraies stars, des Beatles à Alain Souchon. Avez-vous un flair ?Je pense effectivement que ce métier est un métier d'instinct. Il faut avoir une connaissance technique, une connaissance humaine pour être ce qu'on appelle un chasseur de talent. Je me suis intéressé aux artistes en devenir. C’est comme ça que j’ai pu effectivement faire des propositions à Bruno sur des artistes qui a mon avis avaient un futur. L’histoire des Beatles s’est faite comme ça et bien d’autres comme Claude Nougaro, Serge Lama, Patrick Sébastien. Dans les humoristes j’ai ouvert la porte à des gens comme Muriel Robin, Pierre Palmade, Smaïn… lorsqu’en 1979, Bruno nous a quittés, le métier donnait peu de chance à l’Olympia…

Gilbert Bécaud est probablement l’artiste qui a été le plus associé à l’Olympia pendant sa carrière ? Gilbert Bécaud, c'est une histoire très particulière. Entre Bruno et Gilbert, c’était vraiment une question d'amitié. Bruno et Gilbert se sont connus parce qu'il était le pianiste de Jacques Pills, ami intime de Bruno. En 54, lorsque Bruno a ouvert l’Olympia, il a pris Gilbert qui débutait. Il l’a repris en 55 et c’est là que Gilbert a littéralement explosé. Personne n’oubliera jamais la première matinée de ce spectacle. Il y avait 3000 jeunes dehors qui étaient fous de Gilbert. C'était une séance absolument exceptionnelle et c’est là que les premiers fauteuils de l’Olympia ont été cassés ! Cette amitié a fait que Gilbert est revenu 27 fois à l’Olympia parce que pour lui, il y avait d'abord Bruno. Et puis, il y avait cette salle à laquelle il était vraiment intimement accroché à tel point qu’il a fait une chanson qui s’appelle Mon Olympia à moi. Vous voyez au-dessus de nous, cette petite lucarne triangulaire ? C'est Gilbert qui a souhaité que cette lucarne existe. Parce que spirituellement, il disait que c'est par cette lucarne que le haut et le bas se rejoignent, c'est-à-dire que, selon lui, les Dieux sont avec nous dans cette salle.

Les fauteuils de l’Olympia ont-ils vraiment été arrachés à plusieurs reprises ? Le recordman des fauteuils cassés, c'est James Brown. Pour la raison suivante : il alignait trois spectacles les uns derrière les autres et dès le premier spectacle, les fauteuils du premier rang se sont effondrés et ça ne s'est pas amélioré par la suite. Le lendemain, nous avions un concert avec Tom Jones. Il a fallu réparer dans la nuit avec des fauteuils d'horizons différents, de cinémas des alentours pour arriver à ce que les gens qui venaient voir Tom Jones puissent s'asseoir !

L’Olympia a une réputation qui donne le trac aux artistes ? C'est vrai que cette salle est assez terrifiante. Réussir l'Olympia fait de vous une vedette. Mais si vous passez à côté d'une soirée à l'Olympia, c'est redoutable parce que ça peut vous casser pour un certain nombre d'années, c'est indiscutable.

Y a t'il des fantômes dans cette salle ?Oui, incontestablement ! En plus de celui de Bruno et de Gilbert, ceux de Brel, Piaf et je pense des gens comme Brassens, Trenet, Ferré et tant d'autres. Il m'est arrivé de venir sur le bord de la scène, après le spectacle, la scène était plongée dans le noir - il y avait juste une baladeuse (lumière que la tradition du théâtre veut qu'on laisse allumer en permanence sur scène, ndlr) et j'avais vraiment l'impression que cette salle vivait, qu'elle avait une âme.

Propos recueillis par Julie Street

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